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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Maria et Manolis, ou l'autre visage de Sisyphe heureux

Yannis Gaïtis - Amour

Yannis Gaïtis - Amour

Vous vous souvenez ? La dernière fois, je vous parlais de mon émerveillement en découvrant J'ai vu Sisyphe heureux de Katerina Apostolopoulou. Ce recueil m'avait frappé par sa lumière, sa délicatesse, et surtout par cette impression unique de lire en grec avec une fluidité que je n'avais encore jamais éprouvée. Je vous avais partagé un extrait, celui qui ouvre le recueil et donne son titre à l'ensemble, ces vers où l'on voit Sisyphe sourire malgré tout.

Aujourd'hui, je poursuis ma plongée dans ce texte à la fois simple et profond, et c'est un autre visage du bonheur grec que je voudrais vous offrir. Après le philosophe vagabond qui embrasse son rocher, voici Maria et Manolis. Un couple de gens modestes. Cinquante ans de vie commune. Cinquante années qui ressemblent à une grande journée d'été.

Là où le premier extrait disait la joie farouche de celui qui choisit sa route, celui-ci murmure la douceur de ceux qui restent, main dans la main, à regarder passer leur vie. Deux faces d'une même médaille : la liberté de l'un, la fidélité des autres. Et toujours, cette même lumière grecque qui baigne chaque mot.

Voici donc, en version bilingue, un passage du deuxième poème, Comme une grande journée d'été. Pour le plaisir des mots, d'une rive à l'autre.

Maria et Manolis, ou l'autre visage de Sisyphe heureux
Maria et Manolis, ou l'autre visage de Sisyphe heureux

Extrait de "j'ai vu Sisyphe heureux" de Katerina Apostolopoulou

 

Cela faisait maintenant cinquante ans

Que Maria et Manolis vivaient ensemble

Cinquante années qui ressemblaient

À une grande journée d'été

Douce et longue

Bien remplie à ras bord

 

Ils ne paraissaient pas vraiment plus vieux

Un peu plus lents peut-être

Un peu moins denses

 

Avec leur seule petite retraite

Ils entretenaient la maison

Achetaient des cadeaux pour les petits-enfants

 

Jamais on ne les voyait l'un sans l'autre

Sous les paupières closes

Seul le sommeil les séparait

Là où chacun voyage seul

 

Le trottoir devant chez eux était toujours gai

-Maria avait planté des fleurs-

 Dès que les jours s'allongeaient

Ils y sortaient leurs chaises

Restaient assis pendant des heures

 

De longs après-midi

Des soirées parfumées de jasmin et de belles-de-nuit

Ils restaient là

Main dans la main

Immobiles

À regarder passer leur vie

Sur le mur de l'immeuble d'en face.

 

 

 

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