Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
12 Août 2026
Christian Krohg, Vent du nord [Nordenvinden], 1887. Huile sur toile, 102 x 125 cm. Oslo, Nasjonalmuseet. Photo Nasjonalmuseet – A. Hansteen
Entre les lignes de Prendre le large - Diaochañ, la mer n’est pas seulement un horizon lointain : elle est souffle, poussière de sel et musique. Comme chez Enora de Parscau, dont l’œuvre s’enracine dans la mémoire des voix, des côtes dentelées et des langues qui chantent la vie, ce poème mêle le français et le breton pour faire vibrer les mêmes éléments — le vent qui fouette, le cœur qui se gonfle, l’écume qui éclate — en écho à un voyage intérieur. Naviguant entre deux langues, il invite le lecteur à boire l’air marin, à remplir son propre cœur et à s’abandonner à la force vivante des éléments, pour prendre enfin le large
Diaochañ
Fouetañ 'ra din blev war ma fas, ordin, evel fardaj,
kerdin.
C'hwezhet eo ma c'halon, koulz hag ar gouelioù.
'Gis ma ve'en gronnet g'an avel-vor, simudiñ 'ra ma
c'horf.
Flourikadennoù glan, sin, glebor.
War vor,
Ev 'ta, ev an avel-vor... 'Veld un eien, ur veunteun-
halen, ur vammen !
Leugn da galon, leugn, vev ha sant bep a elemant !
Ankouezhout, disoñjal...
N'out ket 'met ur gouelier o vonet e lev.
War vor,
Ev 'ta, ev an avel-vor
A greizh-holl, on ha spoum, strink-mor...
Lamm-son ! Koll e blom 'ra ma c'halon...
Ha sioulaat a ra an avel brim, 'n em silanñ 'ra en-dro
E lien an ine, koulz hag er gouelioù...
Enora de Parscau
Christian Krohg, La Barre sous le vent ! [Hardt le], 1882. Huile sur toile, 50 x 60 cm. Oslo, Nasjonalmuseet. Photo service de presse. Photo Nasjonalmuseet – J. Lathion
Prendre le large
Des cheveux me fouettent le visage,
avec constance, tel un gréement, le
cordage.
Mon cœur se gonfle, comme les voiles.
Emmitouflé dans le souffle marin,
mon corps grelotte.
Caresses pures, fraîches, humidité.
Sur mer,
Bois donc, bois le vent marin....
Comme une source, une fontaine salée,
nourricière !
Remplis ton cœur, remplis, vis et
ressens chaque élément !
Oublier, se vider de pensées...
Te voilà voilier prenant le large.
Sur mer,
Bois donc, bois le vent marin,
Soudain, écume et mousse, embruns...
Une lame de fond ! Mon cœur perd
son aplomb...
Et le coup de vent se calme, se faufile
de nouveau
Dans la toile de mon âme, comme dans
les voiles...
Enora de Parscau
(Sources : Kezeg an Heol - Editions Goater)
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