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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Hymne à la mémoire et à la renaissance : l’envoûtante interprétation de CHÓRES

Paul Gauguin - Garçon endormi

Paul Gauguin - Garçon endormi

Dans un monde où les traditions vocales trouvent souvent refuge loin des projecteurs, l’ensemble féminin CHÓRES se distingue par une approche profondément vivante et contemporaine du chant choral. Née à Athènes sous l’impulsion de Marina Satti, cette chorale réunit plus de 150 femmes de 15 à 60 ans pour revisiter et sublimer le répertoire traditionnel grec et méditerranéen tout en y insufflant une esthétique moderne et sensuelle. Plus qu’un simple chœur, CHÓRES incarne une communauté artistique où musique, danse et expression collective fusionnent pour redonner voix à des chants ancestraux et les projeter vers de nouvelles résonances — comme en témoigne leur interprétation saisissante, empreinte d’une émotion brute et d’une énergie partagée, que l’on découvre dans la performance ci-dessous :

Berceuse traditionnelle transmise de génération en génération, « Ύπνε που παίρνεις τα παιδιά » appartient au cœur du νανουρίσμα grec : un chant domestique, souvent féminin, où la mère invoque le Sommeil comme une présence quasi mythologique. Sous l’apparente simplicité du balancement mélodique affleure une profondeur symbolique typiquement hellénique : l’enfant est appelé à grandir « comme une montagne », « droit comme un cyprès », ses branches tendues « vers l’Orient et l’Occident ». À travers ces images, la berceuse devient bénédiction, projection d’avenir et mémoire d’un monde méditerranéen traversé d’influences — jusque dans l’évocation de Venise, trace des circulations historiques entre Grèce et Occident. Musicalement, la ligne modale, proche des échelles orientales, cultive cette douceur légèrement mélancolique, cette harmolýpi (joie mêlée de tristesse) si caractéristique de la sensibilité grecque.

Le texte révèle aussi les strates historiques complexes de la Grèce. La mention des vêtements de Venise ("Στη βενετιά τα ρούχα σου") ancre la chanson à l'époque de la domination vénitienne, où la Sérénissime représentait le luxe suprême. Parallèlement, le terme "γκιουλ μπαξέ" (jardin de roses, d'origine turque) témoigne des siècles d'influence ottomane. Cette berceuse est donc un précieux témoignage, mêlant l'intimité du lien maternel aux grandes influences historiques qui ont façonné l'identité culturelle grecque

L’interprétation qu’en propose l’ensemble féminin Chores déplace cette intimité vers une expérience collective. Là où la berceuse naît d’une voix seule penchée sur le berceau, la polyphonie élargit l’espace sonore : les timbres se superposent, les respirations se répondent, et la pulsation devient presque organique. La douceur initiale ne disparaît pas, mais elle s’intensifie — portée par une énergie commune qui transforme le geste maternel en rituel partagé. Chez Chores, la tradition n’est ni figée ni folklorisée : elle respire, s’incarne physiquement, et fait de cette prière murmurée à l’enfant une méditation chorale sur la mémoire, la transmission et la force du collectif.

Marry Cassatt - Maternité

Marry Cassatt - Maternité

Ύπνε που παίρνεισ τα παιδιά Έλα πάρε και τούτο Μικρό μικρό σου το 'δωσα Μεγάλο φέρε μου το
Μεγάλο σαν ψηλό βουνό Ίσιο σαν κυπαρίσσι Οι κλώνοι του να φτάνουνε Σ' ανατολή και δύση
Κοιμήσου και παράγγειλα Στην πόλη τα προικιά σου Στη βενετιά τα ρούχα σου Και τα χρυσαφικά σου
Νάνι νάνι νάνι νάνι Το μωράκι μου να κάνει Έλα ύπνε πάρε μού το Και γλυκά αποκοίμισέ το
Νάνι που το μεγάλωσαν Τρεισ αδερφέσ και μάνα Και πάλι δεν τουσ φτάνανε Πήραν και παραμάνα
Ύπνε που παίρνεισ τα παιδιά Έλα πάρε και τούτο Να μου το πασ στον γκιουλ μπαξέ Και πάλι φέρε μου το
Κοιμήσου χαϊδεμένο μου Κι εγώ σε νανουρίζω Στην αγκαλιά μου σε κουνώ Και σε γλυκοκοιμίζω
 
Δημοτικό Δράμας - Επεξεργασία Χρήστος Σαμαράς
Chagall - maternité

Chagall - maternité

Ô sommeil, toi qui emportes les enfants,
Viens, emporte aussi celui-ci.
Je te l'ai donné tout petit,
Rends-le moi grand.
Grand comme une haute montagne,
Droit comme un cyprès,
Ses branches atteignant
L'Orient et l'Occident.
Dors, et commande
Ta dot à la ville,
Tes vêtements à Venise,
Et tes bijoux.
Nan-nan, nan-nan, nan-nan,
Que mon petit bébé fasse dodo.
Viens, ô sommeil, prends-le moi,
Et endors-le doucement.
Dodo, celui que trois sœurs et leur mère ont élevé,
Et comme cela ne leur suffisait pas,
Elles ont pris aussi une nourrice.
Ô sommeil, toi qui emportes les enfants,
Viens, emporte aussi celui-ci.
Emmène-le moi au jardin de roses 
Et ramène-le moi.
Dors, mon enfant chéri,
Et moi je te berce.
Je te balance dans mes bras,
Et je t'endors doucement.
 

(Essai de traduction, soyez indulgents)

 

 

 

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