Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
10 Avril 2026
Dans Les collines, Jean-Louis Kalouaz déploie une poésie de l’attente et du manque, où la nature bretonne, la mer et les paysages intérieurs se répondent en silence. Entre collines au couchant, remparts battus par le regard et océans rêvés, le poème trace le chemin d’une femme qui marche au cœur des mots comme on avance dans la mémoire. Fidèle à l’écriture de Kalouaz, douce et grave à la fois, ce texte mêle l’enfance, la solitude, les blessures intimes et la puissance de l’imaginaire marin. Les images, lentes et sensibles, portent les interrogations humaines avec pudeur, laissant affleurer la tendresse, la douleur et cette poésie fragile qui naît là où les mots prennent source
Les collines
Les collines baissaient les yeux
sur les derniers rayons rasant du soleil,
arbres debout que l'ombre étire infiniment.
Une femme marche sur les remparts
la tête tournée vers le large,
vers la poésie des vagues d'un mot à l'autre,
moment qu'elle attendait depuis longtemps.
Mais l'océan étalé sur le sable
n'est pas celui dont elle avait rêvé.
Elle espérait voir des vagues
du bout du monde
venir se fendre sur les pieux briseurs de lames.
Elle voulait un navire fantôme
sortant du brouillard
le pourquoi pas
revenu de son berceau de glace
un peu de temps aussi
pour laisser sur le granit des pavés
ce mal de mer qui la suit
sur les chemins de Landerneau.
Dans les vallons dessinés par l'Elorn,
elle veut aller parfois
et s'asseoir un livre en main
tourner les pages du destin
où les mots prennent source.
Sur le navire des mots en sa gangue de glace
a pris place un équipage de marins écorchés
prêts à prendre à l'abordage
la virgule, le point,
et toutes les interrogations.
Les collines baissaient les yeux au couchant,
le rouge aux joues, la langue lourde,
dessinant sur les lèvres
quelques beaux souvenirs.
Extrait de : Des mots à marée haute - Kalouaz - Editions le bruit des autres
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane