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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

L’alouette, gardienne déchue des portes du ciel

Jules Breton - Le chant de l'alouette

Jules Breton - Le chant de l'alouette

Dans le recueil Divizou eun amzer gollet (« Devis d’un temps perdu ») de Per-Jakez Hélias, publié par la revue Brud nevez et rassemblant près de soixante-dix articles bilingues parus notamment dans Ouest-France et La Bretagne à Paris, l’auteur évoque la « Mojenn an alhweder », légende populaire bien connue en Bretagne et ailleurs en France. Ce récit fait de l’alouette un animal psychopompe : aux premiers temps de l’humanité, elle ouvrait aux âmes des morts la porte du ciel, d’où son nom breton alc’houeder, « celle qui détient la clef ». Mais à force de jurer — « Diu ! Diu, Diu » — elle perdit sa charge, remplacée par saint Pierre. Depuis lors, on la voit s’élever à la verticale, implorant : « Pêr, Pêr, Pêr, Pêr, digor an nor din, digor an nor din, / Biken pec'hed na rin », promettant de ne plus pécher ; pourtant, la porte demeurant close, elle retombe furieuse et reprend de plus belle son juron obstiné : « Diu, Diu, Diu. »

Deh, eun alhweder a zo savet diouz eun ero, ha kuit eeun-tenn d'al laez en oabl kenta an nevez amzer. Gwechall e lavared ez ee da steki ouz dor ar Baradoz diou wech bemdez : d'ar zav-heol evid rei kelou euz ar re a oa maro e-pad an noz, d'an abardaez evid anaon an devez. Setu perag e vez greet outañ an alhweder, dre m'emañ gantañ alhwez ar Baradoz. Hogen, re bar d'ar paour-kêz Moiz an Hebread, ne hell ket mond tre e Bro-Ganaan abalamour d'ar pleg divalo e-neus kemeret da doui dibaouez. Sant Per a ra digemer d'an eneou hag a gas an alhweder kuit. Neuze hemañ, fuloret-ruz, a gouez en-dro d'an ero gand c'hwitelladennou skiltr : diu, diu, diu, diu ! Dibare kaer ez eo.

Hier, une alouette s'est élevée d'un sillon et a filé, comme un trait vertical, dans le premier ciel de printemps. On disait, naguère qu'elle allait frapper à la porte" du Paradis deux fois par jour : à l'aube pour annoncer les morts de la nuit, au soir pour ceux de la journée. C'est pourquoi on l'appelle portière (alhweder) parce qu'elle détient la clé (alhwez) du Paradis. Mais pareille au pauvre Moïse l'Hébreu, elle ne peut pas entrer dans la Terre Promise à cause de la vilaine habitude qu'elle a de jurer sans cesse. Saint Pierre accueille les âmes et renvoie l'alouette. Alors furieuse, elle retombe au sillon avec des sifflements aigus : dieu, dieu, dieu, dieu !!! Elle est complètement incurable.

 

En ce 6 mars, jour de la Sainte-Colette, date à laquelle l’on dit que l’alouette grisolerait pour la première fois de l’année, publier cette légende prend une résonance particulière : son chant matinal, symbole de lumière et d’élan, fait écho au nom même de Colette, issu du grec nikê (« victoire »), comme une célébration du renouveau et du jour qui triomphe.

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