Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
28 Février 2026
De très belles lectures ce mois-ci — et, comme toujours, quelques mouvements notables dans mon tsundoku (qui baisse, doucement, mais sûrement…).
Dans Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan prolonge, après Les Enfants sont rois, son exploration des ravages silencieux du numérique. Le dispositif est simple et vertigineux : Romane, 29 ans, disparaît en confiant son téléphone et ses codes à Thomas, quadragénaire désabusé, qui s’immerge alors dans sa mémoire digitale.
Ce qui pourrait ressembler à un jeu d’enquête devient peu à peu une plongée dans l’épuisement psychique d’une génération née smartphone en main. À travers messages, notes et fragments d’échanges, le roman met à nu le vide, le ghosting, la pression d’une visibilité constante. Mais sous la satire affleure un autre récit : celui des enfances blessées et des filiations à réparer. Derrière l’illusion d’ubiquité, reste la possibilité — fragile, mais tenace — du dialogue et du pardon.
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Le Collectif Othon poursuit son travail d’arpentage littéraire avec À Brest, après À Valenciennes et À Arles. Dix auteur·rices ont passé du temps sur place, observant, écoutant, questionnant. Le résultat : un portrait fragmenté, sensible, d’une ville reconstruite après-guerre, marquée par son histoire portuaire et industrielle.
Ni reportage, ni sociologie stricte : plutôt une manière d’habiter la ville par l’écriture. Lire À Brest, c’est découvrir un territoire à travers la pluralité des regards.
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Avant Kezeg an heol, j’ai découvert un recueil bilingue publié par Al Liamm. Lire le breton et le français en vis-à-vis change tout : le rythme, la musique de la langue apparaissent sans l’angoisse de “mal comprendre”. C’est, à mes yeux, la façon la plus stimulante de progresser — goûter le texte dans sa langue tout en pouvant vérifier, immédiatement, ses intuitions.
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Kezeg an heol : Du Cheval d’orgueil au féminisme, la longue marche de la Bretagne s’inscrit cinquante ans après Le Cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias.
Une vingtaine d’autrices, de 16 à 85 ans, y proposent une relecture vibrante de la Bretagne contemporaine. Sociologues, paysannes, militantes ou bénévoles racontent leurs combats et déconstruisent la place longtemps marginale accordée aux femmes dans les récits culturels bretons. L’édition bilingue breton-français donne à l’ensemble une force particulière : engagement et transmission linguistique avancent ensemble.
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Avec La Maison de Bretagne, Marie Sizun revient à son thème de prédilection : la famille. Claire, revenue vendre la maison de son enfance dans le Finistère, voit son projet contrarié. Mais l’essentiel n’est pas là.
La maison agit comme un révélateur : mère énigmatique, père absent, sœur difficile — tout resurgit. Roman de l’introspection plus que du mystère, le livre est aussi une déclaration d’amour aux paysages bretons, à leurs ciels mouvants et à cette lumière qui éclaire autant qu’elle expose.
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Dans Aqua, Gaspard Koenig poursuit son cycle des éléments, après Humus. À Saint-Firmin, petit village normand, la gestion d’un mince cours d’eau devient l’enjeu d’une bataille municipale.
Entre satire sociale et réflexion politique, le roman interroge l’idéalisme, le pouvoir local et la difficulté de servir l’intérêt commun. Une langue directe, nerveuse, qui donne envie de suivre l’auteur élément après élément.
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J’ai retrouvé avec plaisir la troisième saison de Cuori sur le site de la Rai. Toujours ancrée dans les années soixante-dix, la série explore les tensions sociales et éthiques du monde hospitalier. La relation entre Delia et Alberto en constitue le cœur battant, tandis que l’arrivée de Luciano La Rosa bouscule l’équilibre entre tradition et modernité.
Enfin, satisfaction toute personnelle : pouvoir profiter des remarquables documentaires proposés par Brezhoweb — une manière de prolonger, autrement, ce mois très breton.
J'ai choisi de terminer ce long billet avec une petite chanson humoristique, ou peut-être pas, après tout, qui résume la météo de ce mois de février.
Met glao a ra ha padal eo an hañv
Ya glao a ra atao
Glao a ra 'pad an dervezh-pad
Glao a ra pa vez amzer fall
Glao a ra ivez pa ra glao
Glao atao
Glao a ra p'emaon o straniñ
Glao a ra p'emaon o glandiñ
Glao p'emaon o tikompresiñ
Glao atao
DISKAN
Glao a ra pa 'z an war velo
Glao pa selaouan ar radio
Gla a ra pa zreban haribo
Glao atao
Glao a ra pa 'z an da bourmen
Glao a ra a-us d'an doenn
Glao ivez dindan an deltenn
Glao atao!
En français (les paroles paraissent encore plus intellectuelles) :
REFRAIN : Il pleut, et pourtant c'est l'été!
Il pleut. Tout le temps.
Il pleut toute la journée
Il pleut quand le temps est mauvais
Il pleut aussi quand il pleut
De la pluie, toujours.
Il pleut quand je ne fais rien
Il pleut quand je glande
Il pleut quand je décompresse
De la pluie, toujours.
REFRAIN
Il pleut quand je fais du vélo
Il pleut quand j'écoute la radio
Il pleut quand je mange des haribos
De la pluie toujours
Pluie quand je vais me promener
Pluie sur le toit
Pluie dans la tente
De la pluie, toujours.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane