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Ephéméride éclectique d'une librocubiculariste glossophile et mélomane.

Karaganda, aux portes du Goulag

Le Karlag en hiver.

Le Karlag en hiver.

 

Dans Karaganda (Camp 99), Hubert-Félix Thiéfaine convoque l’ombre du Karlag, immense camp soviétique installé dans la steppe kazakhe, où furent déportés des centaines de milliers d’innocents entre les années 1930 et 1950. À travers ses images abruptes et presque hallucinées, il fait surgir la mémoire de ces vies brisées, perdues dans un paysage sans horizon. La chanson ne raconte pas l’Histoire : elle l’incarne, en laissant affleurer la poussière, le froid, la peur, et ces silhouettes anonymes dont le monde s’est détourné. En chantant Karaganda, Thiéfaine oppose à l’oubli un geste de mémoire — simple, grave, indispensable.

Des visages incolores, des voyageurs abstraits
des passagers perdus, des émigrants inquiets
qui marchent lentement à travers nos regrets
nos futurs enchaînés, nos rêves insatisfaits
fantômes aux danses australes, aux rhapsodiques peurs
visages camés bleuis graffités par la peur
qui marchent lentement vers l'incinérateur
vers la métallurgie des génies prédateurs
c'est l'histoire assassine qui rougit sous nos pas
c'est la voix de Staline, c'est le rire de Béria
c'est la rime racoleuse d'Aragon et d'Elsa
c'est le cri des enfants morts à Karaganda

brumes noires sur l'occident, murmures de rêves confus
barbares ivres de sang, vampires au coeur fondu
qui marchent lentement au bord des avenues,
des mondes agonisants, des déserts corrompus
ça sent la chair fétide, le rat décérébré
le module androïde, le paradoxe usé
le spectre de mutant au cerveau trafiqué
qui marche en militant sur nos crânes irradiés
c'est l'histoire assassine qui rougit sous nos pas
c'est la voix de Staline, c'est le rire de Béria
c'est la rime racoleuse d'Aragon et d'Elsa
c'est le cri des enfants morts à Karaganda

des visages incolores, des voyageurs abstraits
des passagers perdus, des émigrants inquiets
qui marchent lentement à travers nos regrets
nos futurs enchaînés, nos rêves insatisfaits
peuples gores et peineux, aux pensées anomiques
nations mornes et fangeuses, esclaves anachroniques
qui marchent lentement sous l'insulte
et la trique des tribuns revenus de la nuit soviétique
c'est l'histoire assassine, qui rougit sous nos pas
c'est la voix de Staline, c'est le rire de Béria,
c'est la rime racoleuse d'Aragon et d'Elsa
c'est le cri des enfants morts à Karaganda

 

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