Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
14 Juillet 2025
Un peu de musique classique ce matin ?
“Il y a des complicités, des amis… Theresa von Trattner, une élève au piano chez qui il habite. Elle est mariée, mais c’est à elle que Wolfgang fait le cadeau le plus significatif : la grande Sonate en ut mineur K 457 et la Fantaisie dans la même tonalité, K 475. Une passion, celle-là, il suffit d’écouter ce que dit sérieusement la musique. C’est un des grands chefs-d’œuvre de Mozart, un véritable roman pour piano, emporté, tragique. Les deux œuvres sont dédiées à Theresa. Mozart les lui a données avec des lettres d’accompagnement sur la manière de les interpréter ; les lettres, Theresa, plus tard, refusera de les communiquer à Constance. Wolfgang et Theresa ont été beaucoup au clavier côte à côte. La musique est ici exaltée, frémissante, sombre, très large, elle parle de bien des choses qui se sont passées entre les touches. N’oublie pas ce jour, c’était l’été, j’étais à gauche, toi à droite, on plongeait, on se veloutait, je te soutenais, je te poussais, je te recevais en douceur, je revois tout, les rideaux, le tapis, les meubles, la lumière venant caresser le piano. Le magnétisme jouait à notre place, ah, je connais bien ce violet…”
(Philippe Sollers – Mystérieux Mozart)
Parmi les 4 fantaisies écrites pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart, la fantaisie n°4 en ut mineur K475 composée le 20 mai 1785 à Vienne compte parmi l’un des chefs d’œuvres du compositeur et constitue une pièce maitresse pour les compositeurs romantiques. C’est pour son élève viennoise Teresa von Trattner que Mozart a écrit cette fantaisie. L’ampleur de l’œuvre, la technique pianistique qu’elle requiert en font l’une de ses pages les plus puissantes et les plus prophétiques. On retrouve souvent les qualificatifs suivants « tragiques » « romantique » « Beethovénienne » sans doute à cause de la tonalité principale d’ut mineur que l’on retrouve aussi dans la Sonate K. 457 composée en octobre 1784.
Cette fantaisie fut publiée avec la fameuse sonate en ut mineur K 457, sous le numéro Opus 11 « il existe un lien intime entre les deux œuvres : même émotion, même agitation tragique, et mêmes instants de tendresse. L'extraordinaire génie d'improvisateur de Mozart est encore amplifié par un langage aussi libre qu'audacieux. La variété des matériaux utilisés dans un espace si restreint et la hardiesse de l'harmonie sont exceptionnelles. Épisodes lyriques et épisodes alertes se succèdent, après les accents dramatiques de l'adagio initial. Un bref allegro, au contenu émotionnel intense dans la diversité de ses motifs, sert de lien avec un andantino annoncé par un grand trait cadentiel se concluant sur deux points d'orgue. Moment de lyrisme pathétique, il débouche sur un mouvement più allegro, très agité, avec ses traits de triples croches rapides et de triolets qui se calment progressivement pour amorcer dans l'émotion le retour de la dramatique introduction, un peu modifiée »
De Place Adelaïde, op. cit. p. 546
Source : F.M.
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