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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Miscellanées # 80

Janvier s’est étiré entre lectures en attente, pages enfin ouvertes et écrans allumés sans culpabilité. Un mois de reprises, de fidélités assumées et de curiosités vagabondes, où le temps s’est partagé entre livres sortis des piles de tsundoku et séries glanées au fil des langues et des frontières. Miscellanées d’hiver, donc, faites de frissons, de mémoire, d’évasion et de récits qui accompagnent les jours courts.

Une illustration de double-page pour le numéro du magazine anglais @theobserveruk

Une illustration de double-page pour le numéro du magazine anglais @theobserveruk

Entre deux piles de tsundoku, j’ai renoué ce mois-ci avec un genre que j’avais laissé de côté depuis un moment : le thriller — et pas n’importe lequel. Avec 8,2 secondes, Maxime Chattam signe un retour maîtrisé à ce qu’il fait de mieux : un suspense psychologique tendu, difficile à lâcher. De New York aux lacs isolés de la frontière canadienne, l’intrigue suit deux femmes que tout oppose — une policière lancée sur la trace d’un tueur en série et une femme recluse dans un chalet, en plein deuil — mais qu’un lien mystérieux et inquiétant finit par unir. Au-delà du frisson, le roman interroge l’amour, la perte et les grandes étapes de la vie, jusque dans son titre, qui renvoie au temps nécessaire au cerveau pour décider de tomber amoureux. Un thriller sombre, efficace et réfléchi, parfait pour se replonger dans le genre.

Miscellanées # 80

Avec Chanson bretonne suivi de L’enfant et la guerre, J. M. G. Le Clézio tisse deux récits d’enfance que tout oppose et que relie pourtant une même mémoire sensible. Chanson bretonne est une évocation lumineuse de la Bretagne d’après-guerre : étés insouciants, paysages d’Armor et d’Argoat baignés de soleil, culture paysanne en transformation, chantés avec pudeur et poésie. L’écrivain y célèbre la langue bretonne, musique intime et héritage affectif, et fait affleurer l’innocence de l’enfance dans une écriture délicate et bienveillante. En contrepoint, L’enfant et la guerre surgit comme une déchirure : le souvenir de la guerre vécue dans l’arrière-pays niçois, la peur, la faim, le vacarme du monde saisis à hauteur d’enfant. À travers ces deux contes-mémoires, Le Clézio propose une méditation profonde sur l’enfance, la mémoire et la capacité de l’écriture à dire tout à la fois la violence et l’émerveillement, avec une justesse et une humanité bouleversantes.

Miscellanées # 80

Dans Les Belles Promesses, Pierre Lemaitre poursuit la saga de la famille Peltier au cœur des Trente Glorieuses, cette période de prospérité apparente qui masque pourtant de profondes fractures sociales. Situé au début des années 1960, le roman s’appuie sur un important travail de documentation pour déconstruire les souvenirs idéalisés de l’époque et donner voix aux exclus, notamment à travers la question agricole et les tensions entre syndicats, paysans et autorités, dont l’écho résonne fortement avec l’actualité. Lemaitre y joue avec les codes du polar — une enquête sans mystère apparent puisque le coupable est déjà connu — pour mieux manipuler le lecteur et maintenir le suspense. En toile de fond, la guerre d’Algérie souligne l’aveuglement social et politique d’une France en mutation. Fidèle à sa conception de la littérature comme outil de décryptage du réel, l’auteur livre un roman à la fois historique, social et critique, où les promesses du progrès se heurtent à la répétition des injustices.

Miscellanées # 80

Comme chaque année, Philippe Besson est également au rendez-vous. Une pension en Italie se lit d’une traite, porté par une écriture simple et maîtrisée. Derrière un secret de famille, l’auteur esquisse avec finesse le portrait d’une France des années 1960 corsetée par le puritanisme et les non-dits. Un roman tout en retenue, dont la discrétion n’empêche ni l’émotion ni la justesse.

Miscellanées # 80
La lobotomie de la télévision - Gerardh haderer

La lobotomie de la télévision - Gerardh haderer

Des pages aux écrans, le passage s’est fait naturellement. Les mêmes obsessions circulent parfois d’un médium à l’autre : la mémoire, les liens familiaux, les fractures intimes, les paysages qui façonnent les êtres. En janvier, les séries ont prolongé ce mouvement, ajoutant aux lectures une dimension linguistique et géographique, comme un voyage immobile à travers les grilles des télévisions européennes — et au-delà.

Les séries du mois

La surprise

Le Diplôme, mini-série française diffusée sur TF1, suit six adultes âgés de 20 à 66 ans qui décident de repasser le baccalauréat dans un lycée pour adultes parisien. Portée notamment par Clémentine Célarié et Bernard Campan, cette fiction mêle comédie sociale et drame humain en abordant des thèmes forts — précarité, inclusion, reconstruction personnelle. Une série chorale sensible, qui trouve un juste équilibre entre émotion et légèreté, et s’impose comme l’une des belles découvertes du mois.

En janvier, j’ai par ailleurs multiplié les gourmandises linguistiques en explorant les médiathèques des télévisions publiques européennes (et au-delà), renouant au passage avec quelques plaisirs sériels pleinement assumés
(N.B. : ces médiathèques sont accessibles gratuitement via un VPN).

En Italie (RAI), Il paradiso delle signore entame sa dixième saison. Librement inspirée du Bonheur des dames de Zola, la série poursuit depuis 1956 son récit des mutations de la société italienne, entre intrigues sentimentales, ambitions commerciales et chronique du quotidien.

Du côté allemand (ZDF), Der Bergdoktor — désormais en 19ᵉ saison — demeure un rituel réconfortant, porté par des paysages alpins somptueux et un allemand aux accents tyroliens. Plus historique et urbaine, Ku’damm 77 prolonge la saga des Schöllack dans le Berlin de 1977, mêlant tensions familiales, aspirations féminines et évolutions sociales autour d’une école de danse.

Deux séries policières venues des marges celtiques se sont également imposées ce mois-ci. The Island (Police+), tournée dans les Hébrides écossaises, propose un polar familial britannique efficace, aux airs de Succession, porté par des paysages spectaculaires et une atmosphère âpre. Boglands (Arte), située dans le Donegal irlandais, s’appuie elle aussi sur des décors rudes et une langue rugueuse pour bâtir une ambiance sombre et authentique. La série plonge dans une enquête familiale et marécageuse, mêlant drame intime, personnages tourmentés et thématiques lourdes, tempérées çà et là par un humour noir bien dosé.

En Grèce (ERTplus), Electra assume pleinement son ADN de soap : passions, secrets et jalousies s’y entremêlent avec gourmandise. Une série idéale à savourer en version originale sous-titrée, avec l’agréable impression de joindre l’utile à l’immersif.

Toujours sur ERTplus, Maria qui devint Callas retrace la métamorphose de la jeune Maria Callas, d’élève chanteuse maladroite à diva lyrique légendaire, dans l’Athènes de la Seconde Guerre mondiale. Inspirée du livre The Unknown Callas de Nicholas Diomedes-Petsalis, la série explore les épreuves, les ambitions et les rencontres décisives qui ont façonné l’artiste : une mère exigeante, des mentors passionnés, une sœur musicienne, un amour rebelle et des figures paternelles déterminantes. En révélant une facette intime et méconnue de Callas, la série raconte le parcours d’une jeune femme en quête de reconnaissance, jusqu’à son avènement en icône absolue de l’opéra.

Côté français (Arte), Les Saisons conte l’histoire d’une famille et de ses amours contrariées sur une période de trente ans. Créée par Hélène Duchateau et portée par Nicolas Maury, la série séduit par sa mise en scène fragmentée, son humour doux-amer et ses audaces formelles.

Enfin, via abonnement, Téhéran (Apple TV+) confirme son statut de thriller politique tendu et efficace. La série suit la hackeuse du Mossad Tamar Rabinyan dans une troisième saison plus dangereuse que jamais, où la tension ne faiblit pas.

Janvier, c’est aussi le rendez-vous annuel du comptage des oiseaux du jardin. L’exercice fut cette année contrarié par une météo peu coopérative, rendant l’observation — et plus encore la photographie — délicate, malgré une brève éclaircie consentie à l’heure du déjeuner dominical.

Les tendances relevées les années précédentes se confirment pourtant. Les verdiers, autrefois si nombreux autour des mangeoires, semblent désormais absents, du moins en janvier. Les visiteurs plus rares — mésanges huppées, bouvreuils — n’ont pas fait d’apparition. Restent les fidèles : mésanges bleues et orites, avec une présence plus constante des premières, ponctuant la journée de leurs allées et venues discrètes.

 

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Miscellanées # 80

En conclusion : Au fil de ces lectures et de ces séries, janvier s’est finalement dessiné comme un mois de traversées : d’un genre à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un territoire intime à des paysages lointains. Rien de spectaculaire, mais une constellation de récits qui, chacun à leur manière, ont accompagné le passage de l’hiver. De quoi aborder février avec quelques piles en moins — ou, plus probablement, différemment recomposées.

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