Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
28 Juillet 2026
Dans Les paupières fermées, Marine Lavigne prête sa voix à une colère douce mais déterminée face à la crise du logement qui frappe les côtes bretonnes. À travers une énumération ironique — maisons, villas, résidences et châteaux accumulés par quelques-uns — la chanson dénonce les inégalités criantes entre propriétaires de résidences secondaires et travailleurs contraints de s’éloigner toujours plus loin de leur lieu de vie. L’image des « maisons aux paupières fermées » évoque ces habitations vides une grande partie de l’année, tandis que « les travailleurs errent » au gré d’un reflux qui les repousse hors de leur propre territoire. Entre mélancolie et espoir, le texte appelle à une prise de conscience collective et affirme qu’une tradition musicale peut, loin d’être figée, devenir un espace d’expression pour les luttes contemporaines et le droit fondamental à un toit pour chacun.
AR MALVENNOÙ KLOZ
Me 'm eus un ti en Enez Tudi
Ha c'hwi plac'hig n'ho peus ket hini
Me 'm eus div villa e Lokmaria
Ha c'hwi plac'hig n'ho peus ket netra
Me 'm eus teir c'henkiz e kêr Pornizh
Ha c'hwi plac'hig met ur SMIC dre viz
Me 'm eus pevar kastell e kêr Frehel
Grit ta plac'hig p'eus ket 'met n'em sevel !
War an aod e lec'h on ganet
E flod ur jeant morboriet
Tasmant an hañvoù tremenet
Etre plijadurioù diaoz
Ha tiez o malvennoù kloz
Emañ ar vuhez o c'hortoz
Labourerien o kantreal
Kaset a-bell gant an dichal
Evit 'vefe tud all o tortal
Baradoz dindan domani
Douar nasket er melkoni
Met ganin 'chom un dakenn spi
E vefe roet un ti da bep hini
(Marine Lavigne)
LES PAUPIÈRES FERMÉES
J'ai une maison à l'Ile Tudy
Et toi petite tu n'en n'a aucune
J'ai deux villas à Locmaria
Et toi petite tu n'as rien
J'ai trois résidences à Pornic
Et toi petite tu n'as que le SMIC
J'ai quatre châteaux à Fréhel
Fais donc petite, révolte toi !
Sur la côte où je suis née
Flotte un géant somnolant
Le fantôme des étés passés
Entre plaisirs en ruines
Et maisons aux paupières fermées
Se trouve la vie en suspens
Les travailleurs errent
Rejetés au loin par le reflux
Pour que d'autres puissent flâner
Paradis sous tutelle
Terre empêtrée de mélancolie
Mais en moi subsiste une lueur d'espoir
Que l'on donne un toit à chacun
(Marine LAVIGNE)
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane