Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
10 Juillet 2026
À la première lecture de ce poème de Iwan Couée, ce ne sont pas seulement des mots qui se sont imposés à moi, mais des images en mouvement. Très vite, les vers ont fait surgir le souvenir des toiles de Pierre de Belay, vues au musée des Beaux-Arts de Quimper : ces foules de pardons et de danses où les chapeaux semblent vivre d’eux-mêmes, onduler, se répondre, former une sorte de troupeau joyeux et coloré.
Cette correspondance s’est imposée avec une évidence presque immédiate : aux « chapeaux de retour » du poème répondaient ces silhouettes peintes, emportées dans un même élan collectif, à la fois rythmé et libre.
"Bergère ô tour Eiffel le troupeau
des ponts bêle ce matin"
Apollinaire
O peuriñ kammed-ha-kammed
A-hed linennoù du-kel
O sekrejoù ruz-mouk
O vlejal, o vegeliat, o c'hwirinat
Hervez o ment
Hervez o fouez
Didrouz o spered
Didrabas o enkrez
Ahont e dremmwel ar c'hornôg
En em led a-dost hag a-bell
Tropellad marellet ar chapelioù distro
O vont hag o tont
War maezioù Breizh-Izel
O ruilhal-disruilhal
War c'hravioù ar c'hrec'hiou
O kuzhat-diguzhat
'Kreiz lusenn an niazoù
O kanañ-diskanañ
O gwenvidigezh c'hlan
Evel mesaerien ha mesaerezed
Skiltr o galvadennoù sin
Pa blav skeud an digenvez
War sked an terennoù sakr
(Iwan Couée - En ty an archeteclin - Embannadurioù Al liamm)
La Fête du 14 juillet en Bretagne, 1923, huile sur toile ©musée des Beaux-Arts de Quimper/photo Frédéric Harster
Mais à cette vitalité s’est mêlée une autre image, plus austère — celle d’un vieil homme agrippé à son chapeau, telle que l’a figuré Charles Homualk — comme si, déjà, l’ombre discrète qui traverse les derniers vers venait nuancer cette danse.
Ainsi, entre ferveur populaire et gravité silencieuse, les images picturales sont venues prolonger la lecture du poème, non pour en fixer le sens, mais pour en accompagner les résonances.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane