C'est ce que nous promet depuis la nuit des temps, la mythologie grecque. Alors plutôt que de nous intéresser à la météo décevante aujourd'hui, je vous propose un petit voyage mythologique illustré par de nombreux artistes.

Perséphone est l'une des principales divinités grecques. Son histoire est contée notamment dans l’Hymne homérique à Déméter. Perséphone est d'une rare beauté, et sa mère Déméter l'élève en secret en Sicile, son île favorite, où la jeune fille est en sécurité. Dans les bois d'Enna, Perséphone se divertit en compagnie des Océanides. Un jour, alors qu'elles sont occupées à cueillir des fleurs, Perséphone s'écarte du groupe, pour cueillir un narcisse. Là elle est remarquée par le puissant Hadès, son oncle, qui souhaite en faire sa reine. Il enlève la jeune fille, qui d'un cri alerte sa mère, mais celle-ci arrive trop tard. La scène se serait déroulée près du lac de Pergusa, en Sicile. Personne n'ayant rien vu, Déméter partira à la recherche de sa fille unique pendant neuf jours et neuf nuits avant de déclarer : « La Terre sera affamée tant que je n'aurai pas retrouvé ma fille. » Hélios, le Soleil, décidera alors de révéler à Déméter qu'Hadès a enlevé sa fille. La déesse ira aux Enfers

 la chercher mais Hadès refusera de la rendre. L'affaire est portée devant Zeus.

Zeus n'est pas capable de prendre une décision car il ne veut froisser ni Déméter, ni Hadès. Zeus pense que Perséphone doit rester aux Enfers. Cependant il décide de faire un compromis. La jeune fille passera six mois (les périodes automnale et hivernale) aux côtés de son époux en tant que reine des Enfers. Les six autres mois de l'année, elle retournera sur Terre et dans l'Olympe en tant que Coré aider sa mère pour le printemps et l'été.

Le retour de Perséphone de Luca Giordano

Le retour de Perséphone de Luca Giordano

Proserpine par Gabriel Rossetti

Proserpine par Gabriel Rossetti

Plutôt que de choisir de représenter Perséphone (ou Proserpine pour les romains), dans tout son éclat, comme Gabriel Rossetti, les artistes peintres ou sculpteurs ont préféré, dans leur large majorité, s'emparer de la première partie du mythe, sans doute plus à même de plaire à des commanditaires masculins : "l'enlèvement ou le rapt de Proserpine"...

 

 

Enlèvement de Proserpine sur une licorne, gravure de Albrecht Durer (1471-1528, Germany)

Enlèvement de Proserpine sur une licorne, gravure de Albrecht Durer (1471-1528, Germany)

L'enlèvement de Proserpine par Nicolo dell' Abate

L'enlèvement de Proserpine par Nicolo dell' Abate

Le rapt de Proserpine par - Rubens

Le rapt de Proserpine par - Rubens

par - Bruegel l'ancien

par - Bruegel l'ancien

par - Nicolas Mignard

par - Nicolas Mignard

par - Rembrandt

par - Rembrandt

par - Scarsellino

par - Scarsellino

par - A.V. Padovalino

par - A.V. Padovalino

par Jean-François de Troy

par Jean-François de Troy

par Joseph Heintz the Elder

par Joseph Heintz the Elder

par Allori

par Allori

par Hans Van Aachen

par Hans Van Aachen

Cette thématique fut également reprise dans la sculpture.

Une scène d’enlèvement offre l’opportunité aux sculpteurs de rivaliser avec la statuaire antique et même de la surpasser. Mais représenter dans un seul bloc de marbre et en grandes dimensions des personnages saisis en plein déséquilibre constitue un véritable défi technique et esthétique. En effet, le sculpteur risque de voir sa statue se briser. La réalisation d’une telle œuvre relève de savants calculs sur la répartition des masses et leur équilibre. Le premier artiste à relever ce défi, en 1583, est Giambologna, le sculpteur officiel des Médicis, avec L’Enlèvement des Sabines pour la Loggia dei Lanzi à Florence. Un jeune homme y enlève une femme à un autre plus âgé. En forme de spirale, la composition offre de multiples angles de vue sans en privilégier aucun. Sa virtuosité formelle et technique a valu à ce groupe un immense succès. 

par Bernini, dit Le Bernin - 1598 - 1680

par Bernini, dit Le Bernin - 1598 - 1680

Plus tard, c'est François Girardon qui s'inspire de cette thématique pour répondre à une commande destinée aux jardins de Versailles. L’œuvre de Girardon, faite pour être vue sous toutes ses faces, appelle la comparaison avec celle plus ancienne de l’illustre Giambologna. Par ailleurs, Girardon, qui séjourna à Rome, connaissait probablement le groupe sculpté, aujourd’hui à la Galerie Borghese, que le grand sculpteur baroque Le Bernin avait réalisé cinquante ans plus tôt sur le thème du rapt de Proserpine. La scène est plus violente que chez Girardon, avec un Pluton farouche qui enlève brutalement une Proserpine terrifiée. Mais le groupe privilégie la vision de face et les deux personnages principaux ; à l’arrière, le chien Cerbère, le gardien des Enfers, n’a que peu d’importance.

 

par François Girardon - 1628 - 1715

par François Girardon - 1628 - 1715

L’Enlèvement de Proserpine par Pluton fait partie d’une commande importante, passée en 1674 et comptant près d’une trentaine de sculptures, toutes destinées à orner le Parterre d’eau, un bassin situé devant la façade du château, sur la terrasse dominant les jardins. De nombreux artistes furent sollicités pour leur réalisation. Elles devaient mesurer deux mètres de haut et être taillées chacune dans un seul bloc de marbre. Elles faisaient partie d’un programme cohérent sur l’organisation du monde : la figure centrale d’Apollon, le dieu du Soleil, devait être entourée par la Nature, l’Homme et l’Art. C’était un hommage au roi, assimilé à Apollon et qui, comme lui, domine le monde et protège les arts. La Nature était évoquée par les quatre éléments, chacun représenté par un dieu enlevant une jeune femme : Pluton, dieu des Enfers, illustre le feu ; Borée, le vent du Nord, l’air ; Saturne, dieu de l’agriculture, la terre ; Neptune, dieu de la mer, l’eau. Ce dernier groupe, Neptune enlevant Coronis, n’a pas été réalisé. Les deux autres, dont Saturne enlevant Cybèle, œuvre de Thomas Regnaudin, sont aujourd’hui conservés au musée du Louvre.

L’évocation de la Nature était complétée par les quatre Parties du monde, les quatre Saisons et les quatre Heures du jour. L’Homme était représenté par les quatre Tempéraments, et l’Art par le Parnasse, la montagne consacrée à Apollon, et les quatre Genres poétiques.

La « Grande Commande » ne fut jamais complètement réalisée, car les sculptures furent jugées trop nombreuses pour un espace relativement restreint. Elles auraient aussi formé trop de lignes verticales devant le château, dont la façade privilégie les horizontales. Les œuvres terminées furent dispersées dans le parc, et le groupe de Girardon fut installé en 1699 au centre du bosquet de la Colonnade, réalisé par Jules Hardouin-Mansart. Pour des raisons de conservation, il est à présent remplacé par une copie.

 

Sources : Panoramadelart.com - article rédigé par Françoise Besson

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