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MATIÈRE DE BRETAGNE - Paul Celan

Les lavandières de la nuit - Yann d'Argent

Les lavandières de la nuit - Yann d'Argent

Continuons avec cet autre poème de Paul Celan, dont le titre en français m'a interrogée :

Une première ébauche de ce poème a été écrite au mois de mai 1957, lors de la visite que Paul et Gisèle ont fait en Bretagne à la mère de Gisèle, Marie Edmond, entrée au couvent après son veuvage. Un état définitif du poème a été copié par Celan en août et envoyé ensuite à Gisèle avec une liste de mots traduits en français ou explicités. .... Il faut remarquer l’opposition que Celan établit entre les verbes « werben » et « umwerben » et le mot « Andacht » (recueillement, dévotions, prière) ; notamment dans l’expression « sie ist viel umworben » (« elle a beaucoup de prétendants »). L’objet courtisé, dans le poème, est la « plaie » (Wunde).

Jean Bollack, L’Écrit, p. 100-102.

Dans son livre L’Écrit, Jean Bollack a proposé une analyse de « Matière de Bretagne ». D’après lui, ici « la poésie ausculte son propre fonctionnement ». La dimension autoréflexive ne fait pour moi aucun doute. Mais je pense qu’il est nécessaire d’élargir cet horizon en ajoutant, d’un côté, l’intertexte auquel le poème fait allusion : The waste land de T. S. Eliot ; et, d’un autre côté, un approfondissement de l’analyse sur la démarche poétique elle-même.

Pour lire la suite de cette analyse c'est par ici

MATIÈRE DE BRETAGNE

Ginsterlicht, gelb, die Hänge
eitern gen Himmel, der Dorn
wirbt um die Wunde, es läutet
darin, es ist Abend, das Nichts
rollt seine Meere zur Andacht,
das Blutsegel hält auf dich zu.

Trocken, verlandet
das Bett hinter dir, verschilft
seine Stunde, oben,
beim Stern, die milchigen
Priele schwatzen im Schlamm, Steindattel,
unten, gebuscht, klafft ins Gebläu, eine Staude
Vergänglichkeit, schön,
grüßt dein Gedächtnis.

(Kanntet ihr mich,
Hände ? Ich ging
den gegabelten Weg, den ihr wiest, mein Mund
spie seinen Schotter, ich ging, meine Zeit,
wandernde Wächte, warf ihren Schatten – kanntet ihr mich ?)

Hände, die dorn-
umworbene Wunde, es läutet,
Hände, das Nichts, seine Meere,
Hände, im Ginsterlicht, das
Blutsegel
hält auf dich zu.

Du
du lehrst du lehrst deine Hände
du lehrst deine Hände du lehrst
du lehrst deine Hände
           schlafen.
 

 

MATIÈRE DE BRETAGNE

Lumière de genêts, jaune ; les pentes
purulent contre le ciel ; l’épine
courtise la blessure, des sons de cloche
en elle, c’est le soir, le néant
roule ses mers droit au recueillement,
la voile met le cap sur toi, ensanglantée.

Asséché, terreux,
le lit derrière toi, son heure
enfouie dans les roseaux, en haut,
auprès de l’étoile ; laiteux,
les étiers papotent dans la vase ; la datte de mer,
dans le bas, buissonante, béante dans le bleuissement ; une touffe
d’éphémère, toute belle,
salue ta mémoire.

(Me connaissiez-vous,
mains ? J’allais
mon chemin fourchu, celui que vous m’avez indiqué, ma bouche
cracha sa caillasse, j’allais, mon temps,
congère errante, projeta son ombre – me connaissiez-vous ?)

Des mains, la blessure
courtisée par l’épine, le son de la cloche qui tinte,
des mains, le néant, ses mers,
des mains dans la lumière des genêts, la
voile ensanglantée
met le cap sur toi.

Toi,
tu apprends,
tu apprends à tes mains
tu apprends à tes mains tu apprends
tu apprends à tes mains
           à dormir.

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