Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
16 Août 2025
Née en 1981, dans le Vaucluse, Claire Tabouret partage aujourd'hui sa vie entre Los Angeles et l'Ile-de-France. Depuis 2014, elle expose dans des lieux et lors d'événements renommés (Villa Borghese et Medicis, Biennale de Venise, Festival d'Avignon, Institut d'Art Contemporain de Miami, etc.). En décembre 2024, elle a été nommée pour réaliser les nouveaux vitraux de Notre-Dame de Paris. Artiste versatile, elle n'a de cesse d'expérimenter diverses techniques, avec une jouissance certaine du matériau : peinture sur toile, sur céramique ou même sur fourrure synthétique, dessin à l'encre sur papier, monotype, sculpture en terre ou en bronze, verre fusion et même tapisserie.
Claire Tabouret déploie dans ses créations un univers sensible et envoûtant. Une part prépondérante de son travail s'attache à représenter des personnes, identifiées ou inconnues, comme individus ou en groupes. Avec subtilité ses œuvres incarnent des identités fragiles, rebelles, parfois légèrement inquiétantes, fluides comme l'eau. Conjuguant état d'âme et langage du corps, ses portraits concentrent leur force dans le regard, renvoyé vers le spectateur, suscitant une rencontre troublante. À l'image des inspirations qui lui viennent lors de ses insomnies dans un état de semi-veille, ses œuvres semblent intemporelles. Le matériau souple et fluide de la peinture acrylique s'adapte à merveille à cette atmosphère flottante. L'enfance, les visages féminins et la question du corps reviennent de manière récurrente dans ses portraits individuels et de groupes. L'exposition explore les enjeux du travail de l’artiste, à travers le prisme du portrait, sur une douzaine d'années et le met en perspective en ménageant des résonances avec quelques œuvres anciennes issues des collections muséales.
Quelques photos des oeuvres et des cartels ?
Le déguisement est souvent attribué aux enfants, à la fête et à la joie. Pourtant, dans le tableau, les enfants ne sourient pas et nous regardent fixement avec gravité. Les costumes ne sont d’ailleurs pas colorés. Les enfants semblent avoir été obligés d’arrêter leurs jeux pour prendre la pose. Habituellement représentés de manière
tendre ou joyeuse, les enfants dégagent dans la toile à la fois un sentiment d’angoisse, accentué par les
couleurs verdâtres, et une émotion de colère, appuyée par le titre de l’œuvre Les Insoumis. Il est possible alors de se demander contre quoi ils se rebellent
Dans cette exposition, j'ai aimé chercher "mon" portrait face à ces grands groupe d'enfants. Où me suis-je cachée ? J'ai retrouvé très facilement la petite fille aux "yeux noirs", exaspérée par les demandes des adultes...tenir la pose.
Et vous ? vous retrouvez-vous dans ces portraits de Claire Tabouret ?
Après avoir réfléchi aux codes liés à la représentation de l’enfance, Claire Tabouret vient ici questionner les codes de la féminité. Un des codes les plus importants liés au genre féminin est notamment celui de
la beauté. Cette idée se manifeste par un certain idéal du corps, tout comme par l’utilisation du maquillage pour embellir le visage ; maquillage obéissant lui aussi à un ensemble de codes pour être correctement appliqué. La série des Makeups de Claire Tabouret déroge à ces codes en ne respectant pas l’application commune du rouge à lèvres. Claire Tabouret explique ainsi que « un rouge à lèvres qui n’est pas correctement appliqué te fait passer de la beauté ou de la séduction à la folie, à la violence ou même au viol ». De manière
générale, tout ce qui ne respecte pas une norme va susciter des questionnements. Ainsi en regardant
les Makeups, plusieurs questionnements peuvent survenir chez le spectateur : Est-ce que cette personne ne sait pas mettre du rouge à lèvres ? Pourquoi cette personne s’est maquillée ainsi ? Est-ce qu’elle a essayé de l’enlever ? Est-ce que quelqu’un a essayé de l’effacer ? Etc.
Les tableaux de Claire Tabouret sont des portraits paradoxaux, dans le sens où la question n’est pas de savoir qui est la personne représentée. Claire Tabouret représente des identités féminines et insaisissables, sans chercher à les définir : aucun indice ne nous est laissé sur leur nom, leur histoire. La dénomination « Identités
flottantes » fait également référence à l’omniprésence de l’eau dans le travail de l’artiste, que ce soit par les larmes dans Les Pleureuses ou bien la mer dans Les Baigneuses. En bref, ces identités flottantes démontrent la difficulté à représenter une identité, où les visages sont perçus comme de l’eau, en perpétuel mouvement.
Autoportrait métaphorique C’est au cours de l’épidémie de COVID-19 que Claire Tabouret réalise cette toile. Cette période de confinement mène l’artiste à rester seule dans son atelier, avec peu de visites. Elle expérimente à ce moment les Paysages d’intérieurs. Ces paysages peuvent se lire comme des autoportraits métaphoriques. Réalisé dans une période d’isolement, ce paysage représente davantage un état d’âme. Le choix des couleurs comme celui du paysage correspond alors au ressenti de l’artiste au moment où elle peint.
L’autoportrait constitue un exercice inépuisable, auquel Claire Tabouret s’est livrée à plusieurs étapes de sa carrière. On y observe une introspection psychologique par la franchise et la liberté qu’elle apporte à sa propre représentation. Ses autoportraits représentent également le temps qui passe. Pratiqué depuis l’adolescence,
cet exercice saisit le corps qui grandit puis vieillit avec sérénité. Elle souligne l’importance de ses autoportraits en rappelant le peu de représentations de femmes quarantenaires dans la société actuelle. L’attention qu’elle porte à sa représentation est par ailleurs une manière de s’approprier son corps. Elle dit à ce titre : « C’est important en tant que femme de s’approprier son propre corps après avoir été représentées pendant des siècles par des hommes. »
Mon avis : J'ai adoré cette exposition et ai été touchée au coeur par "l'oeil" de Claire Tabouret. J'ai hâte de découvrir quelle sera sa proposition pour les nouveaux vitraux de Notre Dame de Paris.
Petit "teaser" : à suivre un post sur un échantillon des propositions d'Exporama - un été d'art contemporain - 2025 à Rennes....
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane