Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
27 Janvier 2026
Sous son titre hébreu Lo tirtsa’h – Tu n’assassineras pas –, Claude Vigée rappelle le commandement primordial sans cesse trahi. De la marche des rescapés « hors du feu » jusqu’au monde d’aujourd’hui où « le meurtre seul est à l’honneur », le poème traverse le temps de la Shoah pour dire la permanence du mal. Quatre-vingt ans après, l’histoire semble encore attendre sa victime, et Caïn demeure notre frère : celui pour qui le plaisir de tuer reste l’unique loi.
Leçon de la Shoah
Lo tirtsa'h 1
Hors du feu nos pieds nus
nous ont portés sur la terre nocturne :
entre les ronces desséchées,
à travers un désert d’étoiles et de pierres
où nos années, une à une, tombèrent,
figues mûres dans ténèbres.
Et maintenant comme autrefois
sur cette friche où nous passons
le meurtre seul est à l’honneur :
dans nos jardins, dans nos maisons,
l’écho de la terreur
toujours demeure de saison.
Cinquante ans après la Shoah
l’histoire attend sa nouvelle victime :
n’en finirons-nous pas de vivre et d’endurer !
Dans l’enfer de son cœur la soif de torturer
à l’homme sans amour, à l’homme sans torah,
tient lieu de paradis.
Habité par son mauvais rêve,
au feu de la colère
il rallume sa foi.
Chaque bourreau se fait grand-prêtre de l’abîme ;
et lorsque tout est dit,
pour Caïn notre frère
– l’enfant préféré d’Ève –
le plaisir de tuer reste l’unique Loi.
In L’homme naît grâce au cri, Apprendre la nuit – Poèmes choisis (1950-2012), © Points Seuil, 2013, p.222
1 « Tu n’assassineras pas. »
27 janvier. Se souvenir. Que jamais le commandement Lo tirtsa’h – « Tu n’assassineras pas » – ne soit oublié !
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