Tel est le thème retenu pour l'atelier d'histoire de l'Art proposé par l'UTL cet automne. Deux sessions déjà : romantisme noir et paysage romantique.

Les sources innombrables que nous propose internet m'ont permis de brosser à grands traits un résumé de ces deux ateliers (enrichi de quelques vidéos vous offrant l'opportunité de pratiquer vos talents linguistiques...)

D’abord courant littéraire et musical, le romantisme apparaît en peinture comme mode d’expression de sentiments intérieurs.
L’art romantique est le langage artistique d’une société qui se cherche dans une pensée nouvelle après avoir tué l’ancienne, se reconstruit entre empires, monarchies et républiques, s’affole dans une révolution industrielle sans en maîtriser le développement. La passion du baroque et la frivolité du rococo ont laissé la place au doute et les artistes l’expriment chacun à leur manière, sans style commun, ou plutôt avec chacun son style. Certains privilégient le dessin, d’autres la matière et la touche, d’autres encore la couleur.
A contre-courant de l’académisme, le romantisme utilise un vocabulaire jusqu’alors inexploré : le rêve, la folie, le doute, la peur, l’angoisse de n’être rien face à une nature déchaînée, paradoxe d’une époque qui invente la machine pour mieux la dominer. Le peintre romantique ne cherche plus à répondre à une commande. Il peint. Son imagination et son besoin d’expression dirigent son travail, quitte à déplaire et à être rejeté par les officiels. Le mythe du peintre maudit naît à cette époque : le génie est incompris car en avance sur son monde, misérable mais libre.

Le romantisme noir n'est pas un style : il se comprend davantage comme un courant de l'art occidental qui se nourrit des inquiétudes des temps de crise en y répondant par la force de l'imaginaire. Né au temps de la tourmente révolutionnaire à la fin du XVIIIe siècle, le romantisme noir est réactivé par certains symbolistes à la fin du XIXe siècle, puis au lendemain de la Première guerre mondiale, inspirant la révolution surréaliste.
A chaque fois, sous couvert d'une évasion dans un monde sombre et irrationnel, ce "mauvais genre" vient nier les idéologies, défier le masque des conventions morales et braver l'oppression des religions, tant celle des Eglises que celle du progrès.

Artistes plutôt autodidactes et imprégnés par une formation religieuse, Füssli et Blake puisent leurs sujets chez Milton et Shakespeare, gloires littéraires britanniques en voie de redécouverte. Ces auteurs baroques fascinent par la puissante beauté qu'ils donnent aux anti-héros maléfiques, tel Satan, prince rebelle ténébreux ; ils incorporent aussi à leurs drames des figures issues des superstitions populaires, telles les sorcières.
Enfin, Shakespeare et Cowper inspirent les peintres romantiques noirs car ils mettent en scène l'abdication de la raison, sur un mode qui mêle le burlesque au tragique : comment l'individu, poussé par le malheur ou la tentation, perd le contrôle de lui-même. A travers La folie de Kate ou Les Trois Sorcières, Füssli peint le spectacle de la folie, de l'avidité du pouvoir et des pulsions inavouées revenant à la surface.
C'est à l'aide de ces éléments que ce peintre est capable d'inventer à son tour des sujets originaux, comme le Cauchemar.


"Je n'ai pas peur des sorcières, des lutins, des apparitions, des géants vantards, des esprits malins, des fardadets, etc. ni d'aucun autre genre de créatures hormis l'être humain". Enthousiaste partisan des Lumières, intime de l'aristocratie éclairée, Goya déchante et doute à mesure que la Révolution française sombre dans la Terreur et que l'Europe s'embrase dans les guerres.
La distinction faussement nette entre les Lumières et l'obscurantisme s'abolit désormais au profit d'un nouveau monde gris, effrayant et incertain, où se dissolvent les frontières entre le Bien et le Mal, le réel et le fantastique, le logique et l'absurde, les croyances du passé et l'idéologie révolutionnaire du présent.
Loin de céder à la nostalgie ou à la paralysie, l'artiste troque le pinceau coloré du peintre de cour pour le stylet engagé de l'aquafortiste. Il décline toutes les couleurs du noir dans de vastes séries d'images imprimées, libres et volantes, n'était la censure de l'Inquisition.

Francisco José de Goya y Lucientes Le Vol de sorcières

Francisco José de Goya y Lucientes Le Vol de sorcières

Une vidéo proposée par le Museo del Prado détaille ce vol de sorcières.

Le paysage romantique allemand distille un sublime plus inquiétant qu'effrayant, s'appuyant davantage sur des lieux réels que sur les mythes. Issus de l'univers des romans noirs, les cimetières, les grottes, les forêts impénétrables, les ruines et les cloîtres au clair de lune constituent les motifs attendus, traduisant l'enfermement et la mort.

Lorsque les artistes exaltent le sublime de la nature elle-même, ils choisissent le thème gouffre, recherchant la sensation de vertige et de basculement qu'il provoque.

Les paysages de Friedrich inaugurent un autre genre de gouffre, horizontal : le spectateur y tâtonne dans l'obscurité, s'enfonce dans une image sans bords ni repères, aux lueurs incertaines dont la source demeure cachée.
En l'exact milieu tel un pivot, l'horizon supporte un ciel épais, dont la pesanteur menace d'inverser l'image. Vertige de l'infini et menace de subversion traduisent ainsi l'esprit du romantisme noir dans le paysage. Ici, une analyse détaillée du "Voyageur contemplant une mer de nuages".

L'art romantique
L'art romantique
L'art romantique
L'art romantique


William Turner ose plus encore déstructurer ses compositions. Il abandonne totalement la perspective linéaire pour laisser à la matière et aux couleurs le soin de suggérer les formes, de manière souvent impulsive et tourbillonnante. Ses tableaux montrent la nature, violente, souvent déchaînée, contre laquelle l’homme ne peut rien. Ces images à l’empâtement fougueux, rendues possible grâce à l’utilisation du couteau, ont été d’abord rejetées par les critiques conservateurs.

Avec le style romantique, la peinture de la première moitié du XIXe siècle a su rebondir face à un académisme rigide et intransigeant en permettant à l’art de pouvoir penser différemment. Il annonce l’ère moderne et de nouvelles possibilités tant au niveau technique que dans sa réflexion et ses sujets à raconter. C’est d’ailleurs de ce mouvement que découleront naturellement les courants de la seconde moitié du siècle et notamment le plus important de tous : l’impressionnisme.

L'art romantique
L'art romantique
L'art romantique

Sources : http://www.histoiredelart.net/

http://www.musee-orsay.fr/

, Pour les petits et grands curieux, qui veulent approfondir le sujet.

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