Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
31 Octobre 2026
Octobre : la rentrée… et un petit goût de rentrée littéraire
Comme chaque année, je me laisse tenter par le goût de la nouveauté. Résultat : mon tsundoku n’a pas vraiment diminué, mais j’ai fait des découvertes et vécu de beaux moments de lecture. Envie de les découvrir ?
Baignade surveillée – Laura Kasischke
Découverte pour moi de Laura Kasischke avec ce roman choral qui nous ramène au 16 juillet 1969, jour où, tandis que l’Amérique retient son souffle devant le départ d’Apollo 11, le petit Richie se noie dans la piscine de son quartier. Au-delà du drame, l’autrice explore avec une grande finesse les frustrations et les impatiences de l’enfance, les fragilités du couple et les tensions familiales. Une plongée dans une Amérique de 1969, ses aspirations et ses espoirs, qui fait surgir une question très personnelle : où étions-nous, ce jour-là, lorsque l’homme partait pour la Lune ? Et quel écho cette extraordinaire aventure eut-elle alors dans nos jeunes esprits ?
Sophie Divry, une découverte
Avec Rochebrune, j’ai découvert Sophie Divry, une auteure dont j’ai particulièrement apprécié la finesse dans l’analyse psychologique de ses personnages. Dans ce huis clos familial installé dans un gîte de montagne, les tensions d’un couple et les fragilités d’une famille recomposée se mêlent peu à peu à une autre inquiétude, beaucoup plus vaste : celle du changement climatique. La montagne, d’abord choisie comme décor de vacances, devient progressivement un environnement menaçant, rappelant que la nature que nous imaginons souvent domestiquée et accueillante peut brutalement nous échapper. Sans jamais alourdir son récit d’un discours démonstratif, Sophie Divry fait ainsi entrer la crise écologique dans l’intimité de ses personnages, jusqu’à nous confronter, nous aussi, à la question de notre responsabilité individuelle. Une belle découverte, suffisamment convaincante pour me donner envie d’aller voir du côté de ses autres romans… et, par la même occasion, d’augmenter encore un peu ma PAL !
Nous aussi – Anne Godard
Avec Nous aussi, d’Anne Godard, j’ai découvert un livre choc, dont la force tient autant au sujet qu’à la manière de le raconter. L’autrice fait le pari audacieux de construire son récit autour d’un seul pronom, le « on », qui englobe les membres d’une famille bourgeoise cultivée, soudée par ses habitudes, ses privilèges et ses certitudes. Une véritable performance d’écriture : à mesure que les pages défilent, ce « on » collectif, presque étouffant, finit par révéler ce qu’il dissimule, jusqu’à ce que les silences et les non-dits fissurent l’apparente harmonie familiale. Le récit prend alors une tout autre dimension, autour de la difficulté à s’affranchir du groupe pour faire entendre une voix singulière. Et le titre, Nous aussi, résonne à son tour : derrière ces mots qui peuvent exprimer la solidarité, comment distinguer une parole véritablement partagée d’un silence imposé à tous ? Un roman exigeant et bouleversant, qui montre avec une remarquable maîtrise combien les mots, jusque dans le choix d’un simple pronom, peuvent dire autant qu’ils empêchent de dire.
Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues
C’est d’abord le titre qui m’a attirée, et pour cause : je suis très, trop sans doute, attachée aux objets du quotidien. Le bol offert par une amie, dans lequel je prends mon thé chaque matin, le torchon très, très usé, parfait pour essuyer les verres du dimanche, le marque-pages offert par Maman, que je retrouve au détour d’un livre tout en haut de la bibliothèque… Autant de petits riens auxquels je serais bien en peine de renoncer. J’ai aimé la façon dont Clémentine Mélois, au moment d’une rupture, fait le tri des objets accumulés au fil de sa vie et, dans le même mouvement, revisite son histoire personnelle. Cet inventaire devient peu à peu un bilan, une manière de relire le passé à travers les traces matérielles qu’il a laissées. Car les objets ne sont jamais tout à fait des objets : ils portent des souvenirs, des histoires, une part de nous-mêmes.
Les Évadées – Marc Levy
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire Les Évadées, malgré la noirceur des sujets abordés, qui font singulièrement écho à l’actualité. Décisions gouvernementales prises au mépris de la science, recherche de profits privés démesurés, offensive contre la démocratie et la liberté de penser, désignation des immigrés comme boucs émissaires, fermes à bots alimentées par le travail forcé de personnes emprisonnées en Asie… Marc Levy rassemble dans son thriller politique bien des dérives de notre époque. Face à cette accumulation de menaces, le roman fait aussi une place à la résistance des scientifiques, soucieux de défendre l’avenir de la planète, et plus largement à celles et ceux qui refusent de baisser les bras. C’est là que réside, à mes yeux, sa force : sans nier la gravité de la situation, il nous rappelle que chacun peut agir à son échelle et contribuer à une résistance collective. Une conviction que l’auteur exprime dans un entretien accordé à La Presse, dont le titre résume joliment l’esprit du livre : « Je crois beaucoup à la résistance individuelle ». De quoi refermer ce roman avec un peu plus de confiance en l’être humain et dans sa capacité à défendre le progrès, la liberté et la démocratie.
Au tout début de ce blog, j’avais choisi de rassembler sous le titre Miscellanées de courtes notes, comme un pot-pourri de mes coups de cœur du mois : mes lectures, bien sûr, mais aussi les séries découvertes sur les plateformes que j’utilisais, ou encore les blogs et les sites intéressants que je découvrais. Ce matin, alors que je cherchais sur Internet un texte de poésie en breton, je suis tombée sur le blog de Guillaume Riou, Poussière Virtuelle. Exactement ce que je cherchais. J’ai commencé à explorer "Poussière Virtuelle" et j’y ai trouvé quantité de pistes et d’auteurs à suivre, dont certains feront sans doute l’objet de prochains billets. Et cela m’a ramenée à ce que j’aimais tant dans les blogs à leurs débuts : la curiosité, les passerelles, la circulation des idées et, tout simplement, le plaisir de partager.
Petra nevez gant ma brezhoneg ?
Ce mois-ci, deux nouvelles activités sont venues enrichir ma pratique du breton en dehors de la classe, avec toujours le même objectif : entendre la langue et oser la parler. Un digor-kalon : apéro en breton m'a permis de faire la connaissance de nouveaux bretonnants, tandis qu'une pièce de théâtre, Blaz an douar, retraçait l'évolution de l'agriculture en Bretagne des années 1950 à nos jours. J'ai également poursuivi mon exploration de l'univers de Goulc'han Kervella avec son recueil de nouvelles Dre ar Prenestr.
Enfin, ce mois particulièrement riche m'a donné l'occasion de participer à un cercle de lecture, et de rencontrer Bernez Tangi autour de son livre de dystopie politique, Ar rastellerez bras. Autant d'occasions de découvrir la richesse de la création en langue bretonne et de faire, à mon petit rythme, un pas de plus dans son apprentissage.
Au fil des expositions
La fin de l'été est souvent l'occasion d'une escapade au musée Mathurin Méheut, à Lamballe. Cette année, l'exposition faisait dialoguer les regards d'Henri Rivière et de Mathurin Méheut sur le Japon. Le parcours chronologique consacré à Henri Rivière, depuis ses travaux au Chat Noir, éclairait l'importance des rencontres qu'il y avait faites et leur influence sur ses choix techniques, notamment la lithographie et la xylographie.
Une exposition très complète, une boutique très bien approvisionnée, et l'impression fugace d’entendre la voix de Papa nous expliquer les étapes de création d’une lithographie ont contribué au succès de cette visite.
Octobre : L'été indien se prolonge
Une petite escapade en Finistère Sud : un déjeuner sous le soleil face à la mer, et une après-midi pour resserrer des liens d'amitiés.
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