Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Les collines au bord des mots

Dans Les collines, Jean-Louis Kalouaz déploie une poésie de l’attente et du manque, où la nature bretonne, la mer et les paysages intérieurs se répondent en silence. Entre collines au couchant, remparts battus par le regard et océans rêvés, le poème trace le chemin d’une femme qui marche au cœur des mots comme on avance dans la mémoire. Fidèle à l’écriture de Kalouaz, douce et grave à la fois, ce texte mêle l’enfance, la solitude, les blessures intimes et la puissance de l’imaginaire marin. Les images, lentes et sensibles, portent les interrogations humaines avec pudeur, laissant affleurer la tendresse, la douleur et cette poésie fragile qui naît là où les mots prennent source

La baie à l'enbouchure de l'Elorn, Landerneau - Eugene Boudin (1871)

La baie à l'enbouchure de l'Elorn, Landerneau - Eugene Boudin (1871)

Les collines

 

Les collines baissaient les yeux

sur les derniers rayons rasant du soleil, 

arbres debout que l'ombre étire infiniment.

 

Une femme marche sur les remparts

la tête tournée vers le large,

vers la poésie des vagues d'un mot à l'autre,

moment qu'elle attendait depuis longtemps.

 

Mais l'océan étalé sur le sable

n'est pas celui dont elle avait rêvé.

Elle espérait voir des vagues

du bout du monde

venir se fendre sur les pieux briseurs de lames.

 

Elle voulait un navire fantôme 

sortant du brouillard

le pourquoi pas

revenu de son berceau de glace

un peu de temps aussi

pour laisser sur le granit des pavés

ce mal de mer qui la suit

sur les chemins de Landerneau.

 

Dans les vallons dessinés par l'Elorn,

elle veut aller parfois

et s'asseoir un livre en main

tourner les pages du destin

où les mots prennent source.

 

Sur le navire des mots en sa gangue de glace

a pris place un équipage de marins écorchés

prêts à prendre à l'abordage

la virgule, le point,

et toutes les interrogations.

 

Les collines baissaient les yeux au couchant, 

le rouge aux joues, la langue lourde,

dessinant sur les lèvres

quelques beaux souvenirs.

 

Extrait de : Des mots à marée haute - Kalouaz - Editions le bruit des autres

Maurice Denis - Rivière de Landerneau

Maurice Denis - Rivière de Landerneau

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
une-vie-de-setter

Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane

Commenter cet article