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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

An avalenn gozh : une gwerz pour ne pas oublier

Dans Gwerz Denez, le chanteur finistérien perpétue l’art ancestral de la gwerz, ce poème chanté en huit pieds, rimé, transmis de voix en voix, et sans véritable équivalent en français. Plus qu’une simple complainte, la gwerz porte une mémoire sacrée — chrétienne, celtique ou païenne — où se mêlent drame, mystère et fantastique, comme le faisaient autrefois les récits d’Ankou, de korrigans ou de sorcières. Denez, qui a découvert ces chants auprès des Sœurs Goadec et de sa grand-mère de Santec, y explore depuis quarante ans la tromperie, le sang, la vengeance, la justice des morts. Avec An avalenn gozh — Le vieux pommier — l’un de ces récits au noir battement de cœur, il rappelle combien chanter une gwerz revient à sauver de l’oubli celles et ceux que le silence aurait engloutis.

Paul Sérusier - la cueillette des pommes

Paul Sérusier - la cueillette des pommes


An avalenn gozh * Le vieux pommier

E Kerhirnez ‘kreiz al leur-gêr
Un avalenn gozh a gaver
Un avalenn gwenn he bleunioù
‘Nijal-dinijal er ruioù
‘Nijal-dinijal a bep tu
An nevez-amzer pa erru
Met ar bloaz-mañ trist da welet
Ken du ha ludu ‘deus tarzhet

Saz Bran ‘deus ganet daou vugel
Ur paotr hag ur plac’h, daou c’hevell
Ar paotr bihan he deus miret
Ar plac’h vihan he deus lazhet
Ganet eo gant strink an de’z
Marvet eo gant ‘n abardaez
Tremenet eo ‘vel ar c’hlizhenn
Hep dour-badeziant ha dinouenn
Tremenet eo ‘vel al lanv
Hep karantez-mamm, disanv
Ur c’hreunenn ed en he zoull-goûg
A zo bet trawalac’h d’he moug

Un dornadig d’he douarañ
Ur vilienn c’hlas d’he c’hondonañ
Ur vilienn c’hlas d’he c’hondonañ
Kan ur voc’hig-ruz ‘vit lidañ
Stered an neñv da asistañ
Lagad al loar-gann da ouelañ !
Saz Bran ‘deus ganet daou vugel
Ur paotr hag ur plac’h, daou c’hevell
Ar paotr ‘c’hoarzh ‘n e gavellig gwenn
Ar plac’h ‘c’hourvez en douar yen
‘Tre gwrizioù du an avalenn.

E Kerhirnez ‘kreiz al leur-gêr
Un avalenn gozh a gaver
Un avalenn gwenn he bleunioù
‘Nijal-dinijal er ruioù
‘Nijal-dinijal a bep tu
An nevez-amzer pa erru
Met ar bloaz-mañ trist da welet
Ken du ha ludu ‘deus tarzhet
Saz Bran a oar mat an abeg

 

Gwerz Denez

Charles Cottet

Charles Cottet

Le vieux pommier

Sur la grand-place de Kerhirnez
Il y a un vieux pommier
Aux fleurs blanches qui volent
Partout dans les rues
Partout dans la ville
Quand vient le printemps
Mais cette année, c’est triste à voir
Elles ont fleuri noires
Noires comme la cendre

Saz Bran a mis au monde deux enfants
Deux jumeaux, garçon et fille
Elle a gardé le garçon
Elle a tué la fille
Née à l’aurore
Et morte au crépuscule
Elle est passée comme la rosée
Sans baptême ni extrême-onction
Elle est passée comme la mer
Le temps d’une marée
Le temps d’une marée
Sans nom et sans amour
Dans la gorge un grain de blé
A suffi à l’étouffer

Une poignée de terre à l’ensevelir
Et un galet bleu à la recouvrir
Un galet bleu pour pierre tombale
Le chant d’un rouge-gorge pour funérailles
Les étoiles du ciel pour assemblée
L’œil de la pleine lune pour pleurer
Saz Bran a mis au monde deux enfants
Deux jumeaux, garçon et fille
Le garçon babille dans son berceau
La petite fille gît dans la terre froide
Entre les racines noires du pommier

Sur la grand-place de Kerhirnez
Il y a un vieux pommier
Aux fleurs blanches qui volent
Partout dans les rues
Partout dans la ville
Quand vient le printemps
Mais cette année, c’est triste à voir
Elles ont fleuri noires
Noires comme la cendre
Saz Bran sait bien pourquoi.

 

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