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Souvenirs illustrés de petits moments, balades, lectures, expositions....qui font le sel de la vie !

Depuis neuf heures - Απ' τες εννιά

Encore une incursion dans le monde poétique de Cavafy aujourd'hui. Ce texte me paraît refléter l'humeur du moment. Prophétique ?

Mon frère Dimostheris - Regkos Polykleitos

Mon frère Dimostheris - Regkos Polykleitos

Απ' τες εννιά


Δώδεκα και μισή. Γρήγορα πέρασεν η ώρα
απ' τες εννιά που άναψα την λάμπα,
και κάθησα εδώ. Καθόμουν χωρίς να διαβάζω,
και χωρίς να μιλώ. Με ποιόνα να μιλήσω
κατάμονος μέσα στο σπίτι αυτό.
Το είδωλον του νέου σώματός μου,
απ' τες εννιά που άναψα την λάμπα,
ήλθε και με ηύρε και με θύμησε
κλειστές κάμαρες αρωματισμένες,
και περασμένην ηδονή - τι τολμηρή ηδονή!
Κ' επίσης μ' έφερε στα μάτια εμπρός,
δρόμους που τώρα έγιναν αγνώριστοι,
κέντρα γεμάτα κίνησι που τέλεψαν,
και θέατρα και καφενεία που ήσαν μια φορά.
Το είδωλον του νέου σώματός μου
ήλθε και μ' έφερε και τα λυπητερά·
πένθη της οικογένειας, χωρισμοί,
αισθήματα δικών μου, αισθήματα
των πεθαμένων τόσο λίγο εκτιμηθέντα.
Δώδεκα και μισή. Πως πέρασεν η ώρα.
Δώδεκα και μισή. Πως πέρασαν τα χρόνια.

Κωνσταντίνος Π. Καβάφης

Depuis neuf heures

Minuit et demi. L'heure a passé vite,
depuis qu'à neuf heures j'ai allumé la lampe,
et suis venu m'assoir ici. Je suis resté sans lire,
et sans parler. À qui aurais-je pu parler,
moi qui vis seul dans cette maison.

Le fantôme de ma jeunesse,
depuis qu'à neuf heures j'ai allumé la lampe,
est venu me trouver et me remettre en mémoire
le parfum des chambres fermées
et le plaisir passé — un plaisir d'une telle audace!
De même m'a-t-il remis sous les yeux
des rues qu'on ne pourrait pas reconnaître aujourd'hui,
des rendez-vous très fréquentés qui n'existent plus,
et des théâtres et des cafés qui ont fait leur temps.

Le fantôme de ma jeunesse
est venu m'apporter aussi sa part de chagrin;
deuils de famille, séparations,
opinion de proches, volontés
des morts si peu respectées.

Minuit et demi. Comme l'heure a passé.
Minuit et demi. Comme les années ont passé.

 

Constantin Cavafis in "En attendant les barbares"

traduit par Dominique Grandmont (Gallimard poésie)

 

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