Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
21 Janvier 2026
Poète, essayiste et traductrice, Katie Farris occupe une place singulière dans la poésie contemporaine américaine. Son livre Standing in the Forest of Being Alive, mémoires en poèmes traversés par l’expérience du cancer, a été salué comme l’un des grands livres de poésie de 2023, finaliste du T.S. Eliot Prize et couronné par une reconnaissance critique unanime. Son écriture, à la fois dépouillée et incantatoire, interroge le corps, la survie, la langue elle-même, avec une intensité qui tient du chant et de la prière. Lauréate du Pushcart Prize, publiée dans Poetry, The New York Times, Granta ou The Atlantic, elle est aussi une passeuse essentielle entre les langues, co-traductrice de poètes ukrainiens, russes, français et chinois. Professeure associée de poésie à Princeton, Katie Farris travaille au plus près de ce point fragile où la langue affronte la perte, la violence du monde, et pourtant persiste à chercher, au cœur même de l’enfer, ce qui n’en est pas.
« Why Write Love Poetry in a Burning World » pose la question comme on entrouvre une porte sur l’incendie. Écrit depuis un corps éprouvé par la maladie, mais toujours habitable, le poème affirme la poésie d’amour non comme refuge naïf, mais comme exercice vital, presque ascétique. Écrire l’amour, ici, c’est s’entraîner à discerner, au cœur de l’enfer, ce qui n’en est pas. Le corps, la langue, le geste quotidien deviennent autant de seuils, de boucliers fragiles face à la destruction. Dans un monde qui brûle, Katie Farris n’oppose pas la poésie à la catastrophe : elle y répond par une attention radicale, une musique minimale, et l’obstination d’offrir encore des poèmes d’amour à ce qui brûle.
Why Write Love Poetry in a Burning World
To train myself to find, in the midst of hell
what isn't hell.
The body, bald, cancerous, but still
beautiful enough to
imagine living the body
washing the body
replacing a loose front
porch step the body chewing
what it takes to keep a body
going—
This scene has a tune
a language I can read a door
I cannot close I stand
within its wedge
a shield.
Why write love poetry in a burning world?
To train myself, in the midst of a burning world
to offer poems of love to a burning world.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane