Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
20 Juillet 2026
Dans La Clé, poème extrait du Passe-vie, Per-Jakez Hélias fait dialoguer les oiseaux pour dire le passage : entre ciel et terre, élévation et retour, langue natale et langue traduite. Écrite en breton puis reprise en français par le poète lui-même, cette poésie cherche à préserver une musique première, parfois irréductible. L’alouette, appelée en breton l’oiseau-clé, ouvre les portes d’en haut sans jamais rompre avec l’ici-bas, là où demeure la jouissance du vivant
La clé (1)
Rossignol-de-nuit dit à l'alouette :
Pourquoi vous presser de monter aux cieux
Quand paraît l'aurore ?
Et l'oiseau-de-Saint-Pierre a répondu
Tranquillement :
Les portes là-haut, je dois les ouvrir,
Mais je redescends pour ma jouissance
Qui est ici-bas.
(1) Le nom breton de l'alouette est "l'oiseau-clé", la portière.
An alhwez
An eostig-noz a laras d'an alhweder :
Perag pigna ken prim 'trezeg an neñvou
Pa darz goulou-deiz ?
Ha labous Sant Per a respontas dezañ
Ken sioul ha tra :
Doriou an tu all, me rank o digeri,
Med diskenn a ran evid ma levenez
A zo war an tu-mañ.
Per-Jakez Helias - An tremen buhez - Le passe vie - Editions Emgleo Breiz
Ainsi, la clé que tient l’oiseau n’ouvre pas seulement les portes du ciel : elle rappelle que toute ascension véritable suppose le retour — vers la langue, la terre et la joie première.
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