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Souvenirs illustrés de petits moments, balades, lectures, expositions....qui font le sel de la vie !

Trois poèmes de Mallarmé - mis en musique par Ravel

Alice Bailly - Jeu d'éventail

Alice Bailly - Jeu d'éventail

Alors que sa vie durant, Mallarmé aura mis toute son entreprise, poésie et prose, sous l’égide de la « musique », non comme un art à imiter (il était du reste fort peu mélomane et par ailleurs très éloigné de toute idée d’imitation) mais comme uneréférence quasi-abstraite lui ouvrant un regard extérieur sur la poésie ; alors que son œuvre et la réflexion qui en est inséparable n’auront cessé et continuent encore d’avoir un immense retentissement chez les artistes et penseurs – un nombre finalement restreint de compositeurs l’auront mis en musique. Pas des moindres il est vrai : Debussy, et Ravel. 

Source : La suite de cette analyse est à lire ici

Une première version donc par Ravel avec l'interprétation d'Anne Sofie von Otter

Stéphane MALLARME
1842 - 1898


Soupir
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

 

Placet futile
Princesse ! à jalouser le destin d'une Hébé
Qui point sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !

Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d'agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les vœux et bêlant aux délires,

Nommez-nous... pour qu'Amour ailé d'un éventail
M'y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

A noter une divergence de choix entre Ravel et Debussy, sur le choix du troisième poème....

Surgi de la croupe et du bond
D'une verrerie éphémère
Sans fleurir la veillée amère
Le col ignoré s'interrompt.

Je crois bien que deux bouches n'ont
Bu, ni son amant ni ma mère,
Jamais à la même Chimère,
Moi, sylphe de ce froid plafond !

Le pur vase d'aucun breuvage
Que l'inexhaustible veuvage
Agonise mais ne consent,

Naïf baiser des plus funèbres !
A rien expirer annonçant
Une rose dans les ténèbres.

 

Eventail 
Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.

Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.

Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni apaiser.

Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler au coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !

Le spectre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.

Une seconde mise en musique : Debussy

Alors ? Quelle est votre version préférée ?

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