Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
8 Janvier 2026
La gwerz de Penmarc’h, aussi appelée gwerz flod Gwaien (« gwerz de la flotte d’Audierne »), n’apparaît dans aucun des grands recueils du XIXᵉ siècle : elle n’a été collectée qu’en 1891 par Luzel à Kerity-Penmarc’h et par Le Carguet à Plogoff. Au total, six versions sont connues.
Ces versions dérivent d’une même composition, racontant le naufrage de la flotte d’Audierne, partie de Bordeaux et surprise par une tempête au large de Penmarc’h, le jour de la Sainte-Catherine (25 novembre), à une date non précisée. Les variantes bigoudènes décrivent le passage autour de la pointe, les circonstances du naufrage et l’homme qui transporta les corps ; celle de Plogoff cite le seul bateau sauvé (Ar maout gwenn) et celui chargé d’annoncer la nouvelle à Audierne, Jakez al Liang. Le nombre très élevé de veuves venues ensevelir les morts (147 ou 138 selon les versions) relève d’un procédé rhétorique courant pour signifier une multitude.
La gwerz se termine par une malédiction contre les habitants de Penmarc’h, accusés d’allumer des feux dans le clocher pour tromper les marins — accusation étendue dans certaines versions à Penhors et Plozévet, pourtant connus pour leurs clochers servant d’amers.
Selon les spécialistes, la gwerz aurait été composée peu après le drame, probablement au XVe siècle (voire XIVᵉ, mais pas après le XVIᵉ), à la fin de la période du moyen breton.
Bremañ bloaz, da Santez Katell
Sortias ar flod eus a Vourdel (bis)
Pa oent erru e-tal Penmarc'h
O devoe kavet avel a-walc'h (bis)
Petra c'hoarvez gant Penmarc'hiz
O terc'hel gouloù-noz 'n o iliz ?
Kriz a galon neb a ouelje
E-tal Penmarc'h neb a vije
O wel't ar mor bras o ruziañ
Gant gwad ar gristenien ennañ !
Neb a welje merc'hed Gwaien
O vont d'an aod beb a-unan
Seizh intañvez ha seizh-ugent
O vont d'an aod en ur vandenn
O c'houl' an eil digant eben :
N'az peus ket klevet keloù va den ?
Keloù ho ten ha va hini :
E-tal Penmarc'h 'maint o veuziñ !
Mallozh ! mallozh da Benmarc'hiz
A zalc'h gouloù-noz en o iliz
'Zalc'h gouloù-noz 'n o ilizoù
'Vit ma yel d'an aod 'r batimanchoù
Cette année-là, pour la Sainte Catherine
La flotte sortit de Bordeaux (bis)
Quand ils furent arrivés devant Penmarc’h
Ils trouvèrent un vent si fort (bis)
Que se passe-t-il avec les gens de Penmarc’h
Qui tiennent un feu nocturne dans leur église ?
Cruel de cœur serait qui le saurait
En face de Penmarc’h, là où cela se passe
À voir la grande mer rougir
Du sang des chrétiens qu’elle porte !
Celui qui verrait les femmes d’Audierne
Aller sur la grève une à une
Sept veuves et soixante-dix
Allant vers la grève en cortège
L’une demandant à l’autre :
« N’as-tu pas eu nouvelles de mon mari ? »
« Des nouvelles du tien et du mien :
Devant Penmarc’h ils sont en train de se noyer ! »
Malheur ! Malheur aux gens de Penmarc’h
Qui gardent des feux nocturnes dans leur église
Qui gardent des feux nocturnes dans leurs églises
Pour attirer les bateaux vers la côte
Vous pouvez lire la gwerz dans sa version longue en cliquant sur le lien ci-dessous.
La gwerz en breton -texte recueilli et traduit par Donatien Laure
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