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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Je ne veux pas que le temps l'emporte

Je ne veux pas que le temps l'emporte

Il est des artistes qui semblent avancer hors du temps, indifférents aux modes comme aux injonctions de leur époque. Gérard Manset est de ceux-là. Avec Je ne veux pas, longue méditation crépusculaire au cœur de son album éponyme paru en 2026, il livre l’une de ces chansons dont il a le secret : une œuvre ample, obstinée, où la simplicité apparente des mots ouvre sur des abîmes d’émotion. Derrière le refus proclamé du titre affleure surtout une révolte bouleversante contre la disparition, contre l’inéluctable séparation des êtres aimés. Manset y contemple le temps qui fuit, la jeunesse qui s'éloigne, l'amour qui demeure malgré tout, et transforme cette douleur universelle en une étrange beauté. Comme l'écrit Eric Debarnot, on n'entre pas dans l'univers de Manset pour y marcher sagement : on y est invité à voler, ne serait-ce qu'un instant, au-dessus des certitudes du monde.

Je ne veux pas mourir sans toi
Je ne veux pas
Je ne veux pas mourir dans tes bras
Je ne veux pas
je ne veux pas que tu meures sans moi
je ne veux pas que tu meures dans mes bras
ni dans les bras d’un autre que moi

Je ne veux pas mourir sans toi, je ne veux pas
Je découperai ton coeur
Que dans une urne je déposerai
Qu’a grands coups de sécateur
Dans le fond de notre roseraie, je ne veux pas

Je ne veux pas mourir sans toi
Je ne veux pas que tu meures sans moi
Je ne veux pas que tu meures tout à l’heure
Je ne veux pas que tu meures ce soir
Je ne veux pas que tu meures demain
Je veux toujours te tenir en ma main
Je te veux toujours en ma main
Je ne veux pas aller dans cette église entendre
Le te deum et voir sur ton corps descendre
Le linceul de gloire
Sur le catafalque de ton innocence
Mettre le feu, verser de l’essence
Je ne veux pas

Dans la nef les enfants porteront ta traîne
Et les marches seront toutes embaumées
Ma petite gazelle par le ciel emporté
Pas plus lourde qu’un cierge que je pourrais porter
Les envoyés de Dieu seront tous outragés
Tant d’amour
Comme un bûcher sans joie que nous incendierons,
Que nous incendierons

Près des ponts du monde
Où coule l’onde de la vie
De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, de la vie
Je t’attendrai, j’irai m’asseoir
Ce sera le matin le soir
A guetter tes grands yeux noirs
Ton front plein de mystère
Comme une aquarelle blonde
Comme un faune aux yeux ravis
Où coule l’onde de la vie
Où coule l’onde
Je te garderai dans ma vie
Quelques jours quelques secondes encore, encore,
Encore

Je ne veux pas non plus partir
Je ne veux pas t’avoir dans mes bras ce soir
Je veux que tu respires
Que tu ne cesses pas de respirer
Quand la mer sous la lune va se retirer
Quand la mer sous la lune va se retirer
Le linceul de gloire, jeter de la cendre
Sur le catafalque de ton innocence

Dans la nef les enfants porteront ta traine
Cependant que des anges habillés de lilas
Croyant que le printemps s’était arrêté là
Iront s’agenouiller, baisseront la tête
Ma petite licorne dans ton corset de fer
Qu’avec un chalumeau, je ne saurai défaire
Je ne veux pas

Je ne veux pas aller dans cette église sans toi,
le te deum entendre, et sur ton corps descendre
Ce linceul, quand les orgues joueront
Comme un bûcher sans joie que nous incendierons

je ne veux pas mourir sans toi
Je ne veux pas que tu meures sans moi
Je ne veux pas que tu meures tout à l’heure
Je ne veux pas que tu meures ce soir
Je ne veux pas que tu meures demain
Je veux toujours te tenir en ma main
Je te veux toujours en ma main
Je ne veux pas aller dans cette église entendre
Le te deum et voir, le linceul de gloire
Sur le catafalque de ton innocence
Je ne veux pas

En moi-même une voix que je repoussais
Me disais que les jours se raccourcissaient
Que le cheval et le fiacre ralentissaient
Mais pas du tout, pas du tout, car c’était faux
Que tu tranchais toi-même d’un grand coup de faux
Je ne veux pas

Les envoyés du ciel seront tous outragés
On jettera du riz
Comme un bûcher sans joie, que nous incendierons
Tant d’amour

Je ne veux pas que tu meures, que tu meures sans
moi
je ne veux pas non plus, mourir demain
plutôt t’avoir, dans le creux de ma main
fier aussi, gorgé de bonheur
prisonnier du palais, du palais de ton coeur
je ne veux pas mourir, ce soir non plus
je ne veux pas mourir, ce soir encore plus
je ne veux pas mourir dans le grand satin
je ne veux pas que tu meures,
je ne veux pas que tu meures, pas plus demain

Dans ce couloir, ce souterrain
Je ne veux pas
je te le défends
Qu’avons-nous fait de nos ailes, de nos ailes
d’enfant
je ne veux pas que tu meures ni que tu t’en ailles
ni demain ni jamais, ni une autre fois

Accroche-toi bien fort, à mes entrailles
je ne veux pas que tu meures
Je ne veux pas que tu meures ni que tu t’en ailles
accroche-toi bien fort, à mes entrailles
je ne veux pas que tu meures

De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, de la vie
Je t’attendrai, j’irai m’asseoir
Ce sera le matin le soir
A guetter tes grands yeux noirs
Ton front plein de mystère
Comme une aquarelle blonde
Comme un faune aux yeux ravis
Où coule l’onde de la vie, où coule l’onde
Je te garderai dans ma vie
Quelques jours quelques secondes, encore, encore

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