Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
15 Octobre 2025
Pour célébrer ses 40 ans, le Musée de Pont-Aven s’offre une exposition d’envergure : « Sorcières ! 1860-1920 : Fantasmes, savoirs, liberté ». Plus de 200 œuvres déploient sur 320 m² un fascinant voyage à travers les visions masculines de la sorcière au XIXᵉ siècle — entre peur et désir, science et imagination. Une plongée dans les zones d’ombre et de lumière du regard porté sur les femmes, où l’art s’empare d’un mythe ancien pour le réinventer.
Pont-Aven fête son musée comme on célèbre une amie fidèle : avec éclat et exigence. Depuis 1985, ce lieu à taille humaine s’est imposé comme un phare de la création bretonne et symboliste. Pour ses quarante printemps, il réunit des œuvres venues de la Tate de Londres et du Musée d’Orsay, et confirme son rôle de passeur entre les arts et les idées. Cette exposition-anniversaire n’est pas seulement une rétrospective, mais une invitation à penser autrement la figure féminine dans l’histoire de l’art.
Et puisque certaines œuvres ensorcellent plus que d’autres, voici quelques images de celles qui m’ont le plus séduite lors de cette visite.
Pour revisiter les stéréotypes d’hier
Au fil des salles, les œuvres révèlent la violence symbolique du regard masculin. Du Malleus Maleficarum, manuel de chasse aux sorcières publié en 1486, aux peintures du XIXᵉ siècle mêlant désir et effroi, la femme y apparaît tour à tour tentatrice, victime ou démon.
« Cette chasse aux sorcières était en réalité une chasse à la femme indépendante », rappelle Sophie Kervran, directrice du musée. Une manière de montrer que les peurs anciennes ont longtemps servi à contrôler les corps et les libertés féminines.
Pour interroger notre époque
Mais l’exposition ne s’arrête pas à ce constat. À côté de ces visions masculines surgissent des voix contemporaines, celles d’artistes femmes qui se réapproprient la figure de la sorcière. Certaines s’en réclament même avec fierté. Depuis Michelet et sa Sorcière publiée en 1862, la figure honnie est devenue symbole de savoir, de communion avec la nature et de résistance. Le parcours évoque ainsi la renaissance d’un mythe devenu étendard pour les écoféministes d’aujourd’hui.
Pour sa richesse et sa diversité
Foisonnante sur le fond comme sur la forme, « Sorcières ! » réunit huiles, gravures, sculptures, photographies, livres anciens et objets d’art. Certaines œuvres sont signées d’artistes célèbres, d’autres révèlent des créateurs oubliés. Cette diversité rend l’ensemble vibrant, plein de découvertes. On passe de la fascination à la tendresse, du fantastique au politique, comme si chaque regard sur la sorcière révélait un peu de notre propre époque.
Pour conclure :
Riche, engagée, subtilement scénographiée, cette exposition s’impose comme l’un des temps forts de l’année culturelle bretonne. Fidèle à son esprit d’ouverture, le Musée de Pont-Aven continue d’allier beauté plastique et réflexion. Hâtez-vous, l'exposition ferme ses portes le 16 novembre prochain.
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane