La saint Valentin à l'opéra
La saint Valentin à l'opéra

C'est une soirée avec un double programme que nous propose ce soir le Met Opera de NY en "direct live" au Liberté : Iolanta de Piotr Tchaïkovski et Le château de Barbe Bleue de Bela Bartók.

Saint Valentin oblige : Pour une fois l'héroïne ne meurt pas à la fin de l'opéra : Iolanta est un conte de fée à l'issue duquel l'héroine aveugle trouve l'amour et la vue.

Mais pourquoi accoler la belle musique lyrique et romantique de Tchaïkovski à la musique moderniste de Bartok ?

Le metteur en scène après avoir analysé les nuances psychologiques des deux oeuvres, tout particulièrement les aspects les plus sombres de la relation entre Iolanta et son père a envisagé que ces deux opéras représentaient deux phases de la vie d'une seule femme : Judith continue l'histoire de Iolanta. Le "happy ending" n'est pas une fin, souvent nos addictions sont plus fortes que nous. C'est l'histoire classique de la répétition de nos compulsions.

Dans l'extrait vidéo ci-dessous, le metteur en scène Mariusz Trelinski nous explique en quoi ces deux oeuvres se répondent.

Iolanta (Pyotr Tchaïkovski) - Le Livret
Livret de Modeste Tchaïkovski, d'après la pièce La Fille du roi René, de Henrik Hertz.

Iolanta est aveugle. Elle mène une vie isolée et est traitée comme une poupée. Il y a longtemps, son père, le roi René, l'a cachée aux yeux du monde et l'a laissée aux bons soins de gens simples, Martha et Bertrand. Sa plus grande préoccupation est que sa fille ne découvre jamais sa cécité. Il ne veut pas non plus que Robert, le futur époux de Iolanta, apprenne qu'elle est aveugle. Iolanta est convaincue que ses yeux ne servent qu'à pleurer. Mais l'anxiété la gagne, ainsi que de vagues pressentiments.

Alméric arrive chez Iolanta, annonçant la visite du Roi et d'un médecin maure réputé. Le diagnostic de ce dernier est catégorique : Iolanta doit être informée de sa cécité avant que le traitement puisse commencer. René refuse.

Robert et Vaudémont paraissent en la demeure de Iolanta. Ils sont intimidés—le lieu semble cacher un secret et receler du danger. Ils se sentent menacés. Ils rencontrent Iolanta, sans savoir qui elle est. Robert ne se rend pas compte qu'elle est sa promise, qu'il ne veut pas épouser car il en aime une autre. Vaudémont est sous le charme de la jeune fille, tandis que Robert s'inquiète de cet endroit mystérieux. Enchanté par la beauté de Iolanta, Vaudémont lui demande de lui donner une rose rouge en guise de souvenir. Iolanta lui en donne une blanche, à deux reprises. Vaudémont se rend compte qu'elle n'y voit pas. Iolanta n'a aucune idée de ce que voir signifie. Elle ne comprend pas son désavantage. Le roi René surprend Vaudémont en train de parler à Iolanta et découvre, furieux, qu'il lui a révélé le secret. Sans volonté propre, Iolanta ne sait même pas si elle veut y voir ou non—elle est prête à tout pour obéir à son père. Cela ne fait que confirmer les dires du médecin : sans un désir profond, aucun changement n'est possible. Pour éveiller en elle le désir de retrouver la vue, le roi menace de tuer Vaudémont si le traitement échoue. Iolanta est guérie et son père consent à son mariage avec Vaudémont. Mais le retour de la vue n'apporte pas à Iolanta la libération espérée. Aveuglée par le monde, elle ne parvient pas à croire en l'apparence de ceux qu'elle aime. Son amour pour Vaudémont et la cérémonie de mariage apaisent ses craintes.

Le Château de Barbe-Bleue (Béla Bartók) - Le livret :
Livret de Béla Bálazs, d'après un conte de fée de Charles Perrault


Judith est venue vivre avec Barbe-Bleue, ayant quitté sa famille et son existence paisible et ordonnée. Le secret de Barbe-Bleue la fascine—elle connaît les effrayantes rumeurs, craint de ne pouvoir revenir en arrière, mais décide pourtant de pénétrer dans sa demeure. La porte se referme. Judith avoue son amour pour Barbe-Bleue, pensant que cela le changera et illuminera sa sombre demeure. Elle répète sa déclaration d'amour tel un mantra tout en exigeant que les portes de sept pièces soient ouvertes. La première est une salle de torture, la deuxième une armurerie. Ces pièces la remplissent de terreur. Les portes suivantes cachent un trésor et un jardin. Barbe-Bleue montre ensuite son empire à Judith. Elle voit du sang partout : sur les joyaux, les armes, les fleurs. Elle ne veut pas s'en remettre à Barbe-Bleue qui l'exhorte à l'aimer et à ne poser aucune question. Judith répond qu'elle l'aime et veut qu'il s'ouvre à elle, qu'il révèle son soi profond, dévoile ses craintes. Elle exige que toutes les portes soient ouvertes. À la sixième porte, qui cache une mer de larmes, Judith atteint la limite du savoir. Il ne reste plus que la septième porte. Derrière se trouve un espace au-delà de la vie, à la frontière entre la vie et la mort. Là sont cachées les anciennes femmes de Barbe-Bleue. En passant la septième porte, Judith les rejoint. Elle devient pour toujours partie intégrante de l'univers de Barbe-Bleue. Le cercle de son périple se termine.

Le site Esprits Nomades nous présente le compositeur, sa vie, son oeuvre et analyse en détail le Château de Barbe Bleue. L'occasion de parcourir le site de cette association qui propose aux internautes un vagabondage dans le monde de la musique, de la littérature et de la poésie, de la photo et de la peinture…

Le NYT dans sa critique nous annonce une très belle représentation soulignant les voix d'Anna Netrebko, de Piotr Bezcala dans Iolanta et de Nadja Michael (Judith) and Mikhail Petrenko dans le Château de Barbe bleue.

Espérons qu'à l'issue de cette soirée de contes, mon carrosse conduit par le fidèle P. sera bien au rendez-vous...

Une douce pensée aux amoureux V. et R.

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