Brève de lecture : Dragon bleu, tigre blanc

De belles retrouvailles avec un auteur que je suis depuis longtemps ; il a accompagné notre voyage en Chine, et notre guide local à Shanghaï regardait avec envie P. qui avait préféré attendre et découvrir Visa pour Shanghaï, l'un de ses premiers romans in situ....

Samedi soir dîner chez des amis, l'occasion de me faire prêter son dernier opus : Dragon bleu, tigre blanc.

"Le dragon bleu et le tigre blanc sont, dans la culture traditionnelle, des créatures mythologiques liées aux cinq éléments et un aspect fondamental du taoïsme. Bien sur, le dragon est aussi le symbole de l'empereur, du souverain divin, recevant un mandat du ciel. On peut facilement imaginer un politicien ambitieux souffrant du complexe de l'empereur-dragon. Dans le folklore populaire, le tigre blanc désigne une femme dépourvue de poils et d'après la superstition, elle porte malheur à tout homme qui couche avec elle, à moins qu'il ne s'agisse d'un dragon bleu." explique Qiu Xialong.

Selon son éditeur :

Stupeur à la brigade des affaires spéciales de la police de Shanghaï. Sous couvert d'une promotion ronflante, l'inspecteur Chen est démis de ses fonctions. Après tant d'enquêtes menées contre les intérêts du pouvoir, pas étonnant qu'on veuille sa peau. Forcé d'agir à distance, inquiet pour sa vie, Chen affronte l'affaire la plus délicate de sa carrière tandis qu'à la tête de la ville, un ambitieux prince rouge et son épouse incarnent le renouveau communiste. Alors que dans les rues résonnent les vieux chants révolutionnaires, ambition et corruption se déclinent plus que jamais au présent.

L'auteur

Qiu Xiaolong naît à Shanghaï en 1953. Durant la Révolution culturelle, son père est la cible des Gardes rouges et lui-même est interdit d'école. Il apprend seul l'anglais, se passionne pour la littérature anglo-américaine et en particulier pour l'oeuvre de T.S. Eliot. Il poursuit ses recherches à Saint Louis aux USA et décide de s'y installer après les événements de Tian'anmen.

Les premières lignes

"Avril est un mois cruel, peut-être même le plus cruel. Pour les Chinois, le 5 avril est le jour de Qingming, une date qui, d'après le calendrier lunaire, est propice aux "visites et nettoyages des tombes". C'est là une tradition ancestrale. Au VIIe siècle, Du Mu, un poète de la dynastie des Tang, écrivit un quatrain célèbre :

Durant la Fête des Tombeaux, la pluie tombe dru,

Ceux qui vont balayer la tombe ont le coeur brisé.

"Où peut-on trouver une taverne pour noyer le chagrin ?"

Un berger leur montre du doigt le village aux fleurs d'abricotiers.

Et Confucius a dit : Si vous apportez des offrances aus morts, ils vous apparaîtront comme s'ils étaient vivants. Qingming est donc l'occasion pour chacun de se recueillir et de rendre hommage aux défunts.

Dans un bus du XXIe siècle spécialement affrété pour emmener les citadins au cimetière de Suzhou, Chen Cao, ex-inspecteur principal et ex-vice-secrétaire du Parti à la police de Shanghaï, se tenait au milieu d'un groupe de visiteurs de tombes et songeait aux vers de Du Mu. Il regardait le paysage par la fenêtre, puis son reflet sur la vitre sale. Des gouttes de pluie tombaient des saules plantés au bord de la route, pareilles à des larmes de soulagement étincelantes...."

Ce que j'ai aimé :

J'ai retrouvé dans ce nouvel opus tous les ingrédients qui ont fait le succès des romans policiers de Qiu Xiaolong avec une dénonciation de la société chinoise à travers sa corruption, ses déviations politiques et morales, les privilèges de la classe dirigeante, la surveillance policière des citoyens et le contre-pouvoir sur Internet. C'est également, avec le même plaisir, que j'ai savouré les proverbes et poèmes qui ponctuent le roman ainsi que les nombreuses recettes culinaires chinoises, comme autant d'aérations dans ce récit plein de suspense…

Pour finir, laissons l'auteur présenter lui-même son livre dans une petite vidéo.....

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