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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

"Gwerz Darvoud Landeda" : Sur les traces d'une complainte, le drame oublié des corvéables de l'Aber-Wrac'h

Pierre-Emile Barthelemy - Naufrage sur la côte bretonne

Pierre-Emile Barthelemy - Naufrage sur la côte bretonne

C’est dans l’intimité des cahiers manuscrits de Jean de Penguern, ce juge de paix du XIXe siècle arpentant les chemins bretons en collecteur de traditions populaires, que sommeille le souvenir de bien des drames. Parmi eux, la "Gwerz Darvoud Landeda". La gwerz, souvent réduite à la simple "complainte", est pourtant bien plus vaste : elle est la chronique chantée d’une Bretagne profonde, où l’Histoire, la religion, les amours malheureuses et les faits divers tragiques se mêlent. Le "darvoud" – l'accident – en est une source inépuisable. Celui qui nous occupe, survenu le 9 février 1762, est de ceux-là : un fait divers cruel et authentique, dont les registres ont gardé la trace. Seize hommes, quinze de Landéda et un de Lannilis, convoyant une batelée de bois pour les troupes du Fort Cézon, trouvèrent la mort face à la grève de Traoñ Bizin, victimes d’une mer formée et, selon certains, d’une imprudence avinée. Réécrite et appropriée par la mémoire populaire, notamment par l'instituteur landéen François Dizerbo (Fañch ar Roz), cette gwerz nous invite à naviguer entre les faits bruts et la légende, entre l’histoire et l’art de se l’approprier. C’est cette voix, entre le De profundis et la chronique locale, que nous allons écouter aujourd'hui, en explorant également comment les peintres ont, sur leurs toiles, fixé à jamais ces épisodes où la mer rend ses morts à la terre du Finistère.

Sources :

Charles Cottet Au pays de la mer. Douleur

Charles Cottet Au pays de la mer. Douleur

GWERZ DARVOUD LANDEDA

 

C'hwezek oant aet en ur vagad

D'an Diouriz da gerc'hat koad

Da dromploù Roue da Sezon

Klevet a reot mat va rezon

Pa zistrojent en abardaez

Ar mor en Aber oa diez

O bag karget a-reaz an dour

En-doa siwazh, ezhomm sikour

Un den mat eus Plougerne

Deus ribl ar mor dezho grie

Lakait ho pag e Kameuleud

Da c'hortoz an deiz da zonet

Ar re-se a grie hag a gane

N'emañ ket amañ paotred Plougerne

Ma vijent bet barzh er vag-mañ

Pell oa ez edont o krenañ

Div eur a-veac'h goude-ze

E oant er varn dirak Doue

'Tre an Ellez ha Kameuleud

O-deveus o buhez kollet

Ur manac'h a gouent an Ellez

Oa o pourmen en e verjez

Klevout 'ra 'n hirvoud hag ar c'hri

Hag e teu war an aod d'o absolviñ

Antronoz o korfoù 'zo kavet

War ribl an aod int archedet

Ac'hano 'c'haser d'an iliz

Lavaromp evito De profundis

COMPLAINTE DE L'ACCIDENT DE LANDÉDA

 

Une batelée de seize hommes

S'en était allée au Diouris

Chercher du bois

Pour les troupes du Roi, à Cézon.

Écoutez bien ce que j'ai à dire.

À leur retour, dans la soirée

La mer était mauvaise

Leur barque chargée à ras de l'eau

Avait hélas besoin de secours

Un homme bon de Plouguerneau

De la berge leur criait

Posez votre bateau à Cameuleut

Pour attendre le jour

Mais Eux, de brailler et de chanter :

Ici, c'est pas des Plouguernéens !

Si c'en était dans ce bateau

Ça ferait longtemps qu'ils seraient là, à

trembler

Deux heures plus tard

Ils se tenaient devant le tribunal de

Dieu

Entre les Anges et Cameuleut

Ils avaient perdu leur vie

Un moine du couvent des Anges

Prenait l'air dans son verger

Il entend les plaintes et les cris

Et se rend sur la grève pour leur donner

l'absolution

Le lendemain, on retrouva leurs corps

Qu'on mit en bière sur la rive

De là, on les mena à l'église.

Récitons pour eux le De Profundis

E Landeda neb a vije

Kriz vije galon na ouelje

O welet c'hwezek den beuzet

O vont asamblez d'ar vered

O welet pevarzek intañvez

O kas o friejoù d'ar bez

O klevet leñv ar minoret

O vont eus an iliz d'ar vered

Bremañ ez an d'o envel deoc'h

Pedit 'vit ma vezint e peoc'h

Filibert Chapel, ar c'habiten

Ian an Aod a Gerheulgwen

Ian an Deun, Goulc'han Gwizioù

Frañsez Pailher a Gersaloù

Charlez Terene ha Ian Seite o-daou a

garter Kervire

Jakez ar Roz, Laorañs Goulc'hen

An Abguillerm, Jakez Wegen

An daou Germoal, Tangi Kleger

Ar C'heradanet, Laou ar Pailher

Quiconque à Landéda se serait trouvé

Aurait montré un cœur cruel s'il n'avait

pas pleuré

En voyant ces seize noyés

Portés ensemble vers le cimetière

En voyant quatorze veuves

Menant leurs époux à la tombe

En entendant les plaintes des orphelins

Allant de l'église au cimetière.

Maintenant, je vais vous les nommer

Priez pour qu'ils reposent en paix

Philibert Chapel, le capitaine

Jean Laot de Kerheulguen

Jean Le Deun, Goulven Guiziou

François Pailler de Kersalou

Charles Théréné et Yann Séité

Tous deux de Kerviré

Jacques Le Roz, Laurent Goulhan

L'Abguillerm, Jacques Gueguen

Les deux Kerarmoal, Tanguy Cléguer

Keradanet, Guillaume Pailler

Evariste Vital Luminais - La Veuve

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Lucien Simon Procession à Penmar'ch

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Emile Renouf - la veuve de l'île de Sein

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