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Souvenirs illustrés de petits moments, balades, lectures, expositions....qui font le sel de la vie !

Corona - Paul Celan

Le titre de ce poème m'a interloquée...et puis j'ai cherché...

Paul Celan de son vrai nom Paul Pessach Antschel, était un poète allemand qui a pris la nationalité française en 1955. Il était né en roumanie en 1920 et il est mort à Paris le 20 avril 1970. Son nom d'écrivain 'Celan' n'est rien d'autre que l'anagramme de son nom en roumain 'Ancel'. Auteur d'un grand nombre de livres, il est considéré comme l'un des plus célèbres poètes du 20ème siècle.
il a été profondément marqué par la mort de ses parents lors de la seconde guerre mondiale et l'expérience de la Shoah et l'Holocauste ont grandement influencé sa poésie et son utilisation du langage. Son plus célèbre poème, Fugue de la mort, est un texte d'une grande complexité et d'une grande puissance. Durant les dernières années de sa vie, sa poésie est devenue cryptique, fracturé et monosyllabique, et pour nombre de critiques, Celan a tenté dans ses textes de détruire ou de refaire la langue allemande. Pour d'autres, il garde un sens pour le lyrisme de la langue allemande qui était rare chez les écrivains de cette époque. En plus d'écrire de la poésie (en allemand et en roumain), il était aussi un grand traducteur et un polyglotte extrêmement actif, traduisant la littérature de l'allemand au roumain, français, espagnol, portugais, italien, russe, hébreu et anglais.

Ingeborch Bachmann - Paul Celan

Ingeborch Bachmann - Paul Celan

C’est à Vienne, en 1948, que Paul Celan écrivit le poème Corona, qu’il dédicacera plus tard à Ingeborg Bachmann, avec vingt-trois autres poèmes du recueil Pavot et mémoire — poèmes dont plusieurs eurent un grand écho dans l’œuvre de la poètesse et romancière, ainsi que des travaux récents ont pu l’établir  puisque certains vers ou mots réapparaissent tout au long de son œuvre et jusque dans son roman Malina (1971), comme des leit-motiv, ou des variations musicales sur un thème. Bachmann attribuera cette fonction récurrente de souvenir et variation avec une insistance particulière à trois vers de Corona : "nous nous disons de l’obscur"("Wir sagen uns Dunkles"), "il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir"("Es ist Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt") et "il est temps que le temps advienne"("Es ist Zeit, daß es Zeit wird").

Or, c’est précisément dans les poèmes d’amour que l’événement s’impose, et avec d’autant plus d’acuité et de nécessité que la femme concernée est une poétesse de langue allemande qui essaie de surmonter l’anéantissement à travers les bienfaits de l’amour et de l’oubli. Et c’est dans le cadre de cette tension qu’il faut lire ce vers de « Corona », un poème adressé à Bachmann : « wir lieben einander wie Mohn und Gedächtnis » – si nous nous aimons, si nous nous courtisons et si nous nous blessons à travers nos poèmes, c’est à cause de nos différences insurmontables : toi en essayant d’oublier le passé allemand, moi en essayant de te rappeler les meurtres dans l’amour.

Corona


Aus der Hand frißt der Herbst mir sein Blatt: wir sind Freunde.
Wir schälen die Zeit aus den Nüssen und lehren sie gehn:
die Zeit kehrt zurück in die Schale.

Im Spiegel ist Sonntag,
im Traum wird geschlafen,
der Mund redet wahr.

Mein Aug steigt hinab zum Geschlecht der Geliebten:
wir sehen uns an,
wir sagen uns Dunkles,
wir lieben einander wie Mohn und Gedächtnis,
wir schlafen wie Wein in den Muscheln,
wie das Meer im Blutstrahl des Mondes.

Wir stehen umschlungen im Fenster, sie sehen uns zu von der
                                                                Straße:
es ist Zeit, daß man weiß!
Es ist Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt,
daß der Unrast ein Herz schlägt.
Es ist Zeit, daß es Zeit wird.

Es ist Zeit.

Paul Celan

Car on trouve tout sur Youtube : une lecture commentée du poème qui nous explique le choix du titre (en allemand) ou : (ici l'explication musicale en  italien)

Corona

L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.
Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :
le temps retourne à l’écale.

Dans le miroir, c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi
la bouche parle sans mentir.

Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune

Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :
Il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir.
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.

Il est temps.

Traduction de Jean-Pierre Lefebvre, in Paul Celan, Choix de poèmes réunis par l’auteur, Poésie/Gallimard

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