Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Исповедь хулигана - Confessions d'un voyou - Confessionni di Un Malandrino - De Essenine à Branduardi

S.A. Essenine

S.A. Essenine

Boris Pasternak eut ces mots éclairants : « Essenine traita sa vie comme un conte fantastique. Il traversa l’océan sur un loup gris comme Ivantsarevitch et comme l’Oiseau de feu, attrapa par la livrée Isadora Duncan. En composant ses vers, il use encore des procédés du conte, tantôt disposant les mots comme les cartes d’un jeu de patience, tantôt les gravant avec le sang de son cœur. »

Ce paysan poète, « rossignol obscène », semble se rapprocher d’un Rimbaud soviétique. Ange blond licencieux et féerique, il a laissé des sillons de feu derrière lui. Moujik de légende il s’épanouissait dans les saisons en enfer. 

La suite de ce portrait est à lire sur le site "Esprits Nomades"

Исповедь хулигана

Не каждый умеет петь,
Не каждому дано яблоком
Падать к чужим ногам.

Сие есть самая великая исповедь,
Которой исповедуется хулиган.

Я нарочно иду нечесаным,
С головой, как керосиновая лампа, на плечах.
Ваших душ безлиственную осень
Мне нравится в потемках освещать.
Мне нравится, когда каменья брани
Летят в меня, как град рыгающей грозы,
Я только крепче жму тогда руками
Моих волос качнувшийся пузырь.

Так хорошо тогда мне вспоминать
Заросший пруд и хриплый звон ольхи,
Что где-то у меня живут отец и мать,
Которым наплевать на все мои стихи,
Которым дорог я, как поле и как плоть,
Как дождик, что весной взрыхляет зеленя.
Они бы вилами пришли вас заколоть
За каждый крик ваш, брошенный в меня.

Бедные, бедные крестьяне!
Вы, наверно, стали некрасивыми,
Так же боитесь бога и болотных недр.
О, если б вы понимали,
Что сын ваш в России
Самый лучший поэт!
Вы ль за жизнь его сердцем не индевели,
Когда босые ноги он в лужах осенних макал?
А теперь он ходит в цилиндре
И лакированных башмаках.

Но живет в нем задор прежней вправки
Деревенского озорника.
Каждой корове с вывески мясной лавки
Он кланяется издалека.
И, встречаясь с извозчиками на площади,
Вспоминая запах навоза с родных полей,
Он готов нести хвост каждой лошади,
Как венчального платья шлейф.

Я люблю родину.
Я очень люблю родину!
Хоть есть в ней грусти ивовая ржавь.
Приятны мне свиней испачканные морды
И в тишине ночной звенящий голос жаб.
Я нежно болен вспоминаньем детства,
Апрельских вечеров мне снится хмарь и сырь.
Как будто бы на корточки погреться
Присел наш клен перед костром зари.
О, сколько я на нем яиц из гнезд вороньих,
Карабкаясь по сучьям, воровал!
Все тот же ль он теперь, с верхушкою зеленой?
По-прежнему ль крепка его кора?

А ты, любимый,
Верный пегий пес?!
От старости ты стал визглив и слеп
И бродишь по двору, влача обвисший хвост,
Забыв чутьем, где двери и где хлев.
О, как мне дороги все те проказы,
Когда, у матери стянув краюху хлеба,
Кусали мы с тобой ее по разу,
Ни капельки друг другом не погребав.

Я все такой же.
Сердцем я все такой же.
Как васильки во ржи, цветут в лице глаза.
Стеля стихов злаченые рогожи,
Мне хочется вам нежное сказать.

Спокойной ночи!
Всем вам спокойной ночи!
Отзвенела по траве сумерек зари коса...
Мне сегодня хочется очень
Из окошка луну...

Синий свет, свет такой синий!
В эту синь даже умереть не жаль.
Ну так что ж, что кажусь я циником,
Прицепившим к заднице фонарь!
Старый, добрый, заезженный Пегас,
Мне ль нужна твоя мягкая рысь?
Я пришел, как суровый мастер,
Воспеть и прославить крыс.
Башка моя, словно август,
Льется бурливых волос вином.

Я хочу быть желтым парусом
В ту страну, куда мы плывем.

1920


Из сборника «Поэмы»

 Il existe de nombreuses traductions de la « confession d’un voyou », notamment celle de Katia Granoff,  puis la version signée Armand Robin.

 

La confession d’un houligan

 

Chacun sait-il chanter ? Tomber comme une pomme

Offerte, à tout venant ?

C’est la confession très sincère d’un homme,

Confession d’un houligan !

 

Je vais tout dépeigné, avec, sur les épaules,

Une tête pareille à ma lampe à pétrole,

Car, vraiment, il me plaît d’éclairer de ma flamme

Un automne effeuillé, l’automne de vos âmes,

Comme de recevoir les pierres des outrages,

Pareils aux durs grêlons d’un violent orage.

Je sens ma tête en or osciller, que j’étreins

Toujours, toujours plus fort avec mes mains...

 

Oh ! Qu’il fait bon alors se rappeler le jaune

Et broussailleux étang, le cliquetis de l’aulne ;

Mon père et ma mère y sont encore qui m’aiment,

Se moquant de mes vers et de tous mes poèmes !

Moi seul je leur suis cher,

Tel leur champ ou leur chair.

Ils accouraient avec des fourches sans tarder

Pour chacun de ces cris dont vous me lapidez.

 

Ô pauvres, pauvres paysans !

Vous êtes, c’est certain, déjà vieillis et laids,

Et craignez toujours Dieu et les tristes marais.

Pourtant, si vous pouviez vous mettre dans la tête

Que ce fils, en Russie, est le meilleur poète !

Pour sa vie votre cœur se mettait à givrer

Quand il traînait pieds nus dans les flaques d’automne ;

Coiffé d’un haut-de-forme, à présent, c’est bien vrai,

En des souliers vernis ses pieds il emprisonne.

 

Mais il garde toujours sa fougue juvénile

De farceur villageois ;

Chaque enseigne de vache aux boucheries en ville,

Il salue avec joie.

Retrouvant les cochers sur la place, à nouveau

Il respire l’odeur du fumier sur la plaine ;

Très digne, il porterait les queues de leurs chevaux,

Tout comme s’il tenait de nuptiales traînes.

 

Oui, j’aime la patrie

Et tout m’y paraît beau :

Sa tristesse de saule ! oh, comme elle m’étreint !

La nuit, j’aime les voix sonores des crapauds,

J’aime jusqu’aux cochons et leurs malpropres groins.

 

Mon enfance, oh ! combien ton souvenir m’obsède !

En mes rêves, je vois des soirées d’avril tièdes.

Devant le grand brasier solaire à l’horizon,

Notre érable se chauffe, accroupi, dirait-on.

A ses branches grimpé, combien d’oeufs de corbeaux

Ai-je volé, mettant ma culotte en lambeaux !

Vêtu d’écorce dure, élève-t-il dans l’air

Son sommet comme avant, aussi haut, aussi vert ?

 

Et toi, chien préféré,

Mon ami véritable,

Dans la cour, la queue basse, encore te traînant

Ayant même oublié et la porte et l’étable,

Te voilà, de vieillesse aveugle et glapissant.

A ces espiègles jeux, je pense avec amour,

Quand, à ma mère, ayant pris un quignon de pain,

Nous y mordions tous deux et chacun à son tour,

Sans répugnance aucune, ainsi que des copains.

 

Je suis encore le même

De cœur, le même encor...

Les bleuets de mes yeux fleurissent mon visage

Ainsi qu’un champ de blé. Je veux en ce message

Vous dire quelque chose et de tendre et de fort :

« Bonne nuit à vous tous ! »

Le bruit se meurt sur terre

Fauché par le couchant aux prés crépusculaires.

 

La lumière est si bleue, elle est d’un bleu magique !

De mourir on n’aurait ni regret ni colère.

Qu’est-ce que cela fait si je parais cynique,

Et j’ai même accroché ma lanterne au derrière ?

 

Le vieux, le bienveillant et surmené Pégase,

Qu’ai-je à faire de lui et de ses embarras ?

En austère artisan, je suis venu sans phrases,

Je suis venu chanter glorifiant les rats ;

Et ma tête, pareille à ce début d’automne,

Bout, versant le vin clair de mes cheveux d’or blond...

 

Je veux être la voile jaune

vers le pays où nous voguons.

 

Traduit du russe par Katia Granoff

In, « Anthologie de la poésie russe »

Editions Gallimard (Poésie), 1993

puis la version signée Armand Robin.

La confession d’un voyou

Ce n’est pas tout un chacun qui peut chanter
Ce n’est pas à tout homme qu’est donné d’être pomme
Tombant aux pieds d’autrui.
Ci-après la toute ultime confession,
Confession dont un voyou vous fait profession.

C’est exprès que je circule, non peigné,
Ma tête comme une lampe à pétrole sur mes épaules.
Dans les ténèbres il me plaît d’illuminer
L’automne sans feuillage de vos âmes.

C’est un plaisir pour moi quand les pierres de l’insulte
Vers moi volent, grêlons d’un orage pétant.
Je me contente alors de serrer plus fortement
De mes mains la vessie oscillante de mes cheveux,
C’est alors qu’il fait si bon se souvenir
D’un étang couvert d’herbes et du rauque son de l’aulne
Et d’un père, d’une mère à moi qui vivent quelque part,
Qui se fichent pas mal de tous mes poèmes,
Qui m’aiment comme un champ, comme de la chair,
Comme la fluette pluie printanière qui mollit le sol vert.

Ils viendraient avec leurs fourches vous égorger
Pour chaque injure de vous contre moi lancée.
Pauvres, pauvres paysans !
Sans doute vous êtes devenus pas jolis
Et toujours vous craignez Dieu et les poitrines des marécages.
Oh ! si seulement

Vous pouviez comprendre qu’en Russie votre enfant
Est le meilleur poète.
Craignant pour sa vie, n’aviez-vous pas du givre au cœur
Lorsqu’il trempait ses pieds nus dans les flaques d’automne ?
Il se promène en haut de forme aujourd’hui
Et en souliers vernis.

Serge Essénine, Quatre poètes russes, V. Maïakovsky, B. Pasternak, A. Blok, S. Essénine, texte russe présenté et traduit par Armand Robin, éditions du Seuil, 1949, p. 59-61.

Quel lien avec Branduardi ?

"Cette poésie qui toucha Angelo Branduardi au cœur est inspirée directement de la vie du poète russe ; il était lui-même issu d’une famille de paysan. Consumé peut-être par sa propre sensibilité, Sergueï Essénine mit fin à ses jours à l’âge de trente ans, en laissant pour témoignage une poésie écrite de son propre sang. La version du suicide fut contestée par la famille, mais le jeune poète russe au destin tragique emporta la vérité dans sa tombe.

Ayant trouvé de grandes résonances avec le poète, le jeune Angelo Branduardi signa donc l’adaptation italienne de ces « confessions d’un voyou » dans les années 70 et c’est son parolier français de prédilection, Etienne Roda-Gil qui en fit, bien plus tard, en 1981, une adaptation française très inspirée. Elle vint rejoindre d’autres chansons du troubadour italien dans un album qui portait d’ailleurs le nom de la chanson."

Je vous invite à lire l'article dans son intégralité  en suivant le lien ci-après :

Sources :


Mi piace spettinato camminare
Col capo sulle spalle come un lume
Così mi diverto a rischiarare
Il vostro autunno senza piume
Mi piace che mi grandini sul viso
La fitta sassaiola dell'ingiuria
Mi agguanto solo per sentirmi vivo
Al guscio della mia capigliatura

Ed in mente mi torna quello stagno
Che le canne e il muschio hanno sommerso
Ed i miei che non sanno di avere
Un figlio che compone versi
Ma mi vogliono bene come ai campi
Alla pelle ed alla pioggia di stagione
Raro sarà che chi mi offende scampi
Dalle punte del forcone

Poveri genitori contadini
Certo siete invecchiati e ancor temete
Il signore del cielo e gli acquitrini
Genitori che mai non capirete
Che oggi il vostro figliuolo è diventato
Il primo fra i poeti del paese
Ed ora in iscarpe verniciate
E col cilindro in testa egli cammina

Ma sopravvive in lui la frenesia
Di un vecchio mariuolo di campagna
E ad ogni insegna di macelleria
Alla vacca si inchina sua compagna
E quando incontra un vetturino
Gli torna in mente il suo concio natale
E vorrebbe la coda del ronzino
Regger come strascico nuziale

Voglio bene alla patria
Benché afflitta di tronchi rugginosi
M'è caro il grugno sporco dei suini
E i rospi all'ombra sospirosi
Son malato di infanzia e di ricordi
E di freschi crepuscoli d'aprile
Sembra quasi che l'acero si curvi
Per riscaldarsi e poi dormire

Dal nido di quell'albero le uova
Per rubare salivo fino in cima
Ma sarà la sua chioma sempre nuova
E dura la sua scorza come prima
E tu mio caro amico vecchio cane
Fioco e cieco ti ha reso la vecchiaia
E giri a coda bassa nel cortile
Ignaro delle porte dei granai

Mi son cari i miei furti di monello
Quando rubavo in casa un po' di pane
E si mangiava come due fratelli
Una briciola l'uomo ed una il cane
Io non sono cambiato
Il cuore ed i pensieri son gli stessi
Sul tappeto magnifico dei versi
Voglio dirvi qualcosa che vi tocchi

Buona notte la falce della luna
Si cheta mentre l'aria si fa bruna
Dalla finestra mia voglio gridare
Contro il disco della luna
La notte è così tersa
Qui forse anche morire non fa male
Che importa se il mio spirito è perverso
E dal mio dorso penzola un fanale

O Pegaso decrepito e bonario
Il tuo galoppo è ora senza scopo
Giunsi come un maestro solitario
E non canto e non celebro che i topi
Dalla mia testa come uva matura
Gocciola il folle vino delle chiome
Voglio essere una gialla velatura
Gonfia verso un paese senza nome

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
une-vie-de-setter

Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane

Commenter cet article