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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

La somme des temps, ou l’instant des mains jointes

Dans Las Causas, Borges déploie une vertigineuse cartographie du temps et de l’histoire, où les mythes fondateurs, les batailles antiques, les formes poétiques et les gestes d’écriture composent une même trame. Rien n’y est isolé : chaque événement, du jardin d’Éden à la chute des rois, participe d’une chaîne infinie de causes et de résonances. Mais au terme de cette traversée érudite et cosmique, le poème se resserre soudain sur un point d’incandescence intime : la rencontre de deux mains. Ainsi, l’immensité du passé trouve son sens dans un instant fragile et humain, comme si tout ce qui fut avait conspiré à rendre possible cette simple proximité — peut-être l’amour, peut-être l’amitié, peut-être seulement la reconnaissance silencieuse de l’autre.

Cueva de las manos

Cueva de las manos

Las causas

Los ponientes y las generaciones. 
Los días y ninguno fue el primero. 
La frescura del agua en la garganta 
de Adán. El ordenado Paraíso. 
El ojo descifrando la tiniebla. 
El amor de los lobos en el alba. 
La palabra. El hexámetro. El espejo. 
La Torre de Babel y la soberbia. 
La luna que miraban los caldeos. 
Las arenas innúmeras del Ganges. 
Chuang-Tzu y la mariposa que lo sueña. 
Las manzanas de oro de las islas. 
Los pasos del errante laberinto. 
El infinito lienzo de Penélope. 
El tiempo circular de los estoicos. 
La moneda en la boca del que ha muerto. 
El peso de la espada en la balanza. 
Cada gota de agua en la clepsidra. 
Las águilas, los fastos, las legiones. 
César en la mañana de Farsalia. 
La sombra de las cruces en la tierra. 
El ajedrez y el álgebra del persa. 
Los rastros de las largas migraciones. 
La conquista de reinos por la espada. 
La brújula incesante. El mar abierto. 
El eco del reloj en la memoria. 
El rey ajusticiado por el hacha. 
El polvo incalculable que fue ejércitos. 
La voz del ruiseñor en Dinamarca. 
La escrupulosa línea del calígrafo. 
El rostro del suicida en el espejo. 
El naipe del tahúr. El oro ávido. 
Las formas de la nube en el desierto. 
Cada arabesco del calidoscopio. 
Cada remordimiento y cada lágrima. 
Se precisaron todas esas cosas 
para que nuestras manos se encontraran.

Petite note de bas de page : 

La Cueva de las Manos, Río Pinturas, renferme un ensemble exceptionnel d’art rupestre exécuté il y a de cela 13 000 à 9 500 ans. Elle doit son nom (grotte aux mains) aux impressions de mains – comme au pochoir – réalisées sur ses parois, mais comprend aussi de nombreuses représentations d’animaux, notamment de guanacos (Lama guanicœ ) qui sont toujours présents dans cette région, ainsi que des scènes de chasse. Les auteurs de ces peintures pourraient avoir été les ancêtres des communautés historiques de chasseurs-cueilleurs de Patagonie rencontrées par les colons européens au XIXe siècle.

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