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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Veille de lumière — Échos d’une nuit qui veille

Jules Breton - fête de la Saint Jean

Jules Breton - fête de la Saint Jean

À la tombée de la plus courte nuit de l’année, où naguère les feux de joie dansaient dans les campagnes bretonnes et où l’air vibrait de vie et de souvenirs, Anjela Duval nous fait entendre la douce nostalgie de cette veille de Saint-Jean, entre ombre tendre et feu qui s’éteint.

Noz derc’hent Gouel Yann

Noz verrañ ar bloaz. Noz an deiz hirañ.
Dek eur ! An noz na gouezh ket.
Sklaer-hewel pep tra er pellder.
An oabl en deus un amliv hanter gañv :
Glas-mouk tanav, dibafalus, dilavarus,
Liv d’ar c’hevrin. Liv d’an hiraezh,
Liv d’an eñvor.
Splann al loar. Kann
— Diwelus c’hoazh ar stered. —
An noz he deus un neuz soñjus
Un soñj hiraezhus — ha kañvaouus moarvat —
D’ar boazioù kouezhet en tremened.
Splannder ha levenez kent
An nozvezhioù derc’hent Gouel Yann.
E maezioù Breizh hag er bourkoù bihan.
Flammoù ruz-tan o sevel a bep kêriadenn.
C’hwezh ar moged en aer noz.
Youc’hadennoù skiltrus bugale
Krapet war ar c’hleuzioù
En-dro d’an tuchennoù
O kontañ an Tantadoù
Tro-war-dro.
Hengounioù aet da get.
Re aezet dioueret ‘velkent,
Gant ar yaouankiz a-vremañ ;
— Pelec’h emaint-i ? ar yaouankiz birvidik ?
— O tiouennañ er skolioù (da c’hortoz divroañ)
Dre ur sevenadur disheñvel diouzh ijin o gouenn.
Henozh hepken ‘us d’ar glenn
Tantad sioul. Tantad yen :
Al loar splann,
En he C’hann
Hec’h-unan
O skediñ war al lann.
Noz derc’hent Gouel Yann…

23 a viz Mezheven 1964

La veille de la Saint-Jean
 

La nuit la plus courte. La nuit du jour le plus long.
Dix heures ! La nuit ne vient pas.
Toute chose visible dans les lointains.
Le ciel moitié couleur de deuil :
Un bleu pourpre clairsemé, éteint, ineffable,
Couleur de secret. Couleur de nostalgie
Couleur de souvenir.

Claire la lune. Très blanche
— Les étoiles restent invisibles. —
La nuit prend un air rêveur
Nostalgie — lugubre assurément —
Des habitudes tombées dans le passé.
Clarté et bonheur d’autrefois
Des soirées de veille de la saint-Jean.
Dans les campagnes bretonnes, les petits bourgs.
Des flammes d’un rouge vif s’élevaient de chaque village.
L’odeur de la fumée dans l’air nocturne.
Les cris perçants des enfants
Juchés sur les talus
Sur les hauteurs
Ils comptent les feux de joie
Tout autour.

Coutumes disparues.
Auxquelles les jeunes d’aujourd’hui
Renoncent trop aisément.
— Où es-tu, jeunesse remuante ?
— A l’école, à te détruire (en attendant l’exil)
Dans une culture contraire à l’esprit de ton peuple.

Ce soir seulement au-dessus de la vallée
Un feu tranquille. Un feu froid :
La lune claire
Dans sa Plénitude
Seule
Étincelant sur la lande.
Veille de la saint-Jean…

23 juin 1964

(Traduction Paol Keineg)

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