Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
26 Juin 2026
Parmi les découvertes qui jalonnent mon apprentissage du breton, le duo Ton Sull Ton Null occupe une place à part. Formé par Neven Le Pennec et Rodéric Halleguen, ce projet né entre Brest et Rennes revisite avec humour et simplicité l’esprit de La Chanson du Dimanche : des chansons filmées en extérieur, en acoustique, avec des paroles inédites en breton. Derrière leur légèreté apparente, ces créations portent aussi un regard attentif sur l’actualité et la défense des langues régionales. Cette gavotte, enregistrée avec le député Paul Molac à l’occasion du débat sur sa loi en faveur des langues régionales, célèbre avec énergie et malice la diversité linguistique, rappelant que la richesse des langues est aussi précieuse que celle de la biodiversité.
Evidoc’h merc’hed yaouank, ha c’hwi paotred ivez
Omp bet da wel’t ar re gozh du-hont en asamble
Evit poent int ankeniet gant ur c’hleñved er vro
Ha ne welont ket al liamm, gant kudenn an endro
Rag mont a ra war ziskar bep a spesad a zo
‘N eus ken met war an tele e weler anezho
Ha pa erru ur virus, en tu all d’ar blanedenn
‘N em ledañ a ra diouzhtu, ‘vel pa darzh ar boultrenn
Me ho ped ‘ba’ ‘n asamble, heuliit ar vroioù all
Na laoskit ket ur yezh-vrav bevan dreist d’ar re all
Bep a spesad er c’hoad-vras ‘sikour ‘n eil d’egile
Ma flastrit ar re vihan, ar re vras a varv ivez
Pa vo ken ‘met ar saozneg e-barzh beg pep hini
Ker po difenn ar galleg, e gwac’ho ar brini
Dindan gwac’hoù ar brini tremener ‘vit tud foll
O deus huñvreet ur yezh, hag ur bed fin ha foll
N’eo ket follentez ‘m eus aon, da gomz yezh ma zadoù
Ha treuzkas d’am vugale, un nebeud deus ma zraoù
Ha ma n’omp ket sikouret, e krapo an dispriz
Hag a vago dismegañs, etre Breizh ha Pariz
Aotrou Dupond-Moretti, giz ur gwir denelour
Diskouezit eo faziet, le Fur gant ho komzoù flour
Roselyne Bachelot hag a skriv war dispriz he vamm-gozh
Poent eo stourm evit cheñch liv ha difenn ar yezh-kozh
Aotrou Frederic Fromet, a gan « tri martolod »
Pedit ‘n omp war Frañs Inter, graet vo « battle gavotte »
Surwalc’h ‘p eus ket komprennet petra oemp o kontañ
‘M eump ket komzet siwazh deoc’h, na deus gwin na deus bara
Ha ma faota deoc’h un deiz, kaout ar chañs da gompren
Poent eo heuliañ Paul Molac, a votiñ al lezenn !
voici une tentative de traduction (soyez indulgents)
Vous, les jeunes filles, et vous les garçons aussi,
Nous sommes allés voir les anciens là-bas, à l'Assemblée.
Pour l'instant, ils sont préoccupés par une maladie dans le pays,
Mais ils ne voient pas le lien avec les problèmes de l'environnement.
Car les espèces disparaissent les unes après les autres,
Et bientôt on ne les verra plus qu'à la télévision.
Puis lorsqu'un virus surgit à l'autre bout de la planète,
Il se répand aussitôt comme une explosion de poudre.
Je vous invite à l'Assemblée : suivez l'exemple des autres pays,
Ne laissez pas une belle langue survivre au détriment des autres.
Chaque espèce dans la grande forêt aide les autres à vivre ;
Si vous écrasez les petites, les grandes mourront aussi.
Quand il n'y aura plus que l'anglais dans la bouche de chacun,
À force d'avoir voulu défendre le français, les corbeaux vous croasseront dessus.
Sous les croassements des corbeaux passeront pour des fous
Ceux qui auront rêvé d'une langue et d'un monde plus riches.
Ce n'est pas une folie, j'en suis convaincu, de parler la langue de mes pères
Et de transmettre à mes enfants quelques-unes de mes richesses.
Et si nous ne sommes pas soutenus, le mépris grandira,
Nourrissant l'incompréhension entre la Bretagne et Paris.
Monsieur Dupond-Moretti, en véritable avocat,
Montrez que Le Fur s'est trompé malgré ses paroles bien tournées.
Roselyne Bachelot, qui a écrit sur le mépris subi par sa grand-mère,
Il est temps de changer les choses et de défendre notre vieille langue.
Monsieur Frédéric Fromet, qui chante « Tri Martolod »,
Invitez-nous sur France Inter, nous ferons une « battle de gavottes » !
Peut-être n'avez-vous pas compris ce que nous racontions :
Nous ne vous avons malheureusement parlé ni de vin ni de pain...
Mais si un jour vous souhaitez avoir la chance de comprendre,
Il est temps de suivre Paul Molac et de voter la loi !
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane