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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Tapiola, ou la forêt intérieure de Sibelius

Pekka Halonen, Paysage d’hiver, Kinahmi (détail), 1923, huile sur toile, 95,5 × 65,5 cm. Helsinki, Ateneum Art Museum. © Finnish National Gallery / Jenni Nurminen

Pekka Halonen, Paysage d’hiver, Kinahmi (détail), 1923, huile sur toile, 95,5 × 65,5 cm. Helsinki, Ateneum Art Museum. © Finnish National Gallery / Jenni Nurminen

Composé en 1924, Tapiola est le dernier grand jalon de Jean Sibelius, une œuvre-frontière marquant son retrait définitif du monde et de la création. Ce poème symphonique pour grand orchestre, d’une vingtaine de minutes, se dresse comme un monolithe glacé, à la fois testament musical et plongée vertigineuse dans une nature primitive, violente et indifférente à l’homme. Inspiré par Tapio, dieu des forêts du Kalevala, Sibelius n’y décrit pas la nature, il la transmute : les sons bruts deviennent matière vivante, se désagrègent et renaissent dans une alchimie sonore sombre et fascinante. Œuvre de solitude, de crainte sacrée et de mystère, Tapiola est une invocation plus qu’un récit, un rituel archaïque dont l’auditeur ressort troublé, conscient d’avoir frôlé un secret qu’il ne lui est pas donné de percer.

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