Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
13 Octobre 2025
Le rébétiko, c’est la voix rauque d’une Grèce de l’ombre, celle des ports, des bas-fonds et des cœurs cabossés. Longtemps méprisée, cette musique des marges a su dire, mieux que toute autre, la douleur et la fierté d’un peuple en exil intérieur. Michel Volkovitch, dont j’ai souvent partagé les traductions, nous en ouvre ici les portes avec la générosité et la précision d’un passeur de cultures. À travers sa plume, les mots rugueux des rébètes retrouvent leur souffle, leur gouaille, leur mélancolie. Cette chanson, Yendi Koule, Mitsàkis, 1957 est l'une de ces perles brutes qui font résonner tout un monde disparu — celui des tavernes enfumées, des amours perdus et des nuits sans lendemain.
Dix ans après "Nuit sans lune" de Kaldaras, Mitsàkis compose : Yendi Koulé
Βράδιασε και στο Γεντί Κουλέ,
σωπάσανε τα σήμαντρα, σκοτάδι είναι βαθύ.
Κάποιος όμως, κάποιος που πονάει
δεν μπορεί να κοιμηθεί.
Έλα, μανούλα μου, πριν με δικάσουνε,
κλάψε να μ’ απαλλάξουνε.
Δεν είναι το σφάλμα μου βαρύ,
βαριά όμως τα σίδερα, βαριά κι η φυλακή.
Είναι πόνος, πόνος και μαράζι
αδικία να σε βρει.
Έλα, μανούλα μου, πριν με δικάσουνε,
κλάψε να μ’ απαλλάξουνε.
Βράδιασε μες στο Γεντί Κουλέ.
Ο κόσμος έξω χαίρεται την όμορφη ζωή
κι εγώ στενάζω, στενάζω νύχτα-μέρα
μέσα εδώ, μέσα ’δώ στη φυλακή.
Έλα, μανούλα μου, πριν με δικάσουνε,
κλάψε να μ’ απαλλάξουνε.
Γιώργος Μητσάκης
Μουσική: Γιώργος Μητσάκης
1. Στέλιος Καζαντζίδης
YENDI-KOULÈ
Yendi-Koulè, la nuit succède au jour,
la prison silencieuse est noire comme dans un four.
Quelqu'un pourtant, à force de tant souffrir,
n'arrive plus à dormir.
Pour qu'on m'acquitte, viens au jour du jugement,
et pleure, ma petite maman.
Mon crime à moi, tu vois, n'est pas bien lourd,
mais lourdes sont mes chaînes et mes nuits et mes jours.
quelle injustice de me faire comme ça punir,
d'être ici à croupir.
Yendi-Koulè, la nuit remplace le jour,
dehors les gens profitent de la vie et de l'amour,
et moi dedans, jour et nuit je soupire,
moi je ne peux pas sortir.
Paroles et musique : G. Mitsakis
Traduction : Michel Volkovitch
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane