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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Oνειρεύεται : rêver malgré tout selon Dimitris Mitsotakis

Né au Pirée en 1967 et d’origine crétoise, Dimitris Mitsotakis fait partie de ces artistes grecs inclassables, à la croisée du rock alternatif, du rebetiko et de la poésie sociale. Fondateur du groupe culte Endelecheia dans les années 1990, il s’impose par une écriture à la fois dense, ironique et profondément humaine. Auteur-compositeur, batteur, guitariste et écrivain publié chez Kédros, il continue d’explorer la frontière mouvante entre musique, parole et engagement, refusant les cases et les compromissions.
Son œuvre navigue entre réalisme et onirisme, entre la crudité du quotidien grec et la persistance du rêve — ce territoire inviolable où l’esprit reste libre, même sous la contrainte.

Graffiti dans les rues d'Athènes

Graffiti dans les rues d'Athènes

Dans « Ονειρεύεται » (« Il rêve »), extrait de son recueil Le temps changeait (2022), Mitsotakis met en scène le dialogue glaçant entre le pouvoir et celui qui rêve encore. Malgré la privation, la cécité, le silence imposé, le rêve demeure : indestructible, contagieux. Porté en musique, le texte devient hymne de résistance intérieure, métaphore du refus de se soumettre — à la peur, à l’absurde, à la servitude.

"Ονειρεύεται"
-Τι κάνει;
-Ονειρεύεται.
-Ακόμα;
-Ναι, γυρίζουν τα μάτια του, κάτω από τα κλειστά του βλέφαρα. Σίγουρα ονειρεύεται ακόμα.
-Απόλυσέ τον.
-Μάλιστα, κύριε.
-Τώρα τι κάνει;
-Ονειρεύεται πάλι.
-Σίγουρα;
-Μάλιστα, κύριε.
-Πάρ' του το σπίτι.
-Μάλιστα.
-Τώρα τι κάνει;
-Ονειρεύεται ακόμα, κύριε.
-Μα πώς είναι δυνατόν;
-Δεν ξέρω, κύριε.
-Άσ' τον νηστικό.
-Μάλιστα, κύριε.
-Τι κάνει;
-Πάλι ονειρεύεται, κύριε...
-Βγάλ' του τα μάτια!
-Του τα 'βγαλα, κύριε. Ακόμα ονειρεύεται.
-Μπες μέσα στ' όνειρό του.
-Μάλιστα, κύριε.
-Τι βλέπει;
-Θάλασσες, ποτάμια, βουνά... Ταξιδεύει...
-Πούλα τα.
-Τα πούλησα κύριε.
-Τώρα;
-Ονειρεύεται. Αγκαλιές, φιλιά, φίλους, αγαπημένους.
-Απομόνωσέ τον.
-Μάλιστα.
-Τι κάνει;
-Τραγουδάει κύριε, τραγουδάει.
-Κόψ' του τη γλώσσα.
-Χτυπάει στα χέρια ένα ρυθμό κι ονειρεύεται πάλι.
-Κόψ' του τα χέρια.
-Χορεύει, κύριε. Χορεύει και ονειρεύεται ακόμα.
-Κόψ' του τα πόδια.
-Το αίμα του έγινε ποτάμι, κύριε. Κυλάει με ορμή. Και μέσα βούτηξαν γυμνοί κι άλλοι με βάρκες, κρατώντας τύμπανα, νταούλια και γκρανκάσες, και τούμπες και τρομπόνια και κορνέτες. Φωνές κι αλαλαγμοί. Τραγουδούν. Έρχονται κατά 'δω.
-Τι θέλουν;
-Εσάς, κύριε. Εσάς γυρεύουν.
-Σώσε με. Σώσε με, πιστέ μου λακέ.
-Δεν μπορώ, κύριε, ακούω το τραγούδι τους...

(Από το βιβλίο "Ο καιρός άλλαζε'', Δημήτρης Μητσοτάκης, ΚΕΔΡΟΣ 2022)
Μουσική υπόκρουση "112"
Οδυσσέας Τζιρίτας, κιθάρα
Παντελής Πέτρου, μπάσο
Νίκος Χριστόπουλος, τύμπανα
Ήχος, Γιάννης Πετρογιάννης
Βίντεο, Παντελής Πέτρου

Essai de traduction du texte grec intitulé « Il rêve » (Ονειρεύεται), extrait du livre Le temps changeait de Dimitris Mitsotakis (Kédros, 2022) :

Il rêve

— Que fait-il ?
— Il rêve.
— Encore ?
— Oui, ses yeux bougent sous ses paupières closes. Il rêve sûrement encore.
— Renvoyez-le.
— Bien, monsieur.
— Et maintenant, que fait-il ?
— Il rêve de nouveau.
— Tu en es sûr ?
— Oui, monsieur.
— Prends-lui sa maison.
— Bien, monsieur.
— Et maintenant ?
— Il rêve encore, monsieur.
— Mais comment est-ce possible ?
— Je ne sais pas, monsieur.
— Laisse-le sans nourriture.
— Bien, monsieur.
— Que fait-il ?
— Il rêve encore, monsieur…
— Arrache-lui les yeux !
— Je les lui ai arrachés, monsieur. Il rêve encore.
— Entre dans son rêve.
— Bien, monsieur.
— Que voit-il ?
— Des mers, des fleuves, des montagnes… Il voyage…
— Vends-les.
— Je les ai vendus, monsieur.
— Et maintenant ?
— Il rêve. Des étreintes, des baisers, des amis, des êtres aimés.
— Isole-le.
— Bien, monsieur.
— Que fait-il ?
— Il chante, monsieur, il chante.
— Coupe-lui la langue.
— Il frappe le rythme dans ses mains et rêve encore.
— Coupe-lui les mains.
— Il danse, monsieur. Il danse et il rêve encore.
— Coupe-lui les jambes.
— Son sang est devenu un fleuve, monsieur. Il coule avec force. Et dedans ont plongé, nus, d’autres hommes, avec des barques, tenant des tambours, des caisses claires et des grosses caisses, des trombones et des cornets. Des voix, des clameurs. Ils chantent. Ils viennent par ici.
— Que veulent-ils ?
— Vous, monsieur. C’est vous qu’ils cherchent.
— Sauve-moi. Sauve-moi, mon fidèle serviteur.
— Je ne peux pas, monsieur. J’entends leur chant…

À travers cette œuvre, Dimitris Mitsotakis rappelle que le rêve n’est pas une fuite, mais une forme ultime de liberté.
Face à ceux qui voudraient tout contrôler, il oppose le mouvement, la mer, la danse, la chanson.
Et si « rêver », c’était encore le plus beau geste de désobéissance ?

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Y
Merci beaucoup
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