Brève de lecture : "Peine perdue"

Changement de décor pour ce nouvel opus d'Olivier Adam, direction le sud, quelque part près de Nice, sur le Cap Estérel....Beaucoup de personnages aussi, que l'on découvre au long des 23 chapitres, Antoine ayant droit à deux chapitres pour ouvrir et refermer cette histoire. Un écriture dense, touffue, un peu comme un flot de paroles qui se déverserait trop vite dans l'urgence d'une confession, d'un partage d'émotions avec le lecteur. C'est une langue orale, déconstruite, sans ponctuation souvent, ce qui déconcerte au prime abord, mais vous emporte dans l'histoire, une fois cet a priori oublié. Chaque chapitre est presque une nouvelle, brossant des caractères attachants, souvent fragiles et abîmés par la vie. Parfois, l'écriture est serrée, collante, poisseuse pour mieux nous confronter aux difficultés que rencontrent les personnages. Une belle lecture !

Un petit extrait :

"Serge le voit trépigner et se manger la peau des doigts comme s'il était en manque. Il le regarde s'agiter et repense au gamin que c'était, au frère qu'il était pour Antoine, deux gosses jouant au foot jusqu'à ce que la nuit tombe, dans la rue devant la maison sur la plage, deux gosses toujours en nage et couverts de poussière, de bleus, les genoux écorchés et le nez sale. Deux gosses affairés dans leur chambre à monter des trucs extravagants avec leurs Lego. Deux gosses intrépides sautant toujours de plus hauts rochers, disparaissant sous l'eau en apnées interminables, passant leur temps à s'enfouir la tête sous la flotte, à se rouler dans le sable en faisant mine de se battre. Deux gosses toujours fourrés dans les collines, le maquis, menant une vie sauvage dont personne ne savait grand-chose. Une vie de plantes et de terre craquelée, de ruisseaux asséchés et d'animaux décampant parmi les arbustes, une vie griffée de ronces, d'écorces, de branches où se tenir et regarder autour de soi, l'infini du massif, pics, vallées et canyons, s'arrêtant net en surplomb des eaux turquoise. L'orange des roches, le vert des arbres et le bleu du ciel. Rien d'autre. Pas la moindre trace de civilisation. Juste les grognements d'animaux invisibles. Deux gosses mal armés pour passer à la suite, qui n'ont jamais su quoi faire de toute cette énergie et de cette vie confuse et sauvage qui battait en eux, et que l'âge adulte n'en finirait plus de vouloir contraindre, raboter, apprivoiser. Solange disait toujours que ces deux-là ne pourraient jamais travailler dans un bureau. Qu'il leur faudrait vivre au milieu des arbres, les pieds dans la terre. Qu'est-ce qu'ils foutent maintenant dans leurs garages, leurs boîtes de nuit, leurs campings, leurs entrepôts, leurs supermarchés, leurs hôpitaux, leurs hôtels, tous ces gamins, Marion Antoine Sarah Louise Jeff et les autres ? Qu'est-ce qui a bien pu les mener là ? Dans cette vie trop petite pour eux. Malgré la mer qui s'étendait partout. Malgré les massifs qui les encerclaient de toutes parts. Des espadons dans une baignoire. Comme dit la chanson".

Une critique pour savoir ce qu'en disent les pros...

Laissons O. Adam parler de "Peines perdues".

Et un podcast de France Culture : entretien entre O. Adam et Augustin Trappenard

 

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