Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
24 Mars 2026
Écrit en Grèce en 1937, Le Chant de ma sœur est l’un des textes les plus bouleversants de Yannis Ritsos. Le poète y accompagne sa sœur Loula au cœur de la nuit de la folie, dans un geste de tendresse et de mémoire où l’enfance, la peur et l’amour se mêlent. Né sous la dictature, ce long poème dépasse pourtant l’intime : il fait entendre la voix de tous ceux qui souffrent en silence. Ritsos sait que nul ne répond aux suppliques des peuples brisés, mais il chante — et par ce chant, il ouvre l’obscurité aux lueurs fragiles et tenaces de la fraternité.
ΘΥΜΆΣΑΙ;
Σοὖχε χαρίσει κάποτε ἡ μητέρα
ἕνα ρόδινο φόρεμα
καὶ μιὰ μικρὴ ρόδινη ὀμπρέλα.
Ἀνέβαινες τὴν ἀνθισμένη πλαγιὰ
τὸ ἐαρινὸ πρωϊνὸ
ἀνάλαφρη καὶ διάφανη
- ἕνα ρόδινο νέφος φωτὸς.
Κοιτοῦσες τὸν οὐρανὸ
σὰν κάτι ἀπὸ ψηλὰ νὰ σὲ καλοῦσε.
Μόνο οἱ θλιμμένες πλεξίδες
τῶν μαύρων μαλλιῶν σου
βάραιναν τὴ λεπτή σου ράχη.
Φοβόμουν
μήπως μιὰν ὥρα χαθεῖς
ὅμοια μὲ ρόδινο φῶς
μέσα στὴ δύση.
Μάζευα τότε
ὄστρακα στιλπνὰ
καὶ πολύχρωμα βότσαλα
ἀπ’ τ’ἀκρογιάλι τοῦ νησιοῦ μας
γιὰ νὰ δῶ τα μάτια σου
νὰ χαμογελοῦν
καὶ νὰ μαγέψω τὴν καρδιά σου
ποὺ διαλυόταν ἀθόρυβα
στὴ θλίψη τοῦ κόσμου.
Μὰ δὲν ἤξερες νὰ γελᾶς.
Ἔκανα φτερὰ τὰ δάκρυά σου
κ’ἔφευγα μακριά γιὰ νὰ σοῦ φέρω
τὴ γύρη τοῦ αἰθέρα
νὰ ραντίσω τὴ σιωπή σου.
Ὅμως δὲν ἤξερες νὰ δέχεσαι.
Χάριζες.
Μόνο χάριζες.
Ὅλα τὰ δῶρα σου
τὰ μοίρασες
κ’ ἔμειναν ἄδειες
οἱ παλάμες σου.
Ἔγειρες τὸ κεφάλι
– πικραμένο πουλί,
στὴ σκοτεινὴ φτερούγα σου
καὶτραγούδησες τὸ ἀπίστευτο τραγούδι
τοῦ πληγωμένου σύμπαντος.
Ἀδελφή μου,
ὕψωσε τὸκεφάλι.
Σκύβω σιμά σου καίσοῦ φέρνω
τοὺς παιδικούς μας ὄρθρους
ν'ἀναπνεύσεις βαθιὰ
τὴν αλμύρα τοῦ νησιοῦ μας,
τους βραδινους φλοίσβους
καὶπερνώντας τὴν ὁμίχλι τοῦ νόστου
ν'ἀράξεις κοντά μου.
Γύρισε, ἀδελφή μου,
στὴ μικρὴ Βηθλεὲμ
ποὺμᾶς γέννησε ὡραίους καὶ ταπεινοὺς
κ'ἐγώ, θὰ δεῖς, θὰ μαδήσω
τὰ ὄνειρα τῶν Ἱεροσολύμων
ποὺμ'ἔπαιρναν μακριά σου
καὶθὰ μείνω γιὰ πάντα στὸ πλάϊ σου
– ἕνα σεμνο τριζόνι,
γιὰνὰσοῦτραγουδῶ
τὰ βράδια τοῦἔαρος.
Δὲ μ'ἀκοῦς ;
Το τραγούδι της αδελφής μου
Γιάννης Ρίτσος
TE SOUVIENS-TU ?
Elle t'avait jadis offert, la mère,
une robe rose
et un petit parapluie rose.
Tu grimpais la pente fleurie
dans le matin printanier
aérienne et diaphane
– une nuée rosée de lumière.
Tu regardais le ciel
comme si quelque chose d'en haut t'invitait.
Seules les nattes affligées
de tes cheveux noirs
alourdissaient les frêles épaules.
J'avais peur
qu'en un instant tu ne périsses
Semblable à la lumière rosée
dans le couchant.
Je recueillais alors
des coquillages brillants
et des galets multicolores
sur le rivage de notre île
pour voir tes yeux
sourire
et pour ensorceler ton cœur
qui se fondait sans bruit
dans la détresse du monde.
Mais tu ne savais pas rire ;
De tes larmes j'ai fait des ailes
et loin je m'en fus pour t'apporter
le pollen de l'éther
et en arroser ton silence.
Cependant tu ne savais pas recevoir.
Tu offrais.
Tu ne savais qu'offrir.
Tous tes cadeaux
tu les partageais
et tes paumes
sont demeurées vides.
Tu inclinais la tête
– oiseau affligé,
dans l'obscurité de ton aile
et tu chantais l'étonnante chanson
de l'univers meurtri.
Ma sœur,
relève la tête.
Je me penche près de toi et je t'apporte
nos matines enfantines
pour que tu respires profondément
l'odeur salée de notre île,
les murmures du soir
et ayant traversé la brume du retour
que tu abordes à mon côté.
Retourne, ma sœur,
à la petite Bethléem
qui nous a fait beaux et humbles
et moi, tu verras, je dépouillerai
les rêves de Jérusalem
qui m'ont emporté loin de toi
et à jamais auprès de toi je resterai
– un simple grillon,
qui pour toi chantera
les nuits de printemps.
Tu ne m'entends pas ?
Traduction d'Anne Personnaz,
in Le chant de ma sœur, éditions Bruno Doucey,
avril 2013, p. 60 à 65
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane