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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Alfonso Gatto, ou la parole à vif

Alberran Cabrera - Nyx #21

Alberran Cabrera - Nyx #21

Poète du sud, marqué par la guerre, l’exil intérieur et la lutte contre le fascisme, Alfonso Gatto fait de la poésie un acte d’urgence : un « salut désespéré » lancé à la vie. Refusant toute image de lui-même autre que celle donnée par ses mots, il confie à la langue la tâche de dire qui il fut, comment et pourquoi il vécut. Peintre autant que poète, nourri de symbolisme français, sensible au surréalisme mais fidèle aux bruissements populaires et à l’oralité des origines, Gatto développe une voix âpre et colorée, étrangère à l’hermétisme pur. Sa poésie dense, crépusculaire, hantée par la mort et le quotidien fragile, mêle foi obstinée en l’homme et conscience aiguë du néant. Témoin amoureux et solitaire du XXᵉ siècle italien, il demeure l’un de ceux pour qui écrire fut à la fois espérance, combat et dépouillement extrême.

Dans Cenere, Alfonso Gatto fait entendre l’ignorance essentielle qui accompagne toute existence, figurée par une descente lente et inévitable de l’ombre dans le quotidien. Noms, faits, visages se dissolvent aussitôt qu’ils apparaissent, jusqu’à révéler que ce que nous ne savons pas, c’est peut-être notre propre identité, vouée au silence de la mort. La poésie devient alors le lieu lucide et sans illusion où cette disparition peut encore être dite.

Cenere

 

Quello che non sappiamo come un sogno,

come la pioggia, scende in cuore a sera.

Il freddo stringe sulle cose il lume,

lo squallore perenne dei giornali

abbandonati sulle strade, nomi,

fatti perduti appena nati, cenere.

 

Quello che non sappiamo come un treno

solo nel mondo giunge coi fantasmi

alle case di nebbia: da lontano

un bubbolìo di sonagliere, il carro

delle notti serene.

 

Quello che non sappiamo come il freddo,

come la neve, scende sulle tombe.

Udimmo il vento porgere alle cose

il pensiero che l’ombra le fa sole.

 

Quello che non sappiamo è forse il volto,

il nostro volto che la morte un giorno

suggellerà col suo silenzio: nomi,

fatti perduti appena nati, cenere.

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