Quand on se confronte pour la première fois à un environnement étranger, il y a forcément toute une série de surprises. Elles sont parfois culinaires. Ce fut le cas en 1971, (j’ai arrêté de compter combien d’années se sont écoulées depuis) quand, je suis partie en échange linguistique pour la première fois en Ecosse, à Aberdeen plus précisément.

Tout s’est bien passé à mon arrivée. Je connaissais déjà ma correspondante Valérie, qui avait séjourné chez nous à Pâques. Les parents, M. et Mme T. étaient charmants. Le fils de la maison était parti en Suède (cela me semblait extraordinaire à l’époque) et ses parents m’avaient installée dans sa chambre.

Le temps d’une douche -première aventure : comment prendre une douche quand il n’y a pas de rideau de douche -allongée au fond de la baignoire et en se contorsionnant-, je pensais à Valérie qui avait dû être aussi surprise, en avril, en découvrant chez nous une salle de douche, mais pas de baignoire….

On m’appela pour dîner. La cuisine était minuscule et le repas était servi dans la salle à manger, une pièce très apprêtée et un peu froide. Mais la surprise fut dans l’assiette : un cheese sandwich. En fait une tranche de pain de mie avec une fine tranche de fromage industriel, que la maîtresse de maison avait passée rapidement au four.

Curieusement la recette est toujours disponible sur le net, si on a vraiment deux mains gauches !!!

Naïvement, j’ai pensé que cela nous était servi en hors d’œuvre, mais quand Mme T. posa cérémonieusement une jolie coupe de fruits emplie de pommes sur la table, je compris que le repas était terminé, et que l’heure du dessert était venue. Je pris donc une pomme, comme tous les convives, puis une seconde. Je sentis tout de suite le regard à la fois surpris et plein de réprobation de Mme T se poser sur moi. Je ne savais plus que faire, devais-je reposer la pomme dans la coupe ? Je n’ai pas osé et l’ai mangée. J’avais vraiment faim et le sandwich du midi, pris dans le train, était bien loin.

Après avoir aidé à débarrasser la table et fait la vaisselle avec Valérie (5 minutes chrono, y compris l'essuyage !), je suivis la famille qui s’installa dans le salon devant la télévision. Mme T. se releva au bout de 10 minutes et ramena un pot. C’était un ancien pot à nescafé, que Mme T. avait reconverti en pot à barres chocolatées et autres friandises. Toute la soirée la famille grignota donc ces sucreries chocolatées. Je n’y touchais pas n’étant pas habituée à ce genre de grignotage. Tous les soirs, le même scénario se reproduisit : cheese sandwich, voire ham sandwich puis les sucreries pour combler les estomacs qui criaient famine bien vite….

Le lendemain, lors d’une promenade dans la ville d’Aberdeen, je regardais l’étiquette de prix en passant devant un étalage de fruits et même si je n’étais pas experte en conversion monétaire, je compris que le prix des fruits était prohibitif. Je comprenais mieux le regard de Mme T. Je n’en pris plus quand elle m’en proposa et les fruits disparurent du menu. Je suppose que sa fille avait dû lui expliquer qu’en France (chez nous) les fruits (les pommes) étaient à volonté. Nous avions la chance à l’époque de bénéficier des récoltes de notre jardin et de ceux de nos grands-parents…..

Un gentleman écossais acceptant gentiment de poser pour la petite touriste française...

Un gentleman écossais acceptant gentiment de poser pour la petite touriste française...

M. T. pris ses congés (une petite semaine qui semblait bien courte par rapport au mois de vacances de Papa en France) et nous partîmes visiter Edinburgh. Ce fut l’occasion d’un repas au restaurant. Je me souviens qu’il y avait des petits pois en accompagnement du poisson pané. Encore une autre opportunité pour moi de décevoir Mme T. Quand elle me vit me servir de ma fourchette les dents en haut pour porter les petits pois à ma bouche et comble de l’horreur avec ma main droite, elle me regarda de son air triste et réprobateur. Puis elle m’expliqua, que cela ne se faisait pas, surtout au restaurant et que ma mère serait certainement très vexée si elle me voyait manger ainsi. Puis, elle m’expliqua qu’il fallait pousser les petits pois sur le dos de la fourchette et les porter ainsi à la bouche, sans les faire tomber bien sûr alors qu’ils étaient recouverts de sauce…J’ai essayé, n’y suis pas arrivée et ai fini mon assiette en utilisant ma fourchette à la française, en lui ayant expliqué qu’en France, c’est ainsi qu’on les mangeait. Elle ne dit rien, mais je suis sûre qu’elle ne me crut pas.

Le soir, on échappa au cheese sandwich habituel. Nous séjournions au camping pendant notre petite semaine à Edinburgh. La tente de la famille T. ressemblait à celle de mes parents, mais le dîner de Fish and chips emballé dans le journal se prit assis par terre dans la pénombre….Je sentais le gras des frites et du poisson pané s’écouler dans le papier journal posé sur mes genoux et redoutais de me retrouver à devoir porter une robe tachée pendant le reste de la semaine. Bizarrement des chaises apparurent le lendemain, mais toujours pas de table…

La famille T. prenant le soleil. On eut droit à un mois de juillet ensoleillé et superbe....

La famille T. prenant le soleil. On eut droit à un mois de juillet ensoleillé et superbe....

Mais le clou de ce séjour linguistique à défaut d’être gastronomique fut le repas de fête donné en l’honneur du retour du fils. Mme T. ce jour-là avait préparé un plat sucré-salé à base de dinde, d’ananas, de noix de coco, de cajou et de riz. Tout cela était succulent et très exotique pour moi, même s’il m’était bien difficile d’avaler autant de nourriture après près d’un mois de cheese-sandwich….La surprise du déjeuner fut offerte par M. T. qui sortit pour l’occasion une bouteille de Dubonnet et insista pour m’en servir un plein verre avec le repas. Pendant que les quatre membres de la famille T. déjeunaient au Dubonnet, ils me regardaient plein d’incompréhension devant mon hésitation à boire ce « French Wine ». Je finis par boire quelques gorgées et dû quitter immédiatement la table pour la salle de bain, étant malade.

Le fils de la maison et son père avec des 99 Flake, achetés au glacier ambulant, en fait un cornet de glace à la vanille avec une gaufrette chocolatée piquée dans la boule

Le fils de la maison et son père avec des 99 Flake, achetés au glacier ambulant, en fait un cornet de glace à la vanille avec une gaufrette chocolatée piquée dans la boule

Loin d’être traumatisée par cette première expérience, j’étais prête à repartir dès que possible. Je dus patienter deux ans pour m’envoler cette fois-ci vers l’Est.

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