Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
24 Juin 2024
A nouveau un extrait de C. Bobin. Consacré à Camille Claudel...
"C'est la décision la plus évidente du monde que de donner à une rose le nom de Camille Claudel. Toute son œuvre est traversée du flux sans cesse renouvelé des étoiles. Elle a enfanté des rivières de bronze. Elle est bâtie comme une rose de douleur dont le centre abrite la plus grande lumière que nous puissions, vivants, jamais connaître....
Quand je suis devant La petite Châtelaine, l'enfant est si sensible que le marbre de ses joues frémit sous le souffle de mon regard.
La petite Châtelaine devrait être exposée seule, dans une pièce vide. Un météore tombé de l'invisible auquel jadis les hommes croyaient.
Camille a extrait des ténèbres ce bloc irradiant de sensibilité sans lequel nous ne serions rien. Nous devons tout à cette abandonnée. Tout. Aujourd'hui le peuple des roses s'incline devant sa reine."
Christian Bobin - extrait "Le murmure"
Pendant l’été 1892, Camille Claudel réalise, lors d’un séjour au château de l’Islette à Azay-le-Rideau, le portrait de Marguerite Boyer, petite fille des propriétaires alors âgée de six ans. Alors qu’Auguste Rodin travaille au monument à Balzac, il fait plusieurs voyages en Touraine à la recherche de documentation, mais aussi d’un modèle vivant qui puisse poser pour le portrait de l'écrivain. Camille Claudel l'accompagne lors de ces voyages, puis, en 1892, séjourne seule à l'Islette.
Terminée en 1893, la première version en plâtre de ce buste est exposée au Salon de la Libre esthétique à Bruxelles en 1894 sous le titre La Contemplation, puis la même année à Paris au Salon de la Société nationale des beaux-arts sous le nom de Portrait d’une petite Châtelaine. Cette œuvre rencontre un tel succès que Camille Claudel en réalise plusieurs versions en plâtre, en bronze et en marbre.
Les critiques de l’époque insistent sur la nouvelle dimension que prend l’œuvre de Camille Claudel avec ce buste. La petite fille est représentée le regard inquiet et interrogatif, ce qui la distingue des portraits d’enfants traditionnels et anecdotiques présentés chaque année au Salon. Ce regard renvoie à un questionnement universel qui fait de ce buste bien plus qu’un portrait fidèle. Ainsi, Camille Claudel affirme sa modernité et son appartenance à la sphère des artistes symbolistes.
Sources : Musée Camille Claudel
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane