Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
15 Mars 2026
En cette date anniversaire, je partage avec vous un post publié par André Markowicz sur sa page facebook :
"Le 15 mars 1939, Hitler violait les accords de Munich (cette paix saluée avec un tel enthousiasme dans l’Europe entière six mois auparavant, parce que, n’est-ce pas, il faut la paix, la paix, la paix, coûte que coûte) et annexait la Tchécoslovaquie. C’est alors que Marina Tsvétaïéva a écrit son dernier cycle de poèmes, « Poèmes à la Tchéquie ».
Son mari, Serguéï Efron (sans qu’elle n’en évidemment sache rien), était un agent du NKDV et s’était enfui en URSS parce qu’il était mêlé à un assassinat. Elle a choisi de le rejoindre. – Lui, il allait finir en prison, sa fille, Ariadna, devait passer dix-sept ans dans les camps. Elle, après deux ans et demi de misère et de silence, elle allait finir par se pendre."
Voici le poème 8, que, là encore, André Markowicz a retrouvé en mettant de vieux dossiers dans des cartons. Ce poème aussi, il pensait l’avoir perdu.
Il est plus « actuel » que jamais. – Comme si un poème pouvait ne pas être actuel... Ou comme si l’actualité, justement, pouvait être actuelle. Mais oui, il le republie sur sa page facebook :
О слезы на глазах…
О слезы на глазах!
Плач гнева и любви!
О Чехия в слезах!
Испания в крови!
О черная гора,
Затмившая — весь свет!
Пора — пора — пора
Творцу вернуть билет.
Отказываюсь — быть.
В Бедламе нелюдей
Отказываюсь — жить.
С волками площадей.
Отказываюсь — выть.
С акулами равнин
Отказываюсь плыть —
Вниз — по теченью спин.
Не надо мне ни дыр
Ушных, ни вещих глаз.
На твой безумный мир
Ответ один — отказ.
15 марта — 11 мая
"Sa traduction est restée inédite. il l’avait faite et envoyée en soutien à ses amis, Emmanuel de Véricourt, François Tanguy,... Ariane Mnouchkine qui, avec Maguy Marin et Olivier Py, avaient, à la Cartoucherie, entamé une grève de la faim pour protester contre l’inaction du monde et de la France devant l’horreur qui se déroulait en Bosnie. Ils ont tenu 27 jours. La France – pas que la France... – avait fini par intervenir, pour mettre fin au régime assassin de Milosevic."
Marina Tsvétaïéva, – le refus
Ô, larmes dans les yeux !
D’amour et dire – pleurs !
Avec l’Espagne en feu,
C’est la Tchéquie au cœur !
Montagne noire, ô mont
Voilant la terre entière !
C’est l’heure où rendre mon
Billet à Dieu le Père.
Être – je dis : refus.
Parmi les non-humains
Vivre – je ne veux plus.
Avec les loups-tribuns
Hurler – je ne veux pas.
Les requins d’air et d’eau,
Ne pas les suivre en bas
Dans le courant des dos.
J’en ai trop vu, des trous
(Yeux, bouches médusés). –
Contre ton monde fou –
Mon acte : refuser.
[15 mars – 11 mai 1939]
Traduction : André Markowicz
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane