Début d'année ; nouveau thème pour les ateliers d'histoire de l'art : les genres en peinture.

Selon la conception de la hiérarchie des genres, chère à l'enseignement académique en France du XVIIe au XIXe siècle, qui soumet la peinture à des catégories, classant les types de sujets à la fois selon les difficultés qu'ils comportent pour le peintre et l'intérêt qu'ils présentent pour le spectateur, la peinture d'histoire ou "grand genre", désigne la peinture à sujet religieux, mythologique ou pris à l'histoire antique ou moderne. Elle est au sommet de la hiérarchie des genres, elle est suivie par le portrait, puis la peinture de genre, et enfin la nature morte et le paysage.

Pour illustrer cette thématique, j'ai choisi la représentation du mythe de Danaé à travers les âges, puisqu'on le verra les mythes sont toujours source d'inspiration pour les artistes, même contemporains. Danaé, d'abord représentée à l'image de la Vierge, deviendra femme vénale par la suite, prétexte à la peinture d'un nu, puis disparaît complètement dans les représentations contemporaines du mythe. Quelle sera votre représentation préférée ?

Quelques mots tout d'abord sur le mythe :

Danaé est fille du roi d’Argos, Acrisios, et d’Eurydicé. Son père ayant été averti par un oracle qu’il serait un jour tué par l’enfant de sa fille, il enferme Danaé dans une tour d’airain (ou une chambre souterraine), afin que nul ne puisse l’approcher. Mais Zeus, épris de la jeune femme, se change en pluie d’or et traverse sous cette forme le toit de sa prison pour s’unir à elle. De cette rencontre divine, Danaé met au monde Persée. Lorsque Acrisios apprend cette naissance, il enferme Danaé et l’enfant dans un coffre qu’il abandonne au hasard des flots.
Le coffre est sorti des flots sur l’île de Sériphos par un pêcheur, Dictys. Mais Danaé subit la convoitise du frère de ce dernier, le tyran Polydectès. Persée parti combattre Méduse, Polydectès tente en effet d’abuser de la jeune femme. Mais Persée, de retour de sa victorieuse expédition au cours de laquelle il a décapité la Gorgone, sauve Danaé en changeant le tyran en statue de pierre grâce à la tête de Méduse (dont les yeux ont le pouvoir de figer à jamais quiconque les regarde). Danaé rentre alors en compagnie de son fils à Argos, où elle s’installe auprès de sa mère. Son père Acrisios meurt accidentellement lors des jeux de Larissa par un disque lancé par Persée.

Dans l’Antiquité, ce thème est traité dans la céramique attique, où Danaé figure assise ou allongée, vêtue et recevant la pluie d’or, ouvrant parfois son vêtement pour mieux la recueillir.

Danaé et la pluie d'or, cratère en cloche de Béotie, v. 450-425 av. J.-C., musée du Louvre

Danaé et la pluie d'or, cratère en cloche de Béotie, v. 450-425 av. J.-C., musée du Louvre

Peinture murale représentant Danaé - initialement à Pompéi - Musée archéologique de Naples

Peinture murale représentant Danaé - initialement à Pompéi - Musée archéologique de Naples

Le thème de Danaé sera ensuite largement utilisé et repris dans la peinture d'histoire. Les premières représentations dépeignent Danaé à la manière d'une annonciation : robe bleue, pluie d'or à l'image des rayons de l'esprit saint.

Dans une rotonde formée par des colonnes de marbre, qui donne sur une ville idéale où se mêlent des édifices gothiques et Renaissance, Danaé assise, à demi dévêtue, reçoit la pluie d’or symbolisant Jupiter. Ombre et lumière, volumes et nuances sont rendus de façon à la fois minutieuse et élégante dans ce qui est évidemment un équivalent païen de l’Annonciation.

Peintre, dessinateur, graveur, Jan Gossart, ou Gossaert, dit Mabuse (Maubeuge vers 1478 - Anvers 1er octobre 1532) est un artiste flamand romaniste de style maniériste de l'École d'Anvers. Il est un précurseur de ce "style italianisant d'Anvers", qui relie la tradition flamande du XVème siècle, attentive à la recherche minutieuse du monde réel, à la "manière moderne" italienne dans le rendu de la perspective et la relation entre personnages et environnement.

Danaé, 1527, Jan Gossaert, (Munich, Alte Pinakothek)

Danaé, 1527, Jan Gossaert, (Munich, Alte Pinakothek)

Par la suite, les peintres remplacent la pluie d'or par des pièces, figurant Danaé en tant qu'archétype de la femme vénale.

Le mythe de Danaé a été un grand sujet d’inspiration pour les peintres, qui y voyaient une occasion de réaliser un nu féminin, en y ajoutant une servante ou un amour qui recueillait les pièces d'or.

Ce tableau est une des quatre Histoires des amours de Jupiter commandées par Frédéric II Gonzague de Mantoue (1500-1540), comme présent pour Charles Quint (1500-1558), empereur du Saint Empire romain germanique.

La peinture de Corrège s'inspire dans un premier temps du style de Mantegna, puis, après le voyage à Rome du peintre (1517-1518), l'influence des grandes figures de la Haute Renaissance se fait sentir (Raphaël, Léonard de Vinci, Michel-Ange). Mais en une quinzaine d'années seulement, ce peintre atypique ira plus loin que ses inspirateurs. En quoi consiste cette inflexion ? Elle comporte deux aspects. D'une part, Corrège emprunte à Vinci l'art du sfumato et du chiaroscuro pour produire une peinture tonale ne comportant pas de délimitation nette des différentes couleurs, mais des transitions subtiles et une lumière atténuée qui annonce le clair-obscur du baroque.

D'autre part, le relatif statisme des premières œuvres va laisser place à une animation, à un sens du mouvement qui rappelle parfois Michel-Ange, puis à un maniérisme.

Danaé - Le Corrège- 1530 - 1531 - Galerie Borghèse

Danaé - Le Corrège- 1530 - 1531 - Galerie Borghèse

À Fontainebleau Le Primatice (Francesco Primaticcio, 1504-1570) peint pour François Ier une Danaé. Le musée Condé de Chantilly possède un dessin du maître sur le même sujet. Ci-dessous une tapisserie conservée à Vienne d'après un dessin du Primatice.

Danaé recevant la visite de Jupiter apparaissant sous la forme d'une pluie d'or - Le Primatice

Danaé recevant la visite de Jupiter apparaissant sous la forme d'une pluie d'or - Le Primatice

Tiziano Vecellio, plus communément appelé Titien ou le Titien en français, né vers 1488 à Pieve di Cadore (province de Belluno, Vénétie), mort le 27 août 1576 à Venise, est un peintre et graveur italien de l'école vénitienne, auteur d'une importante œuvre picturale. Il est considéré comme un des plus grands portraitistes de cette époque, notamment grâce à son habileté à faire ressortir les traits de caractère des personnages. « Il libère aussi la peinture des contraintes de la ligne et de la forme où elle était emprisonnée depuis le Moyen Âge finissant, et cela pour donner tout pouvoir à la couleur.

Titien a réalisé pas moins de quatre versions de Danaé.

Danaé - Le titien - Musée de l'ermitage - St Petersburg - 1553-1555

Danaé - Le titien - Musée de l'ermitage - St Petersburg - 1553-1555

Danaé - Le Titien - Musée de Vienne

Danaé - Le Titien - Musée de Vienne

Danaé, 1544. Tiziano Vecellio 120 cm × 172 cm. National Museum of Capodimonte, Naples

Danaé, 1544. Tiziano Vecellio 120 cm × 172 cm. National Museum of Capodimonte, Naples

Danaé - Le Titien - Musée du Prado - Madrid

Danaé - Le Titien - Musée du Prado - Madrid

Influencé par Le Caravage dont il a été le disciple direct, Orazio Gentileschi est le plus vieux des peintres caravagesques. Il a mis dans ses œuvres de plus en plus d'accents personnels, dont une pureté des formes ; son style propre est élégant et raffiné, en oubliant les artifices de composition du maître (personnages à mi-corps, pas de perspective mais des plans successifs, ténébrisme...).

Danaé et la pluie d'or, par Orazio Gentileschi (1563–1639) Cleveland Museum of Art

Danaé et la pluie d'or, par Orazio Gentileschi (1563–1639) Cleveland Museum of Art

Artemisia Lomi Gentileschi, née le 8 juillet 1593 à Rome et morte à Naples vers 1652, est une artiste-peintre italienne de l'école caravagesque.
Vivant dans la première moitié du xviie siècle, elle reprend de son père Orazio la limpide rigueur du dessin en lui ajoutant une forte accentuation dramatique héritée de l'œuvre du Caravage et chargée d'effets théâtraux, ce qui contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s'installe en 1630.
Elle devient une peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et de Charles Ier d'Angleterre.
Remarquablement douée et aujourd'hui considérée comme l'un des premiers peintres baroques, l'un des plus accomplis de sa génération, elle s'impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées. Elle est également l'une des premières femmes à peindre des sujets historiques et religieux

Danaé, par Artemisia Gentileschi  (1593 1652) Musée de Saint Louis

Danaé, par Artemisia Gentileschi (1593 1652) Musée de Saint Louis

Hendrik Goltz ou Hendrick Goltz, connu sous la forme latinisée de son nom, Goltzius (Bracht-am-Niederrhein - Venlo, janvier ou février 1558 – Haarlem, 1er janvier 1617), est un dessinateur, peintre et graveur néerlandais (Pays-Bas espagnols puis Provinces-Unies).
Ses gravures, très prisées, issues de ses propres dessins ou transposant les œuvres de ses contemporains, contribuèrent efficacement à la diffusion du maniérisme en Europe.

Danaé, par Hendrick Goltzius 1558 - 1617

Danaé, par Hendrick Goltzius 1558 - 1617

Tintoret représente la fille d'Acrisios telle une prostituée avide, qui fait ramasser à sa servante toutes les pièces d'or tombées du ciel. Le personnage de la servante récoltant les pièces, même s'il s'est vraisemblablement inspiré de Titien (qui le représente dans trois de ses Danaé), occupe une place plus importante dans la composition du Tintoret : la servante se retrouve au premier plan et, contrairement aux tableaux de Titien où elle est représentée sous les traits d'une vieille femme laide, c'est ici une jeune suivante ravissante. Cette lecture de l'œuvre va dans le sens de l'hypothèse avancée par certains critiques, qui voient dans cette peinture une célébration de la rencontre, en 1574, du roi de France Henri III avec une célèbre courtisane vénitienne de l'époque, Veronica Franco. Le peintre aurait donc représenté la mère de Persée sous les traits de la belle vénitienne. Néanmoins, les pièces disposées autour du sexe de la jeune femme signifient bien qu'elle vient d'être fécondée par le roi de l'Olympe et qu'il s'agit donc avant tout de l'épisode décrit par Ovide dans ses Métamorphoses.
La composition de l'œuvre, dominée par les lignes diagonales que forment les corps des deux femmes et les plis des tentures, est, quant à elle, caractéristique de l'art du Tintoret, tout comme le chatoiement des couleurs, la touche rapide et le plasticisme des personnages, à la forme allongée.

Danaé - Le Tintoret - 1570 - Musée des beaux arts de Lyon

Danaé - Le Tintoret - 1570 - Musée des beaux arts de Lyon

Joachim Anthonisz Wtewael, né en 1566 à Utrecht, où il est mort le 1er août 1638, est un peintre maniériste hollandais.
Wtewael reste proche de la peinture traditionnelle alors que de la plupart des peintres adoptent alors le naturalisme du début du baroque. C'est l'un des derniers peintres maniéristes.

Danaé - J. Wtewael - 1595 - 1605 - Le Louvre

Danaé - J. Wtewael - 1595 - 1605 - Le Louvre

Anonym - Peinture Flamande - vers 1600

Anonym - Peinture Flamande - vers 1600

Ici, les peintures relatant les épisodes du mythe de Persée auraient été réalisées par un peintre flamand méconnu, Giovanni Stalf ou Stolf.
Il faut rappeler que la figure mythologique de Persée joue un rôle central dans l’imagerie cosimienne. Souvent choisies comme sujets des commandes artistiques princières (le
Persée de Cellini en est l’exemple le plus frappant), l’origine et les vertus de ce personnage permettent de mettre en avant deux faits indispensables à la politique de légitimation médicéenne. En s’identifiant à ce héros, Cosimo s’approprie l’idée de la généalogie divine et de la protection que les dieux accordent à Persée. En outre, l’épisode de Méduse est exploité par le grand-duc en guise d’avertissement à l’adresse de ses adversaires politiques.

Pallazo Mellini Fossi - 1600 - Florence

Pallazo Mellini Fossi - 1600 - Florence

Jacob van Loo, dit aussi en français Jacques Van Loo (L'Écluse, 1614 – Paris, le 26 ou le 27 novembre 1670), est un peintre de scènes mythologiques, bibliques et de genre, et un portraitiste néerlandais (Provinces-unies) du siècle d'or. Il fut le fondateur de la dynastie de peintres van Loo.

Danaé - Jacob Van LOO - 1614 - 1670

Danaé - Jacob Van LOO - 1614 - 1670

Danaé est un tableau de Rembrandt conservé au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Composé entre 1636 et 1643, il est entré avec la majeure partie de la collection Crozat en 1772 à l'Ermitage. C'est l'une des toiles les plus grandes de l'auteur, puisqu'elle dépeint deux personnages en grandeur nature. Rembrandt a commencé ce tableau en 1636 deux ans après son mariage.
Cette scène représente Danaé nue alanguie sur son lit. Sans doute s'apprête-t-elle à recevoir Zeus dont elle aura Persée. Rembrandt prend sa femme Saskia comme modèle. Celle-ci meurt en 1642. Il change ensuite le visage de Danaé avec celui de sa maîtresse Geertje Dircx, comme le révèle une étude aux rayons X. Celle-ci révèle également que l'artiste avait auparavant peint une pluie de pièces d'or (forme qu'avait prise Zeus pour visiter Danaé) qu'il supprime à cette époque; Danaé avait le regard tourné vers le haut et non de côté, et l'ange sculpté riait. Ces changements donnent donc plus de mystère et de profondeur au sujet.
Le tableau a été vandalisé au couteau et à l'acide sulfurique par un dément lituanien, le 15 juin 1985. la restauration du tableau a duré douze ans, jusqu'en 1997.

Danaé, par Rembrandt (1636), musée de l'Ermitage, 1636.

Danaé, par Rembrandt (1636), musée de l'Ermitage, 1636.

Vite oublié après sa mort, Natoire n'en fut pas moins l'un des peintres les plus doués de la France du XVIIIe siècle.

De son vivant, Natoire était mis à l'égal de François Boucher. Directeur de l'Académie de France à Rome de 1751 à 1775, il jouit d'une grande autorité dans le monde artistique. Comme son maître François Lemoyne, il est le peintre de la grâce, de la volupté et de la joie de vivre. Sa touche chaude et sensuelle est sans doute trop gracieuse pour la peinture d'histoire, trop frivole pour la peinture religieuse.

La version de Danaé de Natoire est conservée au Musée des beaux arts de Troyes.

Danaé - Natoire - 1735 - Musée des beaux arts de Troyes

Danaé - Natoire - 1735 - Musée des beaux arts de Troyes

Giovanni Battista Tiepolo ou Giambattista Tiepolo (francisé Jean-Baptiste Tiépolo), né à Venise le 5 mars 1696 et mort à Madrid le 27 mars 1770, est un peintre rococo et un graveur italien ayant travaillé dans plusieurs cours européennes, fait caractéristique de la circulation des artistes dans l'Europe des Lumières.
Les œuvres qui ont fait sa réputation sont les grands cycles de fresques qu'il a peints à Venise et dans sa région mais aussi à Bergame et, hors d'Italie, à Madrid et à Wurtzbourg pour décorer palais et églises, mais il a également laissé de nombreux tableaux et esquisses peintes.

Danaé et Jupiter - Tiepolo - 1736 - Musée de Stockholm

Danaé et Jupiter - Tiepolo - 1736 - Musée de Stockholm

Danaé - JB Deshays - 1729 1765 - Le Louvre

Danaé - JB Deshays - 1729 1765 - Le Louvre

Fils d'un entrepreneur et architecte, Jean-Baptiste Greuze fut dès sa plus tendre enfance attiré par le dessin, malgré la volonté de son père qui le destinait au commerce. Il fut soutenu dans sa vocation par le peintre lyonnais Charles Grandon, dont il sera l'élève. Greuze suit son professeur à Paris où il s'installe en 1750. Il devient l'élève de Charles-Joseph Natoire à l'Académie royale de peinture et de sculpture, professeur, avec lequel il eut des démêlés.

Danaé - JB Greuze 1760 1770 - Le Louvre

Danaé - JB Greuze 1760 1770 - Le Louvre

Jean-Baptiste Marie Pierre, né à Paris le 6 mars 1714 et mort à Paris le 15 mai 1789, est un peintre, graveur, dessinateur et administrateur français.
Tout au long des années 1740, l’artiste brille dans tous les genres de la peinture, répondant à de nombreuses commandes d’amateurs, des Bâtiments du roi et de l’Église. Ses œuvres présentées aux Salons témoignent de cette variété : les bambochades s’y mêlent aux grandes compositions religieuses ou historiques et aux œuvres mythologiques.

Danaé - Jean-Baptiste Marie Pierre - 1714 - 1789

Danaé - Jean-Baptiste Marie Pierre - 1714 - 1789

Wertmüller a été actif surtout en Italie, en France, en Espagne et aux États-Unis. Il a peint des motifs mythologiques dans un style néoclassique.
En 1787, il réalise son chef-d’œuvre, Danaé et la pluie d’or, œuvre qui s’avérera controversée comme l’un des premiers nus féminins exposés aux États-Unis. L’année suivante, il part s’installer à Bordeaux puis, après le déclenchement de la Révolution, à Madrid en 1790, à Cadix en 1791, avant de rejoindre, à bord d’un brick suédois, en 1794, l’Amérique.

Cette version de Wertmüller fut le premier nu exposé aux Etats-Unis

Danaé - Wertmuller - 1787 - Musée National Stockholm

Danaé - Wertmuller - 1787 - Musée National Stockholm

Deux versions de Danaé seront également réalisées par Girodet. L'œuvre de Girodet se situe à la charnière des deux grands courants artistiques du début du xixe siècle : la peinture néoclassique et la peinture romantique. La recherche de la beauté idéale selon les canons classiques l'inscrit dans la lignée des peintres néoclassiques davidiens dont il est avec Antoine-Jean Gros, François Gérard, et Jean-Auguste-Dominique Ingres l'un des principaux représentants, alors même que, par une forte volonté d'innovation, il imprègne ses peintures d'une grâce et d'une poésie singulière qui préfigure le romantisme.

Contemporain de Chateaubriand, Anne-Louis Girodet était une figure marquante à son époque, mais presque oubliée de nos jours. Comme l'Histoire est avide de nouveauté. Girodet, brillant élève de David gagne le Prix de Rome.

Cette Mademoiselle Lange en Danaé n’a rien d’extraordinaire sur le plan artistique, sinon l’énorme scandale qui l'entoure.

En 1799, tout Paris en parle. L’oeuvre suscite une vive réaction qui se transporte jusqu'aux hautes sphères du pouvoir révolutionnaire, le Directoire. Il s'agit d'un acte de vengeance et d'une oeuvre de satire de Girodet, un affront à cette actrice à la beauté exceptionnelle, nouvellement mariée, Mademoiselle Lange.
Un portrait a été commandé par son mari Michel-Jean Simons, mais l'oeuvre de Girodet ne plaît pas à l’intéressée, qui fait livrer ce mot à l'artiste « Veuillez, Monsieur, me rendre le service de retirer de l’exposition le portrait qui, dit-on, ne peut rien pour votre gloire et qui compromettrait ma réputation de beauté. Mon mari et moi vous supplions de vouloir bien faire en sorte qu’il ne demeure pas vingt-quatre heures de plus. »
Le tableau est aussi tôt retiré et découpé en lanières par l’artiste, le tout retourné à la jolie dame mécontente. Trois jours plus tard, un nouveau tableau est livré pour la fin du Salon du 1799. On peut y reconnaître Mademoiselle Lange en Danaé. Un dindon représente son mari Simons, spéculateur, riche banquier et vendeur d’armées. Dans le coin droit, un dénommé Beauregard, l'amant de la dame, est représenté en masque cupide avec une pièce d’or dans l’œil. La petite fille sous les traits d'un ange est Anne-Élisabeth Palmyre, fille de l’actrice, née d’une précédente liaison avec un banquier d'Hambourg; elle aide sa mère à tenir le morceau d'étoffe bleue pour accueillir les pièces d'or tombant du ciel.

Mademoiselle Lange en Danaé - Anne-Louis Girodet - Musée de Minneapolis - 1767 - 1824

Mademoiselle Lange en Danaé - Anne-Louis Girodet - Musée de Minneapolis - 1767 - 1824

Anne-Louis Girodet a toujours dérangé. Son goût pour le bizarre, son érotisme ambigu, sa sophistication littéraire, les mystères qui l’entourent fascinaient ou déroutaient déjà de son vivant. La contribution de cet artiste, l’un des peintres les plus importants de l’école française, à l’histoire de la peinture se mesure pourtant avec celles de Jacques-Louis David, son maître, Jean-Auguste-Dominique Ingres ou Théodore Géricault.
Girodet a créé un style qui lui est propre, mêlant le raffinement intellectuel à la sensualité. Pour nombre d’observateurs, il représente en peinture les prémices du romantisme français, incarné par Chateaubriand en littérature. La peinture de Girodet fut en quelque sorte le reflet de la société française, au moment où elle traversait une des périodes de transformations les plus fondamentales de son histoire. Pour autant, son art reste en décalage avec les événements politiques. Plutôt que de servir le civisme républicain ou le nationalisme impérial, ses tableaux les plus engagés cherchent paradoxalement à incarner un idéal esthétique repoussant les frontières qui séparent la poésie de la peinture.

Amour et Danaé - Anne-Louis Girodet - Musée de Leipzig - 1767 - 1824

Amour et Danaé - Anne-Louis Girodet - Musée de Leipzig - 1767 - 1824

Alexandre Jacques Chantron (1842 – 1918) est un artiste français né à Nantes. Ses premières oeuvres étaient principalement des portraits et des natures mortes. Ensuite il développa des études de nu à la manière de Bouguereau, un thème qu'il continua à développer tout en menant des expérimentations avec la technologie chancelant de l'époque la photographie.

Danaé, Alexandre-Jacques Chantron, 1891

Danaé, Alexandre-Jacques Chantron, 1891

Gustav Klimt a également représenté en 1907-1908 le thème de manière érotique, la pluie d'or se glissant entre les cuisses fléchies d'une jeune femme dénudée, son visage suggérant l'extase amoureuse. Le positionnement de l'héroïne dans une forme blanche ovoïde symbolise la fécondité.

Danaé - G. Klimit - 1907

Danaé - G. Klimit - 1907

Egon Schiele est né en 1890 à Tulln, dans une petite ville proche de Vienne en Autriche. Dès l'enfance il exprime un réel talent pour le dessin. Son père, qui exerce le métier de chef de gare l'encourage dans cette voie, mais atteint d'une maladie mentale, il meurt en 1905.Le dessin est très net, avec un trait marqué, énergique et sûr, parfois même violent.

La connaissance du corps humain qu'a Egon Schiele est d'autant plus remarquable qu'il ne fait pas disparaître le squelette sous la chair, il le dessine dans la logique de ses mouvements et postures et lui donne ainsi trois dimensions, au lieu que ce soit deux, comme c'est souvent le cas chez d'autres artistes. Ses portraits et ses nus sont en outre saisis dans des poses insolites, voire caricaturales, Egon Schiele ayant étudié les attitudes de certains déments dans un asile psychiatrique, ainsi que les positions des marionnettes manipulées, ce qui donne cet aspect « désarticulé » propre à certains de ses personnages et à son art.

Danaé par Egon Schiele

Danaé par Egon Schiele

Gustav Seitz, né le 11 septembre 1906 à Mannheim et mort le 26 octobre 1969 à Hambourg, est un sculpteur et dessinateur allemand.

Gustav Seitz montre Danae comme une femme provocante dans une pose érotique, s'offrant à l'amour de Zeus.

Oldenburg, Niedersachsen. Sculpture "Große Danae" de Gustav Seitz Cour intérieure du château.

Oldenburg, Niedersachsen. Sculpture "Große Danae" de Gustav Seitz Cour intérieure du château.

En octobre 2007, à la suite d'une commande du Louvre (Paris), Anselm Kiefer, peintre et sculpteur allemand, installe sa Danaé dans une des niches de l’escalier nord de la Cour carrée du Louvre, où elle forme la partie gauche d'un triptyque, qui comprend aussi Athanor (au centre) et Hortus conclusus (à droite).

A gauche, Danaé, empilement de livres de plomb au dessus desquels se dresse une immense tige de tournesol, ensemble monochrome gris clair parsemé de pépites de tournesol tombées sur les livres. On songe évidemment à la pluie d’or du tableau, mais aussi à la magnifique bibliothèque de plomb et de verre de Chute d’étoiles.

Danaé - Anselm Kiefer - 2007

Danaé - Anselm Kiefer - 2007


L'artiste invité dans le pavillon russe en 2013 est Vadim Zakharov (1959-) Il fait partie du groupe des artistes conceptuels de Moscou.
Il présente une installation qui occupe l'ensemble du pavillon et qui est une interprétation du mythe de Danaë.
Après avoir traversé une salle dans laquelle un homme est assis sur une poutre en train de manger des cacahuètes et où on peut lire sur un des murs : " Gentlemen, time has come to confess our Rudeness, Lust, Narcissism, Demagoguery, Falsehood, Banality and..."
On parvient au centre du pavillon où a été installé un espace en forme de puits (avec des parois de grotte) dans lequel tombe, de manière épisodique, une pluie d'or que les visiteurs peuvent regarder s'écouler depuis un balcon situé à mi-hauteur.
Les pièces d'or sont amenées au niveau du toit par un tapis roulant dans un dispositif d'où elles sont éjectées.
Les pièces tombent au niveau inférieur où seules les femmes peuvent rentrer (avec un parapluie pour ne pas risquer de recevoir des pièces sur la tête). Elles doivent ramasser des pièces d'or et les mettre dans un seau qui est récupéré par un homme qui les place alors sur le tapis roulant d'où elles remontent.
L'installation centrée sur la pluie d'or, évoque la séduction de Danaë, elle symbolise le désir et l'avidité des hommes et le pouvoir de corruption de l'argent.
L'artiste, à travers cette œuvre insolite, entend dénoncer ce qui'l considère comme les engrenages d'une société machiavélique, dans laquelle les hommes manipulent les femmes, au moyen de l'argent.

(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013
(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013

(le fond du puits d'or avec les visiteuses) Danaé - Vadim Sakharov - 2013

Alors, ancienne ou moderne, quelle version de l'interprétation du mythe de Danaé préférez-vous ?

sources :

divers articles de wikipedia.

http://www.academia.edu

http://www.productionmyarts.com/

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