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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Miscellanées # 84

J. Turner - Paysage avec une rivière au loin et baie

J. Turner - Paysage avec une rivière au loin et baie

Mai : des nouvelles de mon tsundoku

Dans mes lectures de mai, un détour par Meurtres sur l’île d’Ouessant, treizième enquête du commissaire Dupin imaginée par Jean-Luc Bannalec, amoureux déclaré de la Bretagne. On y retrouve ce mélange si caractéristique de paysages battus par les vents, de légendes insulaires et d’enquête policière, entre brumes d’Ouessant, secrets tus et détails savoureux — comme ce fameux « baume tempête » qui aurait provoqué en Allemagne une hausse inattendue des ventes après son apparition dans les romans. Une Bretagne à la fois romanesque et consolatrice.

J’ai également refermé Émerveillement de Aurélie Valognes. Sans prétention littéraire particulière, le roman offre une lecture réconfortante et apaisante dans le climat anxiogène actuel, avec en filigrane une belle invitation à ralentir et à renouer avec la nature. J’y ai surtout glané quelques noms de poétesses et romancières québécoises engagées dans la défense du vivant, belles découvertes à explorer plus avant et à partager sur le blog dans les semaines à venir.

Dans un registre encore différent, L'Arbre aux haricots de Barbara Kingsolver m’a accompagnée en mai. Ce premier roman, à la fois drôle, tendre et profondément humain, suit la fuite vers l’Ouest de la jeune Taylor Greer, décidée à échapper au destin tout tracé des filles de son Kentucky natal, avant de voir sa route bouleversée par l’arrivée inattendue d’une petite enfant confiée presque en silence sur un parking d’Oklahoma. Derrière l’humour chaleureux et les dialogues pleins de vie, Barbara Kingsolver fait affleurer une Amérique des marges, traversée par les violences sociales, l’exil, les maternités contraintes et les solidarités improvisées. Ce qui frappe surtout, c’est cette manière de faire pousser l’espoir dans les terres les plus sèches, comme ces haricots du titre capables de survivre dans le désert grâce aux liens invisibles qu’ils tissent sous terre. Une lecture lumineuse et généreuse, où l’amitié, les familles choisies et l’attention aux plus fragiles composent une forme discrète de résistance.

 

Dans mes lectures de mai, j’ai aussi glissé quelques pages d’Ailleurs, chez moi de Douglas Kennedy, un livre à part dans son œuvre, quelque part entre le récit autobiographique, le carnet de voyage et l’essai politique. Tout part d’une remarque lancée lors d’un salon littéraire en France, où l’auteur se voit qualifié de « plutôt raffiné pour un Américain ». La phrase agit comme une écharde discrète, et Kennedy entreprend alors de revisiter son propre pays, ses contradictions, ses fractures et ses mythologies. 

Au fil des pages, il traverse autant les paysages américains que ses souvenirs personnels, mêlant jazz, littérature, enfance new-yorkaise et Amérique trumpiste dans une réflexion très incarnée sur l’identité. Un texte vivant, souvent drôle, parfois mélancolique, qui ressemble moins à un manifeste qu’à une longue conversation au coin d’un bar de Manhattan, avec en fond sonore un vieux standard de Billie Holiday et les néons d’un pays qui doute de lui-même

Mai : j'ai continué à aligner mes kilomètres à la piscine....😁

 

Mai : je poursuis mes balades en breton, organisées chaque mois, par Ti-ar-vro, et découvre le patrimoine historique de mon "pays" tout en enrichissantmon glossaire de botanique... Que j'aime ces noms imagés : Pour-bran, un autre nom de la jacinthe des bois..; louzaouenn-ar-pemp-biz : la ciguë, roz-kamm : la jonquille sauvage..., pav-bran ou boked amanenn : le bouton d'or, boked-laezh : la primevère, beuz an dioul : le petit houx, bokidi fars : les soucis, spilhoù mamm-gozh :  les géraniums vivaces ; (les épingles de grand-mère: nom évoquant les fleurs sèches du géranium)...

La flore sauvage de mon enfance bretonne est toujours largement présente en Brenne...

La flore sauvage de mon enfance bretonne est toujours largement présente en Brenne...

Miscellanées # 84

Mai : l'été qui arrive trop tôt.

Nous avions quitté la Bretagne en espérant trouver, du côté de la Brenne, quelques jours de douceur après des saints de glace particulièrement fidèles à leur réputation cette année. C’est finalement une chaleur presque caniculaire qui nous a accueillis, comme elle s’est abattue sur une grande partie du pays, Bretagne comprise. Heureusement, les aménagements réalisés ces dernières années — stores installés à toutes les fenêtres — nous ont permis de traverser cet épisode sans trop souffrir de la chaleur. J’ai simplement avancé les promenades de Ragtime aux heures encore fraîches du matin, sa sombre toison devenant vite un fardeau sous ces températures, tandis que le programme de bricolage a dû être quelque peu revu à la baisse.

Miscellanées # 84

Les vidéos du mois ?

Madison, que je savoure lentement pour prolonger le bonheur de retrouver ces superbes panoramas de l'ouest américain que nous avons tant aimés explorer...

Impossible de résister à l’atmosphère élégante et mélancolique de « Madison », chronique américaine entre secrets de famille et grands paysages, mêlant romanesque classique et inquiétudes très contemporaines.

Autre découverte marquante de ce mois de mai : « Etty », la série du réalisateur israélien Hagai Levi inspirée des écrits d’Etty Hillesum, qui transforme le journal de la jeune femme morte à Auschwitz en une œuvre d’une intensité rare, mêlant quête spirituelle, fragilité humaine et troublants échos avec notre époque contemporaine.

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