Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.
9 Décembre 2025
Continuons ce matin notre exploration de l'oeuvre d'Anjela
Poétesse paysanne du Trégor, Anjela Duval n’a quitté ni sa ferme natale ni la langue bretonne qui en portait la mémoire. Ce n’est qu’à 56 ans, dans la solitude des veillées d’hiver, qu’elle se tourne vers l’écriture, nourrie d’un corpus littéraire breton redécouvert en 1961. Sa poésie, à la fois enracinée et farouche, se déploie entre la célébration d’un monde rural en train de disparaître et la dénonciation vigoureuse de la domination du français. Figure majeure de la littérature bretonnante du XXᵉ siècle, elle forge pourtant un idiome si singulier — archaïque et neuf à la fois — qu’il demeure difficile d’accès pour ceux-là mêmes qu’elle appelait « mes frères paysans ». C’est dans cette tension que se révèle toute la force de son œuvre.
Penn-kalet ?
Kalet va fenn ?
Naren !
Re wak atav va c’hlopenn
Da warez’ va empenn
Treuzet-didreuzet bemdez
Ken didruez
Gant mil bir ha mil draen
Ken lemm — a Krist — ha spern ho Kurunenn
Mae 1968
La tête dure ?
Moi j’ai la tête dure ?
Pas du tout !
J’ai le crâne trop mou
Pour protéger une cervelle
Qui n’arrête pas de dérailler
Rendue insensible
Par mille pointes et mille aiguillons
Aussi acérés ah Christ que les épines de votre couronne.
Mai 1968
(Traduction Paol Keineg)
Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane