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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Comme un flambeau dans ses ténèbres noires - Joseph Brodsky -

L’édition des poèmes de Brodsky sur laquelle André Markowicz a travaillé depuis 2017, pour Poésie/Gallimard, vient – enfin – de paraître.

Ce matin, un poème, qui appartient à la dernière période de son œuvre.

Comme un flambeau dans ses ténèbres noires - Joseph Brodsky -

Наряду с отоплением в каждом доме


Наряду с отоплением в каждом доме
существует система отсутствия. Спрятанные в стене
ее беззвучные батареи
наводняют жилье неразбавленной пустотой
круглый год, независимо от погоды,
работая, видимо, от сети
на сырье, поставляемом смертью, арестом или
просто ревностью. Эта температура
поднимается к вечеру. Один оборот ключа,
и вы оказываетесь там, где нету
никого: как тысячу лет назад
или несколько раньше: в эпоху оледененья,
до эволюции. Узурпированное пространство
никогда не отказывается от своей
необитаемости, напоминая
сильно зарвавшейся обезьяне
об исконном, доледниковом праве
пустоты на жилплощадь. Отсутствие есть всего лишь
домашний адрес небытия,
предпочитающего в итоге,
под занавес, будучи буржуа,
валунам или бурому мху обои.
Чем подробней их джунгли, тем несчастнее обезьяна.

 

Иосиф Бродский
cour intérieure - Vilhelm Hammershøi

cour intérieure - Vilhelm Hammershøi

Au même titre que de chauffage, chaque maison
est équipée d'absence. Cachés dans le mur,
ses radiateurs silencieux
inondent l'habitation d'un vide sans mélange
tout au long de l'année, indépendamment du temps qu'il fait,
travaillant visiblement depuis un combustible
fourni par la mort, l'arrestation ou tout bêtement
la jalousie. Cette température
monte le soir. Un tour de clé
et vous vous retrouvez là où il n'y a
personne : comme il y a mille ans
ou un peu plus tôt ; pendant la glaciation,
avant l'évolution. L'espace usurpé
ne renonce jamais à son
inhabitabilité, rappelant
au singe fortement fourvoyé
le droit fondamental, antéglaciaire,
du vide à habiter un lieu. L'absence n'est
que l'adresse de résidence d'un néant
qui préfère au bout du compte,
sous le rideau, en bon bourgeois,
aux vagues et à la mousse brune, les papiers-peints.
Plus leurs jungles sont détaillées, plus le singe est malheureux.

 

L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.

Sources : La griffe noire

 

 

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