Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
26 Septembre 2026
Figure majeure de la littérature portugaise du XXᵉ siècle, Fernando Pessoa n’a cessé d’explorer les méandres de l’identité, du doute et du désir d’être autre. Derrière ses multiples hétéronymes comme dans ses textes signés de son propre nom, il a donné voix à une inquiétude profondément moderne : celle de passer à côté de sa vie tout en la contemplant avec une lucidité douloureuse. Dans ce court poème écrit dans les dernières années de son existence, la pluie devient le miroir d’une mélancolie intime. Entre regret, lassitude et nostalgie de ce qui n’a jamais eu lieu, Pessoa livre quelques vers d’une simplicité désarmante où résonne toute l’angoisse des possibles perdus.
Chove. Que fiz eu da vida?
Chove. Que fiz eu da vida?
Fiz o que ela fez de mim...
De pensada, mal vivida...
Triste de quem é assim
Numa angústia sem remédio
Tenho febre na alma, e, ao ser,
Tenho saudade, entre o tédio,
Só do que nunca quis ter...
Quem eu pudera ter sido,
Que é dele? Entre ódios pequenos
De mim, stou de mim partido.
Se ao menos chovesse menos!
Fernando Pessoa
Poesias Inéditas (1930-1935)
Il pleut. Qu’ai-je fait de ma vie?
par Fernando Pessoa
Il pleut. Qu’ai-je fait de ma vie?
J’en ai fait ce qu’elle a fait de moi…
De l’avoir pensée, mal vécue…
Tristesse d’un tel homme!
Dans une angoisse sans remède
J’ai de la fièvre à l’âme, et, quand je suis,
Je ne ressens que le manque, à même l’ennui,
De tout ce dont je n’ai jamais eu le désir.
Ce moi qu’autrefois j’aurais pu être,
Qu’est-il devenu? Plein de haines mesquines
Envers moi, me voici séparé
De moi. Si au moins il pleuvait moins!
Fernando Pessoa
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane