Hartung et les peintres lyriques

C'est le titre de l'exposition d'hiver proposée  du 11 décembre 2016 au 17 avril 2017 par le Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture aux Capucins à Landerneau.

Une découverte pour moi, avec cette visite aux aurores, c.a.d. dans un confort parfait, seule, sous l'oeil bienveillant des médiatrices, toujours compétentes dans leurs explications quand vous les sollicitez.

Je ne connaissais pas cet artiste, et ce n'est qu'après l'annonce de l'exposition sur le fil instagram de MEL que j'ai commencé à explorer les différentes ressources disponibles sur internet ici ou pour préparer cette visite.

En préambule, quelques explications du commissaire de l'exposition, Xavier Douroux :

"Né à Leipzig, Hartung est précisément "entouré" de dix-sept autres artistes, principalement germaniques, américains ou encore français, sans qu'il soit fait état d'un courant artistique spécifique, ni allusion à un réseau d'influences ou encore moins question de filiation. Encore faudrait-il préciser à propos de l'entour que le dispositif architectural de l'exposition (et donc son parcours) relève plutôt de "l'enveloppement" de trois salles (contenant les peintures des autres) par la présentation linéaire et chronologique d'un corpus de tableaux et dessins de l'artiste. Une manière volontaire d'insister sur la nécessaire articulation entre l'itinéraire individuel du peintre et les empathies réelles (historiquement fondées) ou fictionnelles (librement inventées à cette occasion) que sa production croise.

Toutes les oeuvres présentées sont explicitement abstraites, au sens où nulle figuration n'y trouve place, que ce soit de manière évidente ou même subrepticement. A l'évidence non mimétiques, elles ne "ressemblent" qu'à elles-mêmes...

Dès les années 1932-1933 Hartung généralise pour ses toiles le principe du report. Il agrandit avec une précision d'entomologiste, ne laissant pas le moindre détail de côté, un dessin, ou, plus rarement la partie de l'un d'entre eux. La méthode du report chez Hartung correspond en quelque sorte à une procédure de "refroidissement" en vue d'une meilleure "préservation" de l'acquis lyrique. Mieux encore, et sans doute plus adapté à ce grand amateur de musique et qui travaillait en écoutant inlassablement celle de Jean-Sébastien Bach, il pourrait être opportun de caractériser cette démarche de recherche d'un "lyrisme bien tempéré".

A partir des années 50, se servant de la griffe, du rouleau de lithographe, du spray, du balai de genêt ou du pulvérisateur, tout comme, après lui, des artistes dont certains sont présents dans l'exposition, le font du pochoir, de la sérigraphie, de l'ordinateur... il n'est plus qu'entièrement lyrique. 

Il s'autorise une présence de lyrisme sans possible amendement ou échappée vers tel ou tel ailleurs pictural ou assujettissement au moi."

Sources : Xavier Douroux, Directeur du centre d'art contemporain Le Consortium et commissaire de l'exposition (extrait du catalogue de l'exposition).

Auteur d'oeuvres abstraites depuis 1922 alors qu'il n'est qu'un jeune lycéen de 18 ans, Hartung ne s'engage véritablement dans la voie non figurative qu'à partir de 1931. Avant la guerre, en Espagne, en Allemagne et à Paris, il développe une gestualité extrêmement libre et audacieuse

Hartung et les peintres lyriques
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Après la seconde guerre mondiale, naît dans la peinture française un mouvement baptisé "abstraction lyrique" expression dont Georges Mathieu revendiquera la paternité. Cette appellation a longtemps servi à regrouper, de manière commode, une tendance de la peinture à se couper complètement de la figuration du monde pour se concentrer sur une gestualité libre, souvent énergique et instinctive.

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Après la guerre, Hartung va jouir d'une grande reconnaissance critique, et être abondamment commenté, analysé, glorifié avec des oeuvres pourtant difficiles à réduire à des mots. Son abstraction, fidèle à la procédure de report développée dans les années 1930, reste tourmentée, faite de trames, de fils enchevêtrés et de couleurs assez sombres. Le tournant est celui de la fin des années 1950 où il explore une nouvelle méthode de mise à distance avec l'emploi d'étranges instruments, notamment des pistolets de carrossier et des lames, pour peindre de façon immédiate sur la toile.

Hartung et les peintres lyriques
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Quoique le qualificatif "lyrique" ait été surtout attaché à la décennie d'après-guerre, les artistes auxquels il peut s'appliquer et qui en donnent à voir les variations demeurent nombreux dans les années 1960 et leur prolongement.

Le tableau de Jean Degottex daté de 1959 illustre l'apogée de cette tendance : un grand  format et un fond noir frappé de giclures blanches éparses. Il y a là comme un souffle qui éparpille les formes On voit avec l'américaine Helen Frankenthaler une proposition usant avec parcimonie d'un tachisme coloré. Quant à W. de Kooning il s'affiche ouvertement lyrique à compter du milieu des années  70.

Hartung et les peintres lyriques
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Vainqueur du Grand Prix international de la peinture à la Biennale de Venise de 1960, Hartung a abandonné le processus méticuleux de transposition des informations du dessin, et il expérimente sans relâche, au cours des années 1970, de nouvelles techniques et de nouveaux outils. Ses gammes chromatiques sont plus diverses, tendant parfois vers une vivacité inédite et jubilatoire

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C'est paradoxalement dans son oeuvre finale, qu'alors octogénaire, Hartung parvient à la plus grande amplification du geste, sans pour autant renoncer à des protocoles rigoureux et à une cohérence absolue. Il frappe la toile avec des balais de genêt, formant ainsi des éclatements de matière noie sur des fonds éthérés. Il transcende ainsi son affaiblissement par la fabrication d'outils projetant des masses de peinture.

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L'affirmation tant abstraite que lyrique dont font preuve les oeuvres de Jaffé, Polke, Tranquandi.... montre sa persistance à travers le temps, selon une ligne de force historique dont Hartung, par son cheminement, fut un signe essentiel.

Hartung et les peintres lyriques
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J'ai apprécié cette exposition, certainement moins "grand public" que l'exposition d'été consacrée à Chagall, mais qui me paraît répondre parfaitement aux missions du fonds : "Rendre l'art contemporain accessible au plus grand nombre".

Quelle chance nous avons de vivre si près d'un tel espace.

Ce matin, attendant l'ouverture du grand portail bleu, je pensais à notre arrivée dans la région en 1983 et à mon étonnement de découvrir le lieu (bien miteux, à l'époque, il faut le dire) où la saga "Leclerc" avait pris son envol. Comment aurais-je pu imaginer que trente ans plus tard, ce lieu serait l'écrin de si belles expositions, un lieu où je ferais tant de découvertes : Kersalé, Mattotti et retrouverais les oeuvres d'artistes incontournables : Miro, Dubuffet, Fromanger, Giacometti, Chagall  à cinq minutes de la maison !

Alors n'hésitez plus. Venez voir cette très belle exposition consacrée à Hartung et aux peintres lyriques !

Quand :

du 11 décembre 2016 au 17 avril 2017, de 10h00 à 18h00

 

Où :

Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la Culture

rue de la fontaine blanche

Landerneau

 

Tarifs 

 

 

 

 

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