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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Dans l’œil du chardonneret — Ossip Mandelstam

Ce matin, un poème de Mandelstam, l’un des plus miraculeux surgis des années de Voronèje. Là, l’exilé vivait avec Nadejda, dans ce qui tenait moins de l’exil que du sursis, juste avant sa seconde arrestation. Il avait acheté un chardonneret pour le fils de sa voisine : avait-on suspendu la cage ouverte à un arbre de la cour, ou l’avait-on déjà relâché, ce minuscule éclat bariolé aussitôt enfui vers la branche la plus haute ?

De cette fugue naquit un poème, daté du 27 décembre 1936. Deux ans plus tard, jour pour jour, Mandelstam mourait au camp de transit de Vtoraja Retchka, près de Vladivostok.

Rien, dans la vie d’un poète, ne semble jamais tout à fait dû au hasard.

  Carel Fabritius (1622-1654), « Chardonneret », 1654, h/b 33,5×22,8, Mauritshuis Museum, La Haye.

Carel Fabritius (1622-1654), « Chardonneret », 1654, h/b 33,5×22,8, Mauritshuis Museum, La Haye.

Мой щегол, я голову закину -
Поглядим на мир вдвоём:
Зимний день, колючий, как мякина,
Так ли жёстк в зрачке твоём?

Хвостик лодкой, перья чёрно-жёлты,
Ниже клюва в краску влит,
Сознаёшь ли - до чего щегол ты,
До чего ты щегловит?

Что за воздух у него в надлобье -
Чёрн и красен, жёлт и бел!
В обе стороны он в оба смотрит - в обе! -
Не посмотрит - улетел!


О.Э.Мандельштам
Декабрь 1936 г

 

(O. Мандельштам. «Полное собрание стихотворений», Санкт-Петербург. Новая библиотека поэта.

Стр. 252)

    Mon chardonneret, je te regarde d’en-bas.
    Ensemble observons l’univers, à deux.
    C’est jour d’hiver,  piquant comme balle de blé.
    Dans ta pupille aussi ça pique autant ?

    Queue en soucoupe, et plumes en noir-et-blanc,
    Sous le bec une vraie raclée de couleurs !
    Te rends-tu bien compte, mon chardonneret
    De ta prestance, de ta beauté ? 

    Et cette bulle d’air au-dessus de ton bec,
    Ce noir et rouge, ce jaune et blanc !
    Tes yeux rivés des deux côtés, des deux !
    Non, il ne verra rien – il s’est enfui !

Ossip Mandelstam, 27 décembre 1936.

Sources : Editeurs Réunis

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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane

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Y
J'ai une pensée pour le rébète Markos Vamvakaris qui disait trouver l'inspiration de sa musique en écoutant le chant des chardonnerets. Il était entouré d'une soixantaine de cages d'oiseaux quand il composait.
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