Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
22 Avril 2026
Composé à l’été 1828, quelques semaines avant la mort de Franz Schubert, le quintette en ut majeur D.956 semble suspendu entre deux mondes : celui, tangible, de la forme musicale, et un autre, plus insaisissable, où le temps se dilate jusqu’à frôler l’éternité. Son Adagio, cœur battant de l’œuvre, atteint un degré rare d’intensité contemplative : un chant d’une lenteur presque irréelle s’y déploie, porté par les cordes graves et ponctué comme par une respiration profonde, tandis que les voix supérieures viennent y déposer des éclats de lumière et de douleur mêlées.
Dans cette architecture en arche, la sérénité initiale se fissure soudain : une section centrale plus sombre, presque tragique, surgit comme une déchirure intérieure avant que la musique ne retrouve, transformée, son apaisement fragile. Ici, Schubert ne raconte pas, il suspend, il étire, il retient le monde au bord du silence, donnant à entendre ce que la musique peut avoir d’infini lorsqu’elle ose ralentir le temps lui-même.
Et c’est peut-être parce que cet Adagio tutoie de si près les hauteurs du sublime qu’il appelle, en contrepoint, le sourire et le recul : comme si, après avoir frôlé l’absolu, il fallait redescendre sur terre — ce que font avec une malice irrésistible Guy Bedos et Sophie Daumier dans leur sketch « Adagio », où la lenteur devient soudain terrain de jeu, et la gravité… matière à rire.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane